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 All of my memories keep you near. | Will Graham.

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ETR
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MessageSujet: All of my memories keep you near. | Will Graham. Mar 20 Oct 2015 - 3:06


Will & Hannibal

D'un geste, je réajustai le colle de ma chemise tout en me demandant à quoi cela pouvait encore bien servir. Ma main vint s'appuyer contre le miroir, en guise de soutien, l'espace d'une seconde, puis je me redressai. L'eau glaçait chaque centimètres de ma peau. Il suffisait d'imaginer une agréable chaleur pour pallier à cela. D'un geste souple, je défroissai la manche droite de ma veste et la revêtis avec délicatesse avant de sortir. Cela faisait maintenant quelques semaines que je vivais dans cet appartement. Quelques semaines depuis la chute.  Les effluves salées me prenaient à la gorge. J'avais attendu que mes blessures se remettent assez pour que je puisse me déplacer et me mouvoir avec autant d'aisance qu'auparavant. Il était à présent temps de partir. Partir où ? J'avais des promesses à tenir. Elles me paraissaient dérisoire, mais je ne comptais pas abandonner ceci également. Je commencerai par Bedelia qui avait échappé au jugement bien trop longtemps pour demeurer encore vivante. Ce serait ensuite au tour d'Alana et de sa nouvelle famille. Elles ne seraient pas difficile à trouver, aussi intelligentes soient-elles. Cette perspective me redonnait un peu d'aplomb. J'attrapai une tasse et y versai quelques gouttes de café. Hors d'haleine, je toussai.

* * *

L'eau glaçait chaque centimètres de ma peau. Mes mains tentèrent de s'agripper au mieux à la chemise de Will qui semblait m'échapper. Je ne devais pas le lâcher. Mes doigts glissèrent, je le sentis dériver alors que je remontai brusquement à la surface. Les effluves salées me prenaient à la gorge. Hors d'haleine, je toussai, occultant la douleur engendrée à mon bassin. Je tournai la tête, à la recherche d'une silhouette familière : rien que le néant. Je replongeai à l'aveuglette, mains tendues, allant toujours plus bas. Enveloppé par les abysses, je cherchais Will. Il ne devait pas être loin, le courant n'était pas si fort, et je tenais encore son corps vivant lorsque nous avions heurté l'eau de plein fouet.
Je fermai mon cœur face au désarroi et me laissai glisser vers le rivage quand, hors d'haleine, à bout de force, je me fis une raison : je ne le trouverai pas ce soir. Je connaissais Will, il était encore en vie. Nous nous retrouverions le lendemain, au plus tôt, dans quelques jours, au plus tard : c'était une évidence, une certitude. Tâchant de me trouver rapidement un abri où me soigner, je pansai mes blessures et me reposais quelques temps. Les recherches de Will s'étalèrent sur plusieurs jours, dans plusieurs périmètres allant de la jetée, jusqu'aux hôpitaux les plus proches : il n'y avait nulle trace de lui. Ni de son corps – cadavre ou non –, ni de son nom sur un quelconque registre, ni même dans les journaux. L'on parlait, bien sûr, du Dragon, du carnage... Mon nom apparaissait en gros titres aux côtés du siens, mais nullement pour dire que nous avions été retrouvés.

* * *

« Que ressentez-vous ? »

Mon regard se perdit dans le vide, un instant. Je n'appréciai guère cet homme, mais il avait pour réputation d'être un bon psychiatre. Je m'étais présenté à lui sous le nom de Lloyd Wyman. J'aurais aisément pu m'en passer, mais en parler m'était finalement nécessaire pour pouvoir achever ce que j'avais commencé puis reprendre une autre vie, ailleurs, et tout recommencer. Sans Will. Puisque...

« De la déception. » dis-je d'une voix platonique, assis dans mon fauteuil face au docteur Lendry. Il ne pouvait me reconnaître, j'avais pris soin de lui expliquer que j'avais subis de graves lésions suite à un accident qui avaient nécessité une chirurgie reconstructrice. Aussi des bandages cachaient-ils la plus grande partie de mon visage. Afin d'accentuer le changement de mon image, j'avais également couper un peu mes cheveux, et laissé pousser une barbe naissante, me rendant méconnaissable. Je replongeai mes yeux dans ceux du thérapeute. « Un vide, également. » Mon regard se perdit de nouveau. Reconstruire une vie sans Will, puisque Will était mort.

« De la déception vis à ... »
« Vis à vis de moi-même. » le coupais-je. Cela ne rimait à rien, j'anticipai ses questions et en connaissais déjà les réponses. Je me redressai légèrement sur mon siège. « Je pense en avoir terminé. Je vous remercie grandement pour votre attention, docteur Lendry, vos conseils m'ont été d'une aide non négligeable. »

Il sembla relativement surpris. Nous nous serrâmes la main et, alors que je prenais ma veste, la seule chose qui me fut utile lors de cette courte thérapie franchit ses lèvres :

« Vous êtes loin d'en voir terminé, Monsieur Wyman. Mais bonne chance. »

Cela suffit à me convaincre de ne pas me refaire la main sur lui, ce soir-même. Je hochai la tête et sortis du cabinet. Un instant, je restai sur le pas de la porte, le regard levé vers le ciel, les yeux à demi clos. Ce fut un instant calme, silencieux, presque serein. Il s'agissait d'un Adieu définitif. D'un pas calme et assuré, j'esquissais quelques pas en direction de l'église. Ce soir, je me mettais en chasse, cela valait bien un instant de recueillement, non ? Je franchis le seuil et m'assis sur un banc, songeur. Le docteur Lendry n'avait pas tort : je n'en avais pas terminé. Au contraire, tout recommençait.
Je restais là un long moment, l'esprit vide. Il fallait que je prenne le temps de trier les meubles. Il y avait peu de monde, pour un dimanche après-midi, à part une femme et ses deux enfants, ainsi qu'un vieil homme. Trois nouvelles personnes entrèrent dans l'église, une femme son époux et leur fils. Mes yeux s'attardèrent une demie seconde sur ce charmant portrait familial.

« Will ? » un murmure dont l'écho franchit à peine le seuil de mes lèvres. J'esquissai un geste pour me relever lorsque son bras s'enroula autour de la taille de la femme. Mon regard transperça son dos, si bien qu'il se retourna, se sentant sans nul doute observé : j'obtins l'effet escompté et pus le voir en face. Il ne s'agissait pas d'un tour de mon esprit, il s'agissait de Will. Will Graham. Il ne pouvait actuellement pas me reconnaître – je doutais qu'il le puisse –, j'avais gardé mes bandages. D'un hochement de tête, je le saluai vaguement, comme l'excuse d'un homme trop curieux, et reportai mon attention ailleurs.

De temps à autre, mes yeux revenaient sur Will Graham. Ici. Dans cette église. Le jour où je lui faisais mes adieux. Décidément, je ne pouvais considérer cela comme une coïncidence. Était-ce réellement Will, au moins ? L'on avait déjà vu des personnes en deuil dénier la réalité, peut-être était-ce mon cas également.
Lorsque la femme murmura un « Will, chéri... », je n'en doutais plus une seule seconde. Étaient-ils Molly et Walter ? Ironique. Je me tassai un peu plus profondément dans mon siège, pris entre deux sentiments contradictoires que sont l'exaltation et l'exécration. Mes promesses s'envolèrent un instant. Me pensait-il mort comme je l'avais moi-même cru disparu ? Lentement, je me levai, détachant mes yeux de l'image de cette famille presque idyllique. Je sortis en plein air et m'assis sur les marches du bâtiment, jusqu'à ce que Molly, Walter et Will sortent. Comment lui faire comprendre que j'étais encore vivant avec lyrisme et délicatesse ? Je levai les yeux sur lui et tentai de capter son regard au moment où ses jambes me frôlèrent, mais n'y parvins pas. Je notai la plaque d'immatriculation de leur véhicule et disparus à mon tour.

* * *


Bandages enlevés, barbe rasée, je ressemblais nettement plus à ce que j'avais été avant la chute, et cela me convenait bien mieux ainsi. D'un geste, je plongeai l'aiguille dans le cou du docteur Lendry qui, somnolant dans son fauteuil, n'eut pas le temps de se réveiller. Fermement, j'enroulai une corde autour de ses cheville et, à l'aide d'une poulie, le pendis par les pieds au milieu de son salon. J'avais disposé, et disséqué, le corps de façon à ce que, en se plaçant au centre de la pièce à la lueur de la pleine lune de ce soir, les ombres dansantes reflètent deux mains entrelacées. Autrefois, j'avais offert un cœur à Will Graham, je ne souhaitais pas me répéter dans mes œuvres ; ce soir, la symbolique était assez présente pour qu'il comprenne ; quand bien même n'était-il plus consultant pour le FBI, il saurait, les journaux en parleraient. Et alors, il me chercherait. Je n'avais plus qu'à attendre, et j'avais tout mon temps.

Deux jours plus tard, une fois que l'affaire eut fait du bruit, casquette abaissée sur mon visage pour le plonger dans l'ombre, j'attendis Will non loin de son lieu d'habitation. Lorsque j'aperçus sa silhouette se détacher, je m'avançai vers lui, visage pleinement à découvert.

« Bonjour, Will. »
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Fonda
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MessageSujet: Re: All of my memories keep you near. | Will Graham. Sam 24 Oct 2015 - 3:17

All of my memories keep you near
ft. Hannibal Lecter


Il est un étranger dans sa propre maison. Le prix de souvenirs volés que tout le soutien de sa femme ne parvient pas à lui rendre. Il a le sentiment d’être une pièce de puzzle qu’on tente de forcer à une place qui n’est pas la sienne. Il ne parvient pas à s’intégrer. Ce n’est pas faute d’essayer. Molly est aussi accommodante qu’elle peut l’être au vu des circonstances. Il ne peut s’empêcher malgré tout de se soustraire à son toucher, de répondre à ses mots doux par des silences. C’est une étrangère pour lui. Il a vu les photos du mariage. Les vidéos. Il se reconnaît, sait rationnellement que c’est lui, mais il observe cet homme qui porte ses traits faire des choses dont il n’a aucun souvenir avec distance. Il se sert de son empathie pour retrouver des traces de son ancienne vie, mais cela ne fait que renforcer son sentiment de dissonance. Il ne se retrouve pas dans cette famille, dans ce mariage. Cela sonne faux.

Il ne se souvient guère de l’accident non plus. Il sent que le sujet est sensible, n’obtient jamais que des réponses vagues à ses interrogations. Il cesse d’insister bien qu’une voix ne cesse de lui souffler que c’est important, que s’il doit se rappeler quelque chose, c’est de ça, mais autour de lui rares sont ceux qui semblent prêts à coopérer, et même la journaliste à la chevelure flamboyante, en dépit de sa curiosité évidente, ne parvient à lui en apprendre plus. On parle d’un fiasco. Qui pourrait potentiellement coûter sa carrière à Jack Crawford. Si Will avait la moindre idée de ce que l’homme représentait pour lui, il aurait peut-être pu en éprouver du souci pour lui. Ce n’est pas le cas.

Il tente tant bien que mal de s’adapter à ce costume de family man qu’on lui met sur le dos, mais il s’y sent confiné, mal à l’aise. Il lui manque quelque chose. Une part de lui. De façon assez littérale, d’ailleurs : au nombre de cicatrices qui parcourent sa peau il devine qu’il devait avoir l’habitude de vivre dangereusement. On lui dit que son métier était de se mettre dans la tête des tueurs, et que c’est ainsi qu’il a attiré l’intérêt de l’un d’eux. Qu’ils ont entretenu une relation étrange et pour le moins destructrice. Il a du mal à imaginer avoir entretenu une relation quelle qu’elle soit avec un tueur en série. Tenu soigneusement éloigné de toute forme de média, c’est à peine si le nom Hannibal Lecter suscite quelque chose en lui. Un nom parmi tant d’autres.

Molly prend l’habitude de les emmener à l’église le dimanche. Elle ne se prétend pas plus croyante que lui, mais considérant que toute sa famille a survécu à l’attaque d’un tueur en série, elle estime que cela ne peut pas leur faire de mal. Elle allume une bougie à chaque visite. Will la laisse faire. Si elle y tire confort, loin de lui l’idée de lui retirer cela. Et étrangement, il trouve une certain paix au sein du lieu sacré. Peut-être a-t-il un souvenir marquant lié à une église. Peut-être pas. Il s’attend à chaque fois à voir le toit s’effondrer sur eux, et trouve l’ironie d’une telle situation irrésistible. Il est presque déçu lorsqu’il en ressort intact. Il se sent déjà mort de toute façon. Prétendre ne lui vient pas aisément. Il a le sentiment de jouer un rôle dans une pièce qu’il n’aurait jamais lue, s’efforçant de retrouver les bonnes répliques. Le résultat est au mieux hasardeux.

Il s’échappe autant qu’il le peut, invoquant les prétextes les plus invraisemblables pour pouvoir couper court à la mascarade. Redevenir lui-même l’espace de quelques secondes, même s’il n’a pas encore la moindre idée de qui il est. Une toile blanche. Il marche depuis plusieurs minutes sans savoir où aller quand un inconnu l’interpelle. La voix basse et profonde, l’accent qui s’ourle de façon intime autour des lettres de son prénom créé une réaction si viscérale en lui qu’il ne sait s’il doit fuir ou se jeter dans les bras de l’homme, et les deux idées sont d’une force si également attractive qu’il en résulte un statu quo le bloquant sur place, immobile et perdu.

Il ne rencontre pas son interlocuteur du regard, mais détaille sa silhouette avec intensité, envahi par une émotion aussi forte qu’inexplicable. Visiblement, l’homme sait qui il est, et à en juger sa réaction, au moins une partie de lui le reconnaît. Son instinct lui souffle cependant de ne pas lui faire confiance. Ne sachant à quoi s’attendre, c’est avec prudence qu’il demande :

« Je vous connais ? »

La présence de l’autre lui semble soudain suspicieuse. L’attendait-il ? Cela en a tout l’air. Il esquisse un mouvement de recul, mais l’avorte rapidement, changeant de tactique. L’individu dégage quelque chose de positivement dangereux en dépit de son air distingué, et fuir ainsi ne lui semble pas être la meilleure des options.

« J’ai peur de ne pouvoir m’attarder ; ma femme m’attend. »

Mensonge. Il force un léger sourire. En dépit des avertissements que son intuition lui lance, il y a quelque chose de magnétique chez l’autre homme qui lui donne envie de s’approcher. Quelque chose en lui tire, le poussant à avancer dans sa direction. Will résiste obstinément.




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MessageSujet: Re: All of my memories keep you near. | Will Graham. Mar 27 Oct 2015 - 19:24


Will & Hannibal

S'il m'avait jeté un sceau d'eau glacée en pleine figure, cela aurait eu le même effet. Qui plus est, il ne mentait pas. Était-ce la meilleure ou la plus terrible des nouvelles ? Il ne m'avait pas laissé derrière par choix, au sens stricte du terme, puisqu'il ne se souvenait pas de moi. Pour autant, son esprit m'avait totalement enrayé, effacé, oublié. Je restais de marbre, seul Will aurait été capable de lire la douleur qui transperça au fond de mes yeux d'ambre. L'aperçut-il ? Légèrement, je serrai la mâchoire sans faire le moindre geste. J'avais tué ce pauvre docteur Lendry pour rien – ou presque, force était de l'admettre. A présent, Will se méfiait. Il me mentait pour se dérober, s'esquiver à ma présence qui, malgré son absence de souvenir, lui était forcément familière. J'avais apposé ma marque sur son esprit. Qu'il ait oublié cette nuit, sur la falaise... Était-ce réellement possible ? Nous restâmes exactement à nos places respectives, sans bouger. Le silence commençait à s'étirer, et avec lui, une tension palpable. La douleur du premier choc s'estompa lentement ; j'aurais pu l'abandonner là, le laisser à sa vie qui, je le savais, ne lui conviendrait jamais suffisamment. J'aurais aussi pu décider de le tuer, lui et sa famille. Les déguster à leur propre table, dans leur propre salle à manger. Mais y aurais-je trouvé une satisfaction durable ? Non. Cela faisait longtemps que tout était clair, pour moi : je ne pouvais pas vivre sans Will, tout comme il n'était pas censé pouvoir vivre sans moi, comme il me l'avait si bien prouvé, nous entraînant tous les deux en une chute délicieusement interminable. La gravité n'avait de cesse de nous attirer l'un vers l'autre. La situation se montrait cruelle, voire ironique.

Mais alors, que faire ?

Je ne souhaitais pas briser la distance qui nous éloignait l'un de l'autre ; l’oppresser trop vite le ferait fuir aussi certainement qu'une biche face à un chasseur. Biche rendue docile et inefficace dans une vie étrangère à ce qu'il était censé connaître.

« Personne ne t'attends pour l'instant. » affirmais-je.

Les syllabes roulèrent sur mes lèvres. M'adresser à nouveau à lui, que je croyais mort, emporté par les courants, m'apportait une étrange satisfaction. Un apaisement que je ne pensais plus possible. Le tutoiement me paraissait nécessaire, plus que n'importe quelle distance verbale. Aussitôt, une nouvelle assurance me gagna, petit à petit. Je passai les mains derrière mon dos et je lui offris un sourire affable. S'il avait perdu la mémoire, je pouvais lui faire comprendre qui il était, qu'il avait besoin de moi, que je lui étais nécessaire autant qu'il l'était à ma vie... Jusqu'à ce que, peut-être, il retrouve ses souvenirs dans leur intégralité. Mon cher Will, tu ne pouvais pas t'empêcher de faire l'intéressant et de me laisser courir à ta suite un peu plus longtemps... songeai-je en mon for intérieur, désormais légèrement amusé. Je penchai doucement la tête sur le côté, comme un salut approximatif, ou, plus exactement, comme un intérêt renouvelé pour la situation.

« J'ai du mal à croire que tu aies pu m'oublier, Will... Ce n'est pas totalement le cas, je me trompe ? » je fis un pas dans sa direction, rompant la limite instaurée depuis quelques instants. « Tu n'as pas pu m'extraire totalement de ton esprit, c'est impossible. »

Mes lèvres s'étirèrent en un fin sourire, presque imperceptible alors que je plongeai mes yeux dans les siens, à la recherche du moindre signe. J'aurais pu emprisonner ses lèvres d'un baiser, ou plonger mes dents dans sa chaire pour le dévorer et ne plus en parler. Mais dans un cas, comme dans l'autre, cela aurait cruellement manqué de lyrisme. Je me contentai donc de m'arrêter, presque à sa hauteur, et de le contempler. J'avais gravé à jamais son image ravageuse, couverte d'un sang se reflétant sous les rayons de la pleine lune, dans les méandres de mon palais mental. Je voulais avoir de nouvelles occasions de le faire ; comme je l'avais toujours si ardemment souhaité.

« Tu te souviendras... Cela viendra. » ajoutais-je en me souvenant l'une de nos premières conversation presque intime, dans sa maison négligée de Wolf Trap. Devions-nous recommencer de zéro ? J'en avais bien peur... Mais je décidais avoir tout mon temps. L'on me croyait mort, après tout, bien que mon corps n'ait jamais été retrouvé. Un atout qui jouait enfin en ma faveur ! « Je suis un ami de longue date... Je serais ravi de partager le bon vieux temps en ta compagnie. Si tu acceptes, je t'inviterais à dîner. » je prononçais le dernier mot en un français onctueux. J'insistai légèrement : « Cela me ferait plaisir... » Je tournai légèrement la tête vers son lieu d'habitation avant de reporter mon attention sur lui. Un avertissement voilé, cela allait sans dire.
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MessageSujet: Re: All of my memories keep you near. | Will Graham. Lun 2 Nov 2015 - 3:51

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Il déteste cette situation et la position d’infériorité dans laquelle elle le place. Il n’a aucune idée de ce que l’homme en face sait de lui, mais visiblement il semble bien le connaître - ou en tout cas il s’en est convaincu - tandis que lui ignore jusqu’à son nom. C’est sans parler de ce qu’il a oublié de lui-même ; peut-être qu’au fond l’homme le connaît mieux qu'il ne se connaît. Un sentiment qu’il côtoie régulièrement, avec Molly, Jack, Alana, et toutes ces personnes qui prétendent savoir qui il est tandis qu’il peine à se rappeler de quelle façon il préfère boire son café, mais il ne s’y habitue pas pour autant. C’est irritant. Pendant un bref instant, l’homme paraît réellement peiné, mais l’expression traverse si brièvement son visage qu’il ne pourrait jurer ne pas avoir rêvé. Si c’est le cas, son masque est absolument parfait. Cela le rend un peu plus méfiant. Il est face à quelqu’un habitué à se construire une persona, à manipuler, à mentir, à charmer. Est-ce ce qu’il essaie de faire en cet instant ? Et si oui, à quelles fins ?

L’affirmation qui dément ses propos sans ciller le met mal à l’aise. Difficile de dire s’il a simplement vu à travers son mensonge ou s’il sait des choses qu’il ne devrait probablement pas savoir, mais dans les deux cas, Will n’apprécie pas franchement la façon dont l'inconnu abat les barrières qu’il tente d’ériger, ni l’aisance avec laquelle il y parvient. Il hausse un sourcil, l’air défiant, mais ne répond pas, préférant ne pas confirmer ni infirmer quoique ce soit. L’attitude de son interlocuteur change peu à peu tandis qu’il intègre un retournement qu’il n’avait pas prévu et adapte son comportement en conséquence. Une lueur d’amusement brille dans ses yeux : il perçoit Will comme un challenge, un défi à relever. L’assurance prend place dans sa posture, ses propos gagnent en conviction. Un pas en avant, et puis un autre. Il envahit son espace personnel sans scrupules, avec une familiarité qui trahit l’habitude. Will ne recule pas, mais l’envie ne manque pas pour autant. C’est moins une façon de dissimuler ses craintes que de ne pas céder du terrain face à une menace. Il n’a aucune idée de la nature de leur relation. Amis, ennemis, quelque part entre les deux ? Le vide que lui fournit sa mémoire le frustre cruellement.

L’homme exsude une assurance infaillible, une foi inébranlable en la place qu’il occupe dans sa vie. Dans les méandres épars de ses souvenirs. Il n’utilise pas le mot impossible à la légère, c'est évident. Les sourcils de Will se froncent un peu plus. Il y a quelque chose dans son comportement qui lui rappelle celui d’un ex jaloux qui n’accepte pas qu’on ait pu tourner la page sur lui. Sans réfléchir, il demande :

« Étions-nous amants ? »

Cela expliquerait bien des choses. La façon dont leur proximité provoque en lui des frissons incontrôlables. Le sentiment de détachement qu’il a vis-à-vis de sa famille. Le fait que Molly ne lui ai jamais parlé de lui. La présence de cet homme ici, et le fait qu’il sache que personne n’attend Will. L’aura de danger qui les entoure. Peut-être qu’il trompait sa femme. Est-il vraiment capable de ce genre de choses ? Il n’en a pas la moindre idée. Cela le rend fou de ne pas savoir. L’inconnu est certainement séduisant, s’il fait fi de l’arrogance qui se dégage de son aura. Ou peut-être qu’elle a son attrait également. Il ignore s’il a un type, mais si c’est le cas, cet homme en fait clairement partie. Il se fustige mentalement. De toute façon, ça n’a pas d’importance. Il ignore qui il était avant, mais dans cette vie, l’adultère le répugne et cet individu ne représente rien pour lui. Presque rien.

L’invitation lui semble être tout sauf une bonne idée. Il suit le regard de l’autre qui se pose derrière lui, vers le long chemin qui ramène à la maison parfaitement isolée des Graham. Une maison perdue au milieu de rien. Son instinct crie danger. L’insistance de son ton n’augure rien de bon. Il secoue la tête, ne cédant rien en dépit de la menace, mais il s’efforce de rester poli alors que l’autre semble déjà prêt à s’inviter chez lui :

« Je suis désolé, je ne pense pas que ce soit une bonne idée. Je ne sais pas qui vous êtes, et vous perdrez votre temps avec moi. Je ne suis plus celui que vous avez connu, quoique nous aillons pu… partager par le passé. »

Les mots sont quelque peu hésitants sur sa langue, incertains. Il est peut-être en train de rompre sans le savoir, et il n’imagine pas que son interlocuteur soit du genre à être habitué à ce qu’on lui refuse quoique ce soit. A plus forte raison, qu’on se refuse à lui. Il peut comprendre pourquoi. Dans d’autres circonstances, il aurait pu être tenté d’accepter. Mais il ne se fait pas confiance, ne fait pas confiance à son esprit traître et à sa mémoire fourbe. Il y a trop de données manquantes, et il préfère croire son instinct. Histoire de mettre les choses au clair, il ajoute :

« Peut-être une autre fois ? J’en parlerai à ma femme, elle est toujours ravie de recevoir des amis de la famille. »




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MessageSujet: Re: All of my memories keep you near. | Will Graham. Ven 6 Nov 2015 - 3:48


Will & Hannibal

You gave up the fight, you left me behind,
All that's done's forgiven
You always be mine, I know deep inside
All that's done's forgiven


La farce aurait pu être désopilante, si je n'avais pas autant exécré ce genre théâtrale burlesque et grossier. Brièvement, je songeai à retourner la situation en ma faveur : il aurait été aisé de lui faire croire n'importe quoi, de manipuler son esprit, comme aux premiers jours. Mais ce n'était plus ce que je souhaitais. Il s'était montré capable de tout, des gestes les plus beaux, d'une scène des plus spectaculaire... Pour, en une chute, tout perdre. Tout arracher. Je ne pouvais décemment le permettre, tout comme je ne pouvais plus lui mentir. Je ne le voulais plus, ne l'avais jamais voulu d'ailleurs. Aussi ne répondis-je pas à sa question qui faisait écho à une sourde souffrance, bien plus fulgurante que les plaies encore sensibles qui parcouraient mon corps. Cependant, je ne pouvais démentir non plus. La mort du dragon avait, pour moi – et pour lui aussi, j'en étais certain –, été similaire à une union parfaite. Symbiotique. Le silence demeura donc, entre affirmation et négation. Toutefois, un léger sourire tinté d'amertume fleurit sur mes lèvres lorsque son ton s'appuya sur un simple mot. Nous avions tout partagé. Tout donné. Qu'il refuse de s'en souvenir, que sa mémoire ne souhaite plus faire les connexions nécessaires, était une ironie supplémentaire. Rien n'était simple, rien ne le serait jamais. Mais vivre sans lui ne me paraissait plus être une option envisageable. J'avais épuisé toute ma patience, désormais ; ou du moins la patience de ne plus le voir qu'en ma seule mémoire. Les conversations que j'avais pu, de manière fantasmagorique, entretenir avec lui, durant trois ans, me paraissaient fades, dénuées de sens et d'attrait. Je le voulais lui. Entier. Vivant. Présent. Dussé-je lui faire revivre certains traumatismes clés. Ses dernières paroles achevèrent de me convaincre d'agir rapidement. L'impulsivité avait parfois du bon, et je me fiais assez à mon instinct pour le suivre. Que ce soit bon, ou mauvais, peut importait. J'espérais qu'il me le pardonnerait.

Il le ferait.

Lentement, je m'approchai de lui, indéchiffrable, fermé. Mes yeux s'attardèrent dans les siens. Nous étions plus proches que nous ne l'avions jamais été, depuis la chute. Lorsque nos deux corps enserrés l'un contre l'autre avaient basculé dans les eaux profondes et glaciales. Lentement, je vins poser ma main sur sa joue, à la fois caressante, douce, mais imprévisible, dangereuse. Je fus tenté de l'attirer contre moi, de le dévorer, littéralement ou métaphoriquement, qu'importait... Il ne devait prévenir ni Molly, ni personne. Il le savait. Il le savait pertinemment. Et je ne souhaitais plus attendre. Lentement, je sortis la lame que je gardais sur moi et vins profondément la plonger dans son abdomen. Précisément au même endroit où, jadis, je l'avais enfoncé avec la haine et la force de la trahison. Aujourd'hui, c'était tout autre chose. Je l'attirai à moi, soutenant son corps pour ne pas qu'il s'effondre, partageant de nouveau son sang, respirant ses effluves... L'une de mes mains vint se glisser dans ses cheveux, délicate et tendre.

« Pardonnes-moi, Will... »

Mon bras libre vint enserrer son cou. Le sachant trop faible pour résister avec assez de violence pour se dégager, je tentai de me dépêcher. Lorsque je sentis ses forces l'abandonner, je relâchai la pression : je ne souhaitais que son inconscience. Avec fermeté, je soutins son corps contre le mien et l'attirai lentement jusqu'à ma voiture où je l'allongeai à l'arrière après avoir posé un garrot provisoire autour de sa blessure. Aussitôt, je partis après avoir jeté un dernier coup d'oeil à la maison qu'ils habitaient en famille. Dédaigneux, je me promis de revenir plus tard... Peut-être. Je regardai Will dans mon rétroviseur, sur la banquette arrière, avant de reporter mon attention sur la route. Je nous amenais en sécurité. Je savais comment lui faire retrouver sa mémoire. Je savais exactement comment.

* * *

Assis dans un fauteuil, près du lit sur lequel reposait Will, j'attendais qu'il ouvre les yeux. Je nous avais conduit relativement loin, après m'être débarrassé de la voiture, à l'abri de tout regard et de tout soupçon. Des recherches seraient sûrement lancées très prochainement, et je ne tenais pas à se qu'on vienne nous déranger. Pendant ses heures d'inconscience, j'avais pu nettoyer sa plaie et la refermer, mais elle serait encore douloureuse et sensible. Je doutai fortement que sa mémoire ait pu se rétablir, son réveil serait donc désorienté, violent, et sa confiance en moi encore plus mince qu'elle n'avait pu l'être auparavant. Cependant, je savais l'acte nécessaire. Comme tous les autres qui suivraient. En me levant, je posai le dos de ma main sur son front, m'assurant que la fièvre n'était pas montée, et m'assis sur le rebord du lit après avoir attisé le feu dans la cheminée. Sur la table de nuit, le journal dans lequel avait été publié mon crime passionnel, et affiché une photo de mon offre ignorée, gisait. J'avais, à côté, posé un plateau sur lequel était présenté, dans une assiette, une délicieuse viande en sauce que j'avais eu le temps de préparer ; pour ne pas que Will se réveille trop vite, pour éviter toute surprise, je l'avais légèrement drogué. Pas assez pour lui faire ignorer la douleur... Une douleur toute aussi nécessaire que le reste.
Je me relevai et allai m'asseoir près d'un petit piano. L'endroit était peut-être étroit (ne comportant qu'une vaste chambre servant également de salon, une cuisine et une salle de bain), mais il y avait tout le confort nécessaire. Je comptais me rendre initialement ici, avec ou sans Will, sa présence était comme le plus agréable des bonus. Je lui jetai un coup d’œil et souris avant d'entamer la Sonate pour piano n°11 de Mozart.
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MessageSujet: Re: All of my memories keep you near. | Will Graham. Dim 8 Nov 2015 - 4:16

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Ses rêves sont saccadés. Violents. Fragmentés. Une succession d’images qu’il ne comprend pas. Des souvenirs, peut-être. Un torrent de sang qui l’emporte. La présence d’un majestueux cerf couvert d’un plumage sombre. Une tasse qui se brise en mille morceaux. Des bribes de mots sans aucun sens. Tout n’est qu’éclats et débris, pièces brisées, incomplètes. Un puzzle qui ne s’assemble pas et dont il ne parvient pas à voir l’image d’ensemble. Et soudain, au milieu de ce chaos, quelques notes de musique. Une partition jouée au piano. Il se laisse guider par la mélodie, tâchant d’en trouver l’origine. La sonate est enjouée, cajoleuse, comme une invitation. Mais plus elle se fait distincte, et plus Will devient conscient d’un élément beaucoup moins plaisant : la douleur.

Une douleur fulgurante, impérieuse, à laquelle il ne peut se soustraire. Il lutte, cherchant à se réfugier à nouveau dans les chaleureuses ténèbres de l’inconscience, mais déjà son esprit s’éveille. La souffrance demande à être ressentie, vécue, elle appelle sa pleine attention. Cruelle. Intense. Familière. Familière. Ses mains viennent se poser instinctivement sur son abdomen, où s’étale une longue cicatrice dont il ne connaît pas l’histoire, ou seulement à travers ce que Molly a pu lui en dire. Peu. Ses mains se crispent sur le bandage, secouées de spasmes, désireuses d’arracher le tissu pour constater les dégâts, pour connaître l’origine de cette souffrance intolérable et se l’extraire de force, peu importe à quel prix. Mais l’élan de douleur qui le traverse le dissuade aussitôt, et au même moment, il réalise qu’il n’a aucune idée de l’endroit où il est.

Il relève la tête et son regard se pose directement en direction de l’homme assis au piano qui joue avec dextérité, sourire aux lèvres. Il se fige aussitôt. C’est l’inconnu qu’il a croisé en sortant de chez lui. Et soudain, les souvenirs reviennent. Pas les bons. Ou peut-être que si ? Le souvenir d’une main sur son visage, une caresse presque tendre. L’éclat d’une lame qui disparaît en lui et déchire sa chaire. Une présence masculine qui le soutient, l’accompagne dans sa douleur. Le sang chaud qui coule entre ses doigts. Son sang. La nausée le saisit. Il tremble violemment. Cet homme est fou. Son regard tombe sur l’article de journal, mis en avant de façon suspicieuse. C’est une revendication. L’assiette qui trône à côté offre un morceau de viande alléchant. L’estomac de Will se soulève violemment. Sa plaie proteste avec la même véhémence. L’assiette et son contenu viennent s’écraser contre le mur avec fracas avant même que l’intention ne prenne forme dans son esprit.

C’est avec la même impulsion qu’il s’élance hors du lit dans l’espoir de fuir, de s’armer, de faire quelque chose, mais au lieu de cela il s’affale lourdement au sol, trahi par un corps faible, à l’agonie. Un râle rauque s’échappe de ses lèvres sous l’impact, et il ne trouve que la force de ramper vers le coin le plus éloigné de son kidnappeur. A tâtons, sa main vient chercher quelque chose qui puisse l’aider, n’importe quoi, et se referme sur un éclat acéré de l’assiette. Piètre défense, mais il s’y accroche comme à sa vie. Du regard, il cherche déjà les potentielles sorties, l’une d’elle semble assez proche, mais ses chances sont faibles, il en a conscience. Il n’est pas en état de fuir, et encore moins de se battre. Même au meilleur de sa forme il ne pourrait probablement pas tenir tête à l’autre homme au vu de sa carrure. Mais à présent le moindre effort le fait en plus trembler de douleur et le laisse pantelant, en sueur. Il a perdu trop de sang et son corps proteste, exténué, exigeant calme et repos et ne recevant que panique et agitation.

Il lui faut trouver le moyen d’alerter la police. Et plus immédiatement, de rester en vie. L’homme ne semble pas vouloir sa mort, auquel cas il ne se serait probablement pas donné la peine de panser sa blessure ou de lui préparer un repas. Mais alors que lui veut-il ? Will n’a pas d’argent à offrir, et un seul coup d’œil à sa personne permet de s’en rendre compte. L’explication réside indéniablement dans son passé, il en est convaincu, mais elle n’est clairement pas à sa portée. Quel genre de relation mène à une telle situation ?

« J’en déduis que nous ne sommes pas amants. »

Sa respiration est laborieuse, sa voix enraillée. Parler lui est pénible. Respirer lui est pénible. Réfléchir lui est pénible. Il ferme un instant les yeux sans lâcher son morceau de faïence. Il repense à la tasse de son rêve. Se demande quelles chances il a de le blesser sérieusement son bourreau avec. Il peut peut-être lui crever un œil. Lui trancher la carotide, s’il est chanceux.

« Vous ne m’avez pas tué. Pourquoi ? Que me voulez-vous ? »

Il devrait probablement supplier. Il n’augmenterait pas ses chances de survie, mais ce serait le comportement le plus logique à adopter dans une telle situation. Plaider, raisonner, pleurer. Mais ce serait vain, et il le sait. Il se sent simplement vide, las. La situation a un étrange goût de déjà vu, mais il appartient à cette zone d’ombre dont son esprit tente de le préserver. Il y a là derrière une peine qui n’est pas tant physique qu’émotionnelle, et mille fois plus redoutable. Il veut se souvenir. Il ne veut pas se souvenir.

« Qui êtes-vous ? »




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MessageSujet: Re: All of my memories keep you near. | Will Graham. Jeu 12 Nov 2015 - 23:00


Will & Hannibal



Andante. Les yeux fermés, je savourai agréablement la mélodie qui s'échappait de l'instrument de musique, sous mes doigts, enfermant la pièce dans une sphère paisible et harmonieuse. Cependant, cette atmosphère fut rapidement rompue par un éclat assourdissant. Mes mains se suspendirent, mes yeux se rouvrirent. J'en déduisis aussitôt que Will venait de se réveiller. Je ne me tournai pas entièrement vers lui, seule ma tête fit un léger mouvement afin que mes yeux puissent se poser sur l'homme qui, encore une fois tentait de s'échapper. Par tous les moyens, il se faufilait hors de mon emprise, depuis le début, à la manière d'une anguille. Pas cette fois. Lentement, je me redressai, sans prêter attention au désordre qu'il venait de mettre. Un si bon repas... C'était fort regrettable. A pas lents, je me dirigeai vers lui et tirais un fauteuil afin de lui faire face. Il se trouvait assit sur le sol, contre le mur. Je pouvais entendre le mécanisme de son cerveau éreinté d'ici. Tout comme je pouvais sentir sa douleur. Un parfum confit. Du basilic et de l’œillet. En somme, souffrance et antipathie. Je m'assis dans le fauteuil et croisai les jambes, comme lors de nos anciennes « conversations », de patient à psychiatre. D'ami à ami.

« Peut-être que tes déductions sont trop hâtives. » ne pus-je m'empêcher de lancer. Nous n'avions pas été amant au sens où il l'entendait, c'était un fait. Mais en bien d'autres circonstances, nous avions été plus liés que n'importe quelle âme sœur. Nous nous comprenions de manière parfaite...

« Nous sommes bien au-delà de notre habituel jeu du chat et de la souris, à présent Will. Souhaites-tu que nous recommencions tout depuis le départ ? Voilà qui serait fort contraignant, pour chacun d'entre nous. Tant physiquement que psychiquement, je te l'assure. Cependant, s'il le faut, je le ferais. »

Je me penchai légèrement vers l'avant, joignant mes mains entre elles sur mes genoux. La confusion se lisait au fond de son regard. Je me tenais prêt à toute éventualité : combat, fuite... Dans un cas comme dans l'autre, il serait trop faible. Pour l'instant. Je devais veiller à ce que cela reste ainsi jusqu'à ce qu'il se souvienne. Qu'il se souvienne de lui mais, surtout, de nous. qu'importait le temps que cela pourrait prendre. Qu'importait les efforts employés. Qu'importait la haine. La douleur. Et si malgré tout, l'amnésie persistait, il ne me resterait plus qu'à me repaître de son esprit, et de son cœur. L'annihilant et l'honorant tout à la fois. Telle ne devait pas être notre fin, aussi devrais-je veiller à ce qu'elle soit magnifique, si cela arrivait.

« Je suis comme Virgile guidant Dante. » répondis-je, les yeux plongés au fond des siens.

Le silence s'abattit sur nous. Ne demeurait qu'un tic tac régulier dû à une pendule accrochée au-dessus de la cheminée crépitante. Allais-je réussir à guider Will, l'élever comme j'avais pu le faire, au-dessus du monde, au-dessus des hommes, au rang de Dieu et de Diable, en ma compagnie ? Mes doigts pianotèrent un instant sur l'un des accoudoirs du fauteuil.

« La question que tu devrais plutôt te poser est : qui es-tu ? Ou plutôt : qui crois-tu être ? »

Curieux, je penchai légèrement la tête sur le côté. Sa vie ne lui convenait pas, c'était un fait. A l'étroit, glissé au sein même d'une mascarade. Il ne souhaitait pas être l'acteur de cette pièce. Seulement, il ne parvenait pas à s'en souvenir. Cela ne pouvait lui convenir. Après tout, trois ans de sa vie avaient suffit avant qu'il ne décide de me revenir. A moi. C'était inévitable. Au plus il l'éviterait, au plus l'attraction demeurerait forte, pesante.

« Je te connais, mieux que quiconque. Ton âme, ton cœur, ton esprit. Tout comme tu me connais et me comprends. C'est uniquement la crainte qui t'empêche de retrouver le chemin que tu as pourtant si douloureusement emprunté. Ça ne fait rien. Nous avons tout notre temps. »

Mais tu l'as oublié. Doucement, je me levai, d'un geste fluide, je vins m'agenouiller devant lui, mes deux mains se posant sur ses épaules, l'enveloppant de ma présence toute entière, happant son regard au fond du mien, emprisonnant son âme, insistant. Souviens-toi de qui nous sommes, Will. Il ne pouvait pas l'avoir tout à fait oublier. L'une de mes mains remonta lentement le long de sa nuque. Mon pouce s'arrêta sur sa joue, caressant, tendre, mais à la fois hostile, la pointe de mes doigts tout près de son pouls.
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MessageSujet: Re: All of my memories keep you near. | Will Graham. Dim 15 Nov 2015 - 15:34

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Si Hannibal est le chasseur, Will est l’animal sauvage acculé sous le canon de son fusil. Farouche, les sens en alerte, prêt à tout pour s’extraire de cette impasse. Les battements de son cœur résonnent avec une telle force à ses oreilles qu’il a le sentiment que même l’autre homme peut les entendre, et la douleur lancinante de son torse se propage par vagues dans son corps, comme rythmé par les palpitations de l’organe qui s’emballe. Contre toute attente, son agresseur ne se met pas en colère en voyant le repas gâché et l’assiette en éclats, et si Will se tend en le voyant approcher, s’attendant à voir son impulsivité punie par la violence, il n’en est rien. Il est d’un calme inébranlable et lui parle d’une voix caressante et posée où il devine à peine une pointe de lassitude. Il parle beaucoup. Will le laisse faire, l’écoute sans répondre, la main toujours crispée sur son arme improvisée, attendant le bon moment pour frapper. Il n’a aucune idée de ce dont il parle, ne sait toujours pas qui est l’homme, ni quelle est la nature de leur relation si véritablement ils en ont une. Peut-être est-ce un fou qui a vu son nom dans une coupure de journal. Pourtant quelque chose lui dit que non, mais il est difficile de se fier à son intuition lorsque la mémoire fait défaut.

« Virgile a guidé Dante hors des Enfers, il ne l’y a pas conduit. »

La réplique lui échappe avant même qu’il n’ait pu y réfléchir à deux fois, sèche et sarcastique, et s’il lui vient à l’esprit que provoquer celui qui l’a déjà poignardé et enlevé n’est pas réellement une bonne idée, il ne parvient pas à regretter ses paroles. Il n’a aucune intention de se laisser faire. Il lui laisse cependant le bénéfice du doute ; médite ses propos. Il ne sait pas qui il est. Il sait qui il est aux yeux de Molly et de Walter. D’Alana. De Jack. Mais il ne trouve pas de vérité dans ces différentes incarnations de lui. Will Graham est un étranger.

Il reste muet, se crispe lorsque l’homme s’approche un peu plus de lui, une main sur son épaule, l’autre contre sa joue. Il réprime un frisson, résiste à l’envie de fuir, de mordre, de se rebeller. Il attend sa chance, et elle lui tend les bras. Presque. Il ne le lâche pas des yeux, capturant son attention sur lui, le regard intense, l’air sauvage.

« Vous croyez tous me connaître. Molly, Jack, même cette journaliste. Vous voyez en moi une toile vierge et y projetez toutes sortes d’idées, d’attentes. Mais je ne m’y reconnais pas, jamais. Je ne sais pas qui je suis. Je ne sais pas qui vous êtes. Je ne connais même pas votre nom. »

Et je n’ai pas envie de le connaître. Il ne le dit pas. Ce n’est pas tout à fait vrai. Ce n’est pas pour cela qu’il se retient parler, cependant. L’envie de cracher tout ce qui lui vient à l’esprit ne manque pas. Le désir de heurter, de faire mal, de remporter une victoire, aussi infime soit-elle. Mais puisqu’il ne sait pas qui il est, il peut être n’importe qui. Si l’homme s’attend à développer en lui un syndrome de Stockholm, il peut jouer ce jeu là. S’il veut le voir tomber dans ses bras, redevenir son presque-amant ou quoique ce fût qu’il ait pu incarner pour lui par le passé, il peut le faire. Au moins le temps de le distraire, de créer une diversion.

Il se penche en avant, jusqu’à ce que leurs souffles se rencontrent, l’air vulnérable mais comme transi par la présence de l’autre. Ce qui est le cas, d’une certaine façon. Il reconnaît l’alchimie qu’il y a entre eux. La tension qui découle de leur proximité, la façon dont son corps réagit, et à en juger les pupilles dilatées de l’autre homme, ce n’est clairement pas à sens unique. Il s’approche, comme sur le point de l’embrasser, puis au dernier moment, il saisit sa chance. Il agit avec force et rapidité en dépit de son état, porté par l’adrénaline, et l’éclat de faïence vient s’enfoncer profondément dans le haut de la cuisse de son agresseur. Il vise l’artère fémorale. Un coup bien placé et l’homme se videra de son sang en un rien de temps. Il retire l’éclat aussitôt pour ne pas contenir l’hémorragie, et profite de son avantage pour s’échapper, se redressant tant bien que mal bien que pris d’un violent vertige. Il se jette sur la porte. Fermée à clé. Il lâche un grognement de frustration, cherche les clés du regard. Une arme. Un téléphone. Quelque chose. N’importe quoi. Dans la kitchenette, il avise un large couteau particulièrement aiguisé et s’en empare. Lorsqu’il revient auprès de son agresseur, il jauge rapidement les dégâts, mais il paraît vite évident qu’à l’aveuglette il a manqué son coup, ne parvenant à toucher l’aine. Le débit n’est pas assez important. La plaie reste cependant vilaine et il trouve une certaine satisfaction dans le fait d’avoir donné à l’autre la monnaie de sa pièce. Even Steven.

Il s’avance, couteau en avant, mais est pris d’un nouveau vertige, pantelant et tremblant, le corps exténué par la tension qui l’habite, prêt à le lâcher à tout moment, et il se rattrape tant bien que mal contre un pan de mur. Il doit tenir encore un peu. Il ne paraît guère menaçant ainsi, et il en a bien conscience, mais le désavantage est désormais mutuel. Difficile de se déplacer correctement avec une jambe blessée.

« Les clés. Dites-moi où sont les clés et je ne vous tuerai pas. »




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MessageSujet: Re: All of my memories keep you near. | Will Graham. Mar 24 Nov 2015 - 14:47


Will & Hannibal

Un souffle partagé. Une tension retrouvée, puissante, houleuse, impétueuse. Une force magnétique. Deux regards, un partage, une reconnaissance partielle mais puissante. Une séduction. Un abandon, ou presque. La douleur, enfin... Surprenante. Plus déchirante au cœur qu'à la plaie sanguinolente. La bouche d'Hannibal s'entrouvrit, seule une longue expiration en sortie, contrôlée. Lorsque la lame sortit de sa cuisse, laissant le sang s'en écouler, le temps sembla prendre un rythme rapide, saccadé. Les sons qui avaient semblé lointain reprirent de la consistance. Will heurtant la porte. Will essayant de l'ouvrir. Will cherchant quelque chose pour s'enfuir. L'amusement se peignit sur le visage d'Hannibal malgré l’élancement de sa jambe. Sans résistance, tout aurait été trop simple... Lentement, l'ancien psychiatre recula contre le lit pour venir déchirer un pan des draps blancs, immaculés. Il l'enroula fermement autour de sa blessure, stoppant l'hémorragie. Will avait-il raté son coup de manière consciente ? Sûrement pas. Hannibal releva la tête en direction de son ami qui, couteau en main, jaugeait la situation. Non, il aurait aimé être plus précis. Peut-être, cependant, sa main avait-elle déviée de manière parfaitement inconsciente ? Un autre Will, au fond de lui, au fond de sa mémoire endommagée, qui ne souhaitait pas voir sa mort arriver de la sorte. En tout cas, Hannibal l'espérait. Lentement, il s'assit sur le rebord du lit, malgré la menace de son interlocuteur. Piètre menace. Appuyé contre le mur, il semblait sur le point de s'évanouir. Heureusement, Hannibal le savait résistant, volontaire, déterminé.

« Pour aller où, Will, et comment ? »

Hannibal faisait clairement référence à sa blessure. Il était sur le point de s'effondrer, alors fuir ? Un léger sourire fleurit sur les lèvres de l'ancien psychiatre qui plongea ses yeux dans ceux de Will. Ses propos n'étaient déjà plus très cohérents, ni très convaincants. Il lui proposait de ne pas le tuer, en échange des clés de la maison, mais s'il le tuait, il ne serait pas plus avancé. Fouiller la maison lui prendrait du temps, pour trouver un objet aussi petit, et dans son état, il ne pouvait se permettre trop d'efforts physiques.

« Assieds-toi, proposa Hannibal, je ne pourrais pas te porter jusqu'au lit, si tu t'effondres. » dit-il en désignant sa jambe blessée. « Je ne compte pas te tuer, Will, ni même te faire du mal. » ses yeux tombèrent sur l'abdomen de son interlocuteur et il se corrigea : « Je ne comptais pas t'en faire, mais je suis visiblement obligé d'employer des moyens extrêmes pour que nous ayons une simple conversation... »

Hannibal ne le quittait pas des yeux. Un animal blessé était toujours plus dangereux, cela valait pour Will, cela valait pour lui.

« Qui es-tu, Will ? Quelles sont tes propres attentes, tes propres idées ? Si tu ne souhaites pas que d'autres personnes remplissent les espaces vides à ta place, peins ta propre toile, ton devenir, qu'importe ton passé. Que ressens-tu ? »

Ne rien lui imposer. Hannibal avait déjà joué avec l'esprit et la mémoire de Will, il savait comment elle pouvait fonctionner, mais, à l'époque, la situation était radicalement différente. Will avait évolué, était devenu un être sublimé, grandiose. Cette métamorphose n'avait pu être entièrement balayée, elle était toujours là, ancrée, profonde, majestueuse. Lentement, Hannibal se redressa, avança jusqu'à l'entrée, s'appuyant à peine sur sa jambe blessée. Sa main plongea dans la poche de sa veste, accrochée au porte-manteau, et il en sortit un trousseau de clés qu'il déposa sur un meuble, non loin d'eux. Restant debout, Hannibal plongea ses yeux dans ceux de Will :

« Si tu penses ne pas obtenir de réponses à tes questions ici, alors tu peux t'en aller. Je ne vais pas faire de toi mon prisonnier Will, ce n'est pas ce que je souhaite pour toi. Pour nous deux. Mais je répète : pour aller où, et comment ? »

Hannibal ne doutait pas que l'entêtement de Will pouvait aller loin, mais lui donner la possibilité de s'en aller quand il le souhaitait pouvait faire une réelle différence. Peut-être. L'ancien psychiatre ne pouvait jamais être sûr face aux réactions de son interlocuteur. Encore moins avec sa défaillance mnésique. Légèrement, il pencha la tête sur le côté. Impénétrable, ses yeux cherchaient pourtant quelque chose au fond de ceux de Will. Un éclat qui lui assurerait que son Will se trouvait toujours là, quelque part. Qu'il ne l'avait pas laissé tomber tout seul dans ces abysses, au final. Qu'il ne le laisserait pas couler, se noyer.

« Je te l'ai dit, Will, je suis ton guide. Sommes-nous aux enfers ? Un enfer peut devenir paradis, les deux sont étroitement liés. Quant à mon nom, tu le connais bien. Cela reviendra. » Un jour proche ou lointain. Tu te souviendras.
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MessageSujet: Re: All of my memories keep you near. | Will Graham. Ven 18 Déc 2015 - 1:55

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Pour aller où ? Sa première pensée est pour Molly, parce que n’est-ce pas à elle qu’il est supposé penser dans ces moments là ? Molly. Sa femme. La famille, généralement synonyme de maison. Et que faire si cette maison semble trop étroite, pas assez familière, si on ne s’y sent pas chez soi ? Si on y étouffe au point de chercher mille et une excuses pour s’en éloigner ?
Sa seconde pensée va vers Jack, et la police en général. C’est la décision la plus sensée, la plus logique. Faire arrêter son agresseur. Et après ? Retour à la case Molly. Ce n’est pas comme s’il avait d’autres endroits où aller, en vérité. Il est plus simple de se concentrer sur un objectif plus immédiat, moins piégeux : hors d’ici. Loin.

Comment ? Cette question là est plus facile. Il ne sait pas où il est, mais il est plus que probable que l’homme qui l’a amené ici se soit déplacé en voiture : il n’existe pas encore beaucoup de moyens plus discrets de transporter un homme inconscient d’un endroit à l’autre. Vrai, il n’est pas réellement en état de conduire, mais le danger qu’incarne son kidnappeur lui paraît bien plus immédiat, et bien plus inquiétant que celui que représente sa blessure. Il n’a pas besoin d’aller très loin. Il suffit de trouver de l’aide. Le plan ne lui semble pas irréalisable ; la difficulté majeure étant… de s’échapper.

Face à lui, son ravisseur lui assure qu’il ne lui veut pas de mal, et réalisant qu’il était un peu tard pour faire de telles promesses, il se corrige, justifiant son acte par la volonté… d’avoir une conversation avec lui ? S’il n’était pas aussi incrédule, Will aurait été tenté de rire. Une bonne chose que ce ne soit pas le cas ; la plaie à son abdomen n’aurait sûrement pas apprécié un tel traitement.

La ribambelle de questions qui succède le laisse encore plus confus. Il ne sait pas qui il est. Il ne sait que peindre sur la toile vide. Il lui faut d’abord réapprendre les couleurs qu’il préfère, la façon dont il manie le pinceau. Des données qui lui sont perdues. Dans un sens, peut-être que l'inconnu a raison : plutôt que de chercher des souvenirs qui n’existent plus, il lui faut les recréer, au risque de se construire sur une personne différente. Mais que se passerait-il s’il retrouvait sa mémoire et que passé et présent se confrontaient ? Il appuie sa main sur son front, saisi d’un nouveau vertige. La question de ce qu’il ressent est plus aisée. Colère, peur, perplexité, intérêt, lassitude, doute : une myriade de sentiments qui s’élèvent en lui, incapables de trouver un terrain d’entente. La douleur l’emporte. Il est plus facile de se concentrer sur cette dernière que sur le reste. Lorsque l’homme se redresse, il se recule aussitôt en réaction, le couteau levé, suivant sa trajectoire d’un air méfiant, plus tendu que jamais en le voyant fouiller dans une poche… pour en extraire un trousseau de clé, et le déposer bien à sa vue.

Son cœur s’emballe, mais ses soupçons vont grandissant. Si c’est là la clé de sa liberté, pourquoi la lui céder si facilement ? L’homme semble adepte des manipulations mentales ; si c’est de la psychologie inversée, elle n’aura pas l’effet escompté sur lui. Toujours silencieux, immobile si ce n’est son bras qu’il abaisse à nouveau lentement, il l’écoute avec un mélange de curiosité et de scepticisme, son regard allant de son interlocuteur à la clé, cherchant le piège dans ses mots. Il ne semble pas y en avoir. Il y a quelque chose dans les yeux de l’autre homme qui le sonde, guettant peut-être en lui une trace du Will qu’il connaissait. De quelle façon ce Will aurait réagi ? Quelles étaient ses intentions vis-à-vis de lui ? Il n’est pas sûr de vouloir le savoir. Quelle qu’ait pu être leur relation, elle était clairement de nature abusive, et peut-être est-ce un mal pour un bien qu’il soit incapable de s’en souvenir si c’est pour se défaire de son bourreau. C’est un schéma bien connu ; la femme qui aime et protège en dépit de tout celui-la même qui la bat. Il a l’occasion de quitter un cercle vicieux, de recommencer à zéro. Cette amnésie est peut-être une bénédiction plutôt qu’une malédiction. Will fait un pas, puis deux. Sa main se referme sur le trousseau de clé tandis qu’il surveille l’autre du regard, prêt à se défendre, mais fidèle à sa parole, celui-ci reste immobile.

« Apparemment, vos services de guides ne sont plus requis. Puisque je ne suis pas votre prisonnier, je trouverai la sortie tout seul. »

Il n’attend pas de réponse, il ne se tourne pas pour observer la réaction : il se dirige vers la porte d’entrée clé en main, et à sa surprise (mais peut-être pas tellement), celle-ci s’ouvre sans lui offrir de résistance et il se précipite dehors sans demander son reste. Il trouve rapidement du regard une voiture, et s’avance vers elle, persuadé qu’à tout moment son agresseur va trouver le moyen de le pourchasser, mais rien ne se passe. Le silence est presque assourdissant. Les clés de la voiture sont sur le trousseau. Sa liberté est là, à portée de main. Il s’installe sur le siège conducteur non sans peine, et met le contact. Le moteur de la voiture vrombit en revenant à la vie : rien ne semble pouvoir l’arrêter. Mais alors pourquoi ? Pourquoi l’avoir poignardé et enlevé, pourquoi lui avoir fait subir tout cela pour mieux le laisser repartir ? Etait-il si convaincu que Will resterait ? Et pourquoi ? Les mains sur le volant, figé, il est pris d’une violente nausée, une bile qui remonte le long de sa gorge et laisse un goût amer dans sa bouche. Quelque chose sonne faux dans tout cela. Il a beau essayer d’assembler les points, il n’y a pas de cohérence, pas de logique à tout cela. Soit. Will laisse la logique de côté, se concentre une fois de plus sur ses sentiments, les catalogue un à un. La colère est légitime : c’est une réponse primaire à une agression subie. La peur fait sens, elle aussi : simple instinct de survie. La fatigue est plus physique que morale, et considérant les circonstances elle n’a rien de surprenant. L’intérêt, voilà qui est plus intriguant. Intérêt pour qui, pour quoi ? Qu’y a-t-il d’intéressant à une situation aussi critique ? Et le doute ? Le doute fait partie de sa vie depuis le jour où il s’est réveillé amnésique : n’ayant aucun repère sur lequel s’appuyer, il doute de tout, tout le temps. Mais il y a autre chose cette fois. Quelque chose qui sonne juste dans les paroles de l’autre homme. Quelque chose qui sonne juste entre eux. Quelque chose qu’il ne ressent pas auprès de Molly, ou Walter, ou Alana, ou Jack, ou qui que ce soit d’autre.

Il ferme les yeux, inspire profondément. Il y a des réponses qui l’attendent, à l’intérieur de cette maison. Peut-être la mort aussi. Etrangement, cette perspective l’inquiète moins que celle de rester dans l’obscurité. Il doit être fou, pour songer à revenir sur ses pas. Aussi fou que son kidnappeur. Il n’ose pas imaginer ce que cela dit de lui. Peut-être que leur relation était mutuellement abusive. Quelque chose en lui le pousse vers cet homme et son aura magnétique, en dépit du danger, ou peut-être à cause de lui. Il reste là de longues minutes avant de se résigner. Retour dans la cage aux fauves. C’est du suicide. Mais à présent qu’il réalise que la mort ne l’effraie pas, le choix est plus aisé. Il n’a pas envie de mourir. Et pour le peu de réconfort qu’il puisse en tirer, il ne pense pas que l’homme ait l’intention de le tuer. Il en a eu l’occasion, après tout. Non pas que l’alternative soit préférable, pas quand vivre devient une souffrance - et sa plaie est difficile à ignorer, ralentissant tous ses gestes, épuisant son corps au point de rendre chaque mouvement pénible : il n'oublie pas qui la lui a donnée. Il passe le pas de la porte avec calme, la referme derrière lui lentement. Il se damne lui-même.

L’homme n’a pas bougé en son absence, et Will s’approche de lui, son arme d’infortune toujours en main. Il le surplombe ainsi un instant avant de prendre place à ses côtés sur le bord du lit, abandonnant l’éclat de faïence ensanglanté sur les draps déchirés. Il reste silencieux un moment, cherchant ses mots. Mais son corps lui fait payer l’effort auquel il l’a soumis et il se sent chanceler légèrement tandis que son esprit s’embrume peu à peu. Le moment d’absence ne dure que quelques secondes, mais pour Will il aurait aussi bien pu s’agir d’heures. Ses doigts se referment sur les draps tandis qu’il tente de rester conscient, puis à son tour son regard vient chercher celui de son agresseur.

« Vous vouliez avoir une conversation avec moi. Je veux des réponses. Quid pro quo. Je m’octroie le droit de commencer, j'ai payé de mon sang en premier, après tout. » Il parle avec lenteur, concentré entièrement sur sa locution comme cela a été bien souvent le cas après son réveil, sa joue fraîchement suturée d’une blessure qu’il ne se souvient pas avoir gagnée. Il commence cependant à deviner le contexte. « Pas de réponses vagues ou de métaphores douteuses. Que suis-je pour vous ? »

Peut-être qu’il est plus simple de commencer par là que de chercher à connaître l’identité d’un homme dont il ne se souvient de toute façon pas. La question ne lui permet pas de projeter quoique ce soit sur Will : l’angle abordé est d’entrée subjectif, il s’agit uniquement de sa perception de lui et de leur relation, et l’expérience lui a appris qu’il était plus facile de soutirer des informations fiables ainsi qu’en posant une question se voulant objective. D'une façon ou d'une autre, il ne peut plus reculer : quoiqu'il arrive à présent, se réfugier derrière un libre-arbitre volé ne lui sera plus possible.




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MessageSujet: Re: All of my memories keep you near. | Will Graham. Mar 12 Jan 2016 - 0:07


Will & Hannibal


Que veux-tu que je fasse ?
M'effacer ou m'avancer pour être dans ta trace,
Tout te dire, ou bien me taire, que veux-tu que je fasse ?


Impuissant, Hannibal ne bougea pas d'un pouce, se contentant d'observer. Les clés tintèrent. La porte claqua doucement derrière Will qui, sur ses dernières paroles, disparut dans les ténèbres nocturnes. Une fois encore, il s'échappait. Cette fois, pourtant, il ne le fuyait pas seulement lui, Hannibal Lecter, il se fuyait aussi lui-même, tournait le dos à sa véritable nature, à ce qu'il était devenu en haut de cette falaise, avant l'inévitable chute. De frustration, l'ancien psychiatre laissa s'échapper un grondement agacé du fond de sa poitrine. Le silence retomba soudain. Il ne bougea pas d'un pouce, aussi désespéré qu'à son réveil, environ un mois plus tôt. Seul.
Au loin, le bruit du moteur retentit. Hannibal redressa légèrement la tête, luttant avec ses propres pulsions. Il ne souhaitait pas retenir Will contre son grès, il n'avait jamais cherché à le forcer, à l'obliger. Il s'était contenté d'observer ce que l'influence de ses propos et de ses actes pourraient avoir sur son esprit. Il s'était contenté de regarder sa véritable nature prendre le pas, grandir, s'épanouir, devenir sublime et magnifique. S'il avait amené Will ici, c'était par simple envie de passer du temps en sa compagnie. De parler. De l'aider à se souvenir, et à comprendre une nouvelle fois qu'une vie simple et monotone, avec femme et enfant, ne pouvait lui convenir tout à fait. Hannibal ne faisait pas de lui son captif. Il ne l'avait jamais fait. Pourtant, Hannibal n'avait jamais réellement cesser de jouer avec l'influence, tout comme Will, dès qu'il avait su voir derrière le voile. Aussi ne lui avait-il pas donné les clés par simple tentation, mais par réel intérêt quant à ses actes : allait-il partir et ne jamais revenir ? Ou bien faire machine arrière, par trop de questions sans réponses ?

Regrettant d'avoir cédé à l'impulsion du moment, Hannibal ne bougeait toujours pas, assit sur le lit, immobile, une main posée sur sa cuisse sans pour autant en ressentir réellement la douleur déjà mentalement éloignée pour un temps. Il pensait qu'en poignardant Will, ouvrant de nouveau le cercle familier de la violence, cela ré-activerait une faille. Un déjà vu clé dans sa mémoire. Quelque chose. N'importe quoi. Au lieu de quoi, il n'avait fait que rendre le jeune homme méfiant, à juste titre. L'impatience lui avait fait commettre une erreur monumentale. Voir que Will ne le reconnaissait pas, après ce qu'ils avaient pu faire ensemble, après n'être devenu qu'un seul et même être dans deux corps différents, avait été plus terrible que la perte. Plus terrible que l'éloignement. Plus terrible, même, que la trahison.
Soudain, le bruit du moteur s'estompa. Hannibal redressa la tête, curieux. La voiture ne s'était pas éloignée, le son avait tout simplement cessé. Curieux, à présent, et attentif, l'ancien psychiatre tendit l'oreille, le regard alerte. Will aurait-il finalement tranché avec son propre dilemme ? Hannibal eut sans tarder une réponse à sa question lorsque son cher ami franchit de nouveau la porte, dans le sens inverse cette fois-ci. Ses yeux se posèrent sur lui, calmes et imperturbables. Curieux, aussi, mais également soulagés. Hannibal doutait qu'il l'aurait laissé partir une énième fois, au fond. Il ne l'aurait tout simplement pas pu. Pas après l'avoir vu s'élever, avec lui. Il ne savait pas exactement ce qu'il aurait fait, mais, en tout cas, il l'aurait sans doute observer se débattre, une fois encore, avec ses démons. Le tuer n'était pas une option, même dans un cas comme celui-ci. Un monde sans Will perdrait de son attrait et de sa saveur. Mais était-ce réellement Will qui se dressait devant lui, ou bien seulement une part brisée de ce qu'il avait pu être ?

Hannibal regarda Will s'asseoir à ses côtés, et poser l'éclat de porcelaine sur les draps, mettant momentanément fin à leur cercle infini de violence. Lentement, l'ancien psychiatre pencha la tête sur le côté, observant les traits de son interlocuteur avec attention. Son regard se posa sur la marque profonde qu'avait laissé la lame de Dolarhyde dans sa joue. Puis il remonta jusqu'à ses yeux, s'emparant de ses ténèbres pour les faire siennes également. De toute évidence, Will ne se sentait pas bien après avoir fourni un tel effort. Coupable ? Non. Hannibal ne dirait pas qu'il se sentait coupable du mal que pouvait ressentir Will en cet instant. Il y montrait seulement une forme de compassion. Finalement, le jeune homme reprit une certaine contenance et croisa définitivement son regard. Hannibal s'y ancra volontiers.
La question laissa l'ancien psychiatre silencieux l'espace d'un instant. Il aurait pu répondre de bien des manières, et par bien des formes. Mais il ne pouvait tout simplement pas mettre de mot sur ce que Will représentait pour lui. Il n'y en avait aucun pour désigner ce sentiment mêlant adoration, fierté, amusement, frustration, désespoir, passion et compassion. Lentement, ses yeux s'échappèrent au regard inquisiteur et sincèrement désireux d'obtenir une réponse. Réponse qu'Hannibal ne pouvait concrètement pas lui apporter.

« Tout. » finit-il pas déclarer, car c'était la seule réponse appropriée qu'Hannibal puisse trouver. Les yeux toujours rivés sur un point lointain de la pièce, il continua : « Une grande partie de mon monde, le centre de gravité de mes pensées, les ténèbres complétant les miens. Ma moitié. »

La pauvreté des mots pour exprimer ces pensées concrètes frustrèrent momentanément Hannibal qui se tu quelques instants en reportant ses yeux sur Will, cherchant à partager son regard. Avec précaution, l'ancien psychiatre laissa tomber le masque. Ses yeux brillèrent d'une étrange lueur, où révérence, amusement et désespoir se mélangeaient en une étrange peinture sombre. Se souvenant des anciens propos de Will quant à leur relation, il sourit mais retint la métaphore s'apparentant au serpent, tenant sa silencieuse promesse de parler franchement, et sans détours. Un nouvel exercice dont il n'avait guère l'habitude.

« Je ne peux pas mettre d'avantage de mots sur ce que tu représentes pour moi, Will, le reste est au-delà de tout propos tangible, et je pense avoir été aussi honnête que je le pouvais. »

La main d'Hannibal s'éleva doucement en direction de la joue de Will, frôlant du bout des doigts la blessure y ayant désormais sa place. Lentement, le masque d'Hannibal se recomposa, décidant qu'il en avait, pour l'instant, suffisamment dit. Cette version de Will qui lui faisait face, encore plus inachevée que jamais, et, surtout, emplie de doutes, n'avait plus tous les éléments en main.

« Je te suggère de te reposer un peu, Will. Je doute que tu puisses réellement suivre le fil de tes propres pensées dans l'état actuel des choses. » Hannibal baissa sa main, sincèrement inquiet. « Puis-je aller te chercher de quoi apaiser ta douleur ? »

L'ancien psychiatre préféra lui demander la permission, il ne souhaitait pas que, par trop de méfiance, Will reprenne son éclat de porcelaine pour le menacer une fois encore. A son consentement, Hannibal se leva, prenant garde à ne pas appuyer sur sa jambe blessée, et revint quelques instants plus tard en possession de quelques pilules, de deux verres de whisky – puisque Will en buvait, à l'époque en tout cas –, et d'un gant humidifié. Le Dr. Lecter se rassit aux côtés de son compagnon et déposa le verre et un anti-douleur près de lui avant de tendre la main en direction de sa chemise. Il lui lança un regard interrogateur avant de la lui enlever, ou, en tout cas, de la soulever, afin de vérifier que sa blessure ne s'était pas ouverte. Après cela, il saisit délicatement son bras pour en enlever les traces de sang – son propre sang – à l'aide du gant.

« A mon tour, je présume ? Qu'as-tu ressenti, à l'idée de me tuer, tout à l'heure ? » demanda Hannibal sans détour, d'une voix neutre, les yeux rivés sur sa tâche.
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MessageSujet: Re: All of my memories keep you near. | Will Graham. Jeu 18 Fév 2016 - 0:56

All of my memories keep you near
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Une boule se forme dans sa gorge qu’il ne parvient pas à ravaler. Cette fois, il n’a pas besoin de chercher à distinguer le mensonge de la vérité dans les paroles de l’autre. Il sait qu’il n’y a pas de piège, même si la sincérité peut elle aussi être une forme de manipulation. Le flux d’émotions à vif que son expression laisse soudainement filtrer n’a plus rien du masque parfaitement composé qui lui était jusqu’alors présenté. Il lit dans son regard un mélange de sentiments conflictuels, violents dans leur intensité, et tous sont dirigés vers lui. C’est plus que Will n’en attendait. Il reste silencieux, ne sachant que répondre à une telle déclaration – parce que c’en est une, mais une qui ne lui est pas adressée. Il n’est plus ce Will Graham, ne le redeviendra peut-être jamais. L’homme ne fait que voir un fantôme à travers lui, le fantôme de souvenirs qui ne vivent plus que dans sa mémoire. C’est déconcertant. Cette révérence, cette adoration à son égard qu’il lit sur un visage parfaitement inconnu.

Il voulait une réponse, mais il réalise à présent qu’il l’a qu’il n’est guère plus avancé qu’avant. Il ne sait que penser ; il se sent simplement plus frustré, plus perdu. Peut-être que l’homme en face de lui est un quelconque tueur qui a découvert son nom dans un article de journal et s’est convaincu qu’il était sa moitié à cause de sa capacité à comprendre les serial killers qu’il traquait. Peut-être que leur relation était complètement à sens unique. Son instinct (ou autre chose ?) lui souffle pourtant que non. Mais il ne fait que s’appuyer sur des hypothèses et des possibilités pour reconstruire des données manquantes ; il ne peut s’offrir le luxe des certitudes. Difficile de croire d’autres personnes quand on ne peut pas se faire confiance à soi-même.

La main sur sa joue le fait tressaillir, et il se recule instinctivement, l’air méfiant. Son agresseur semble réellement inquiet pour lui, et l’ironie de la chose ne lui échappe pas. Il est responsable de son état, après tout. Mais Will n’est pas en mesure de refuser son aide et ainsi il retient une réponse sarcastique en faveur d’un simple hochement de tête. Il sait qu’il n’est pas hors de danger, et que rien n’indique qu’il pourra repartir d’ici vivant une seconde fois. Mais la fatigue, la douleur et la confusion l’empêchent de réfléchir clairement et son interlocuteur ne semble pas, pour le moment, enclin à lui faire plus de mal qu’il n’en a déjà fait. Et l’éclat de faïence n’a pas quitté sa place, il est toujours là, à portée de main : il y a un fragment de liberté dans cette permission non dérobée qui lui donne espoir quant à la suite.

Lorsque l’homme revient, Will l’autorise donc à vérifier sa plaie et à nettoyer les traces de sang qui couvrent ses bras sans un mot de protestation ni un geste de refus, complètement malléable entre les mains de l’autre qui le touche avec une étrange délicatesse. Une parfaite marionnette, la tête vide, le corps désarticulé. Le silence n’est pas inconfortable, mais permet à son esprit de flotter au loin sans qu’il ne se soucie de rien, vivant l’instant comme hors de son propre corps. La douleur lui semble presque lointaine. Mais une question le fait soudainement revenir à lui et il s’efforce d’y réfléchir un bref instant avant de formuler une quelconque réponse, poussant son cerveau à aligner des pensées cohérentes.

« C’était de la survie. Tuer ou être tué. »

De toutes les questions qu’il aurait pu lui poser, Will est surpris que ce soit celle-ci qu’il pose en priorité. Il aurait pu lui demander pourquoi il était revenu, et lui-même n’aurait pas su quoi répondre. Mais il lui semble soudain comprendre où l’homme veut en venir et il ajoute :

« J’ai agi de façon instinctive, il ne s’agissait pas tant de votre mort que de… »

Il s’interrompt. Ce n’est pas tout à fait vrai. Il aurait pu le blesser de sorte à ce qu’il soit momentanément incapacité, puis en profiter pour l’assommer. Il n’avait pas eu besoin de chercher à viser l’artère qui le ferait à coup sûr se vider de son sang en quelques secondes. Il avait certes réagi de façon instinctive, mais pas comme une proie l’aurait fait. Il avait réagi comme un prédateur. Une nouvelle pensée vint couper son fil de réflexion.

« Ce n’est pas la première fois que je tente de vous tuer. » Il fronce les sourcils, incertain. « Ni la première fois que vous me posez cette question. »

Il ne sait d’où vient cette certitude. Elle ne s’accompagne de rien. Pas de révélation, pas de souvenirs enterrés qui reviennent à la surface. C’est au mieux une simple intuition, mais qui ne laisse pas place au doute, au pire une illusion née dans son esprit qui s’ancre dans le présent, faible dévolution de tout ce qui a pu se passer entre eux durant le court laps de temps où leurs chemins se sont (re)croisés. Ce qui l’amène à suivre un nouveau cheminement d’idées et c’est sans transition qu’il ajoute :

« Vous aviez une infinie de possibilités devant vous lorsque vous avez compris que mes souvenirs étaient hors de ma portée. Vous pouviez réécrire les choses comme vous l’entendiez, définir un nouveau départ, et j’aurais été forcé de vous croire. Et de toutes les voies qui s’offraient à vous, c’est celle-ci que vous avez emprunté... »

Il passe pensivement sa main sur la plaie de son abdomen, s’adressant désormais plus à lui-même qu’à son interlocuteur. Cette décision, au fond, en dit long sur leur passé, et sur leur relation. Son « hôte » n’avait pas souhaité bâtir quelque chose de nouveau et n’avait pas eu recours au mensonge : il avait voulu, en le poignardant, réveiller sa mémoire. Une façon cruelle et peut-être même désespérée de le ramener à lui. De ramener le Will Graham qu’il a connu à lui. Et pour cela il a misé sur le fait que ce Will serait capable de le comprendre et ultimement, de le pardonner. Toute cette charade n’avait pas de sens si c’était pour qu’il lui échappe à nouveau. Probable, en vérité qu’il avait recréé ainsi une scène du passé. Si Will l’avait pardonné alors, il pouvait le faire à nouveau. Et voilà qui en dit tout aussi long sur lui-même. Mais sa mémoire reste nébuleuse, embuée de ténèbres parmi lesquelles il ne reconnait rien, où il ne fait que deviner des formes et des silhouettes indistinctes. Où il ne verra peut-être plus jamais rien d'autre.

C’est à son tour de poser une question.

« Il y a une possibilité, bien réelle, pour que je ne retrouve jamais la mémoire… »

Mais l’interrogation qui aurait dû suivre ne vient pas. Le et après ? plane muettement entre eux mais les mots ne quittent pas sa bouche. Ce n’est pas ce que l’autre homme risque de lui faire s’il réalise un jour que sa mémoire ne reviendra jamais qui l’inquiète. Plus que tout, Will craint de rester dans l’obscurité. C’est une possibilité qu’il ne souhaite pas envisager, sur laquelle il n’a pas envie de s’attarder. Trouver sa place dans le monde peut être difficile, la retrouver l’est encore plus. Il est fatigué d’avance de mener ce combat. Une part de lui, la part qui l’a ramené ici, au plus près du danger, a envie de choisir la facilité. Accepter la place que cet homme a faite pour lui, s’abandonner à sa volonté et ne plus se soucier de rien, y compris de sa propre vie. Mais il sait déjà que peu importe le genre de personne il a pu être dans le passé, il n’est pas ce genre là. La tentation existe, mais y céder lui est impossible. Ce n’est pas une solution, ni pour l’un ni pour l’autre. Il ferme les yeux, se passe lentement une main sur son visage. Son regard clair vient rencontrer celui de l’inconnu qui n’en est pas tout à fait un. Pour lui, ce n’est clairement pas une option que Will ne se souvienne pas. Il abandonne la question jamais prononcée, et au lieu de ça une autre lui échappe des lèvres, dont il est le premier surpris :

« Avez-vous déjà pratiqué l’hypnose ? »




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MessageSujet: Re: All of my memories keep you near. | Will Graham. Mar 10 Mai 2016 - 16:46


Will & Hannibal


Will se mentait indéniablement à lui-même. S'en rendait-il compte, le faisait-il consciemment ? Oui. Et non. Hannibal esquissa une micro-expression, évoquant un haussement de sourcils*. Il se demanda si les sensations remontaient lentement à des souvenirs, s'ils se raccrochaient à quelque chose, ou si ses mots n'étaient que suppositions. Poussière balayée par le vent des paroles. L'ancien psychiatre ne répondit rien. Il n'y avait rien à répondre. Il se contenta de pencher la tête sur le côté, très légèrement, le regard rivé sur ce visage familier. Visage familier qui renfermait l'esprit d'une toute autre personne, ou presque. Il ne pouvait se résoudre à croire que Will était parti. Mort, peut-être la situation aurait-elle pu être acceptable... Mais ceci, n'était-ce pas plus douloureux, plus terrassant ?
Hannibal se contenta donc de sourire. Un sourire presque effacé, invisible. Un sourire sans joie, un sourire qui encourageait l'esprit fatigué de son interlocuteur à poursuivre ses réflexions, et à les pousser plus loin. Seulement se souvenir. Et si pour se souvenir, Will avait besoin de repasser par chaque étape d'une relation lointaine, conflictuelle, déchirante, mais pourtant réconfortante, ils le feraient. Hannibal avait tenté de commencer par la fin, peut-être brisé de voir ce Will qu'il avait si longtemps attendu de voir apparaître ne plus se souvenir de son nom. Il fallait à présent revenir au début.

Hannibal ne put qu'acquiescer aux paroles de Will. Il aurait pu peindre sa propre toile sur l'esprit vide qui lui faisait face. Vierge. Blanc. Immaculé. Un mensonge par-dessus un mensonge. Non. Hannibal n'en voulait pas. Il voulait la vérité. Celle de Will. Pas un faux semblant. Pas une pâle copie. Il ne pouvait s'en contenter. Il n'aurait pu le supporter. Un temps, peut-être, cela l'aurait satisfait. Mais, un jour, Will aurait demandé. Posé des questions. Interrogé. Un mensonge aurait alors à nouveau tapissé les murs d'un palais mental précaire. Les sonorités auraient raisonnées, fausses, grinçantes.
Non. Si Will ne pouvait redevenir celui qu'Hannibal avait désespéramment voulu voir apparaître, s'il ne pouvait redevenir lui-même, alors il partirait. Il effacerait ses traces, ne lui laisserait que de vagues interrogations. Il pourrait retourner à sa vie. Cette vie qui sonnait aussi faux que tout le reste. Avec Molly, et Walter. Et leurs chiens. Hannibal pourrait y survivre. Peut-être... Pas entièrement. Mais il ne pouvait l'abandonner avant d'être certain qu'un retour aux sources était impossible. Effacé. Si Will ne pouvait revenir, Hannibal ne tuerait pas celui qui lui faisait face. A quoi bon, et dans quel but si ce Will n'était plus le sien ?

La question surprit Hannibal, cependant. Il n'en montra rien, mais il s'attendait à toute autre chose. Il s'installa un peu mieux sur le rebord du lit. Etait-ce une invitation, la preuve d'une volonté quelconque, l'envie de retrouver des souvenirs insaisissables et éparpillés, quelque part ? Hannibal ne pouvait que l'espérer.

« Oui. » affirma-t-il, aussi simplement que cela, en un murmure. Il observa Will quelques instants supplémentaires. Il s'agissait d'une découverte pour l'un comme pour l'autre. Hannibal ne connaissait pas CE Will, et ce Will ne le connaissait plus. Mais au moins étaient-ils tous les deux déterminés à ce que l'obscurité s’éclaircisse. Hannibal tendit la main vers lui avant de laisser retomber son bras le long de son corps. L'habitude. Il n'avait jamais mis de barrière quant au contact physique. A la fois emprise, et prise. Prise sur le réel, et emprise dans ses mains. Cependant, ses gestes étaient mal venus, il le percevait bien.

« Oui, j'ai déjà eu recours à l'hypnose durant mes années de pratique. » ajouta-t-il. Il se garda, pour l'instant, de lui rappeler quelques détails. La méfiance avait déjà atteint son paroxysme, inutile d'en ajouter une couche supplémentaire. Ils auraient le temps pour les règlements de compte. Mais pas tout de suite. Hannibal ne le montrait aucunement, pourtant il était épuisé. Peut-être autant que l'était Will en cet instant. Pourtant, ils ne pouvaient arrêter. Ils ne pouvaient mettre fin au fil fragile de leur discussion. « La question n'a pas été posée au hasard, n'est-ce pas, Will ? Allonge-toi sur le lit, s'il te plaît. »

Difficilement, Hannibal se leva, n'appuyant pas sur sa jambe valide, et tira un fauteuil près du lit. Il alluma l'une des lampes de chevet et éteignit le plafonnier avant de s'asseoir, face au lit et à Will. Par l'hypnose, Will ne retrouverait pas la mémoire. Peut-être le savait-il, Hannibal lui-même le savait mieux que personne. L'esprit humain était une chose fragile, délicate, malléable, certes, mais paradoxalement très forte, très vaste. Par l'hypnose, les souvenirs de Will seraient seulement favorisés. Les associations d'idées, d'images... Des sensations plus fortes l'amèneraient à réfléchir, et, peut-être, à mettre le doigt sur ce qui n'avait pas totalement disparu.
Hannibal allait devoir s'en tenir à d'anciennes méthodes, il n'avait ici aucun matériel susceptibles de faire entrer Will dans un état hypnotique. Seulement sa voix, et la volonté qu'il voudrait mettre dans cet acte. Dans l'état actuel des choses, il ne serait pas facile, pour Will, de se détendre. Fermer les yeux et lui faire confiance... Du moins en partie... Il entrerait dans un état de demie-rêverie, entre l'éveil et l'endormissement, et ne serait plus conscient de rien. Un abandon presque total. Mais si Will était revenu, peut-être comprenait-il la nécessité de ce travail. De plus, il avait lui-même induit cet exercice.

« J'aimerais que tu fermes les yeux, et que tu respires lentement, et profondément. Que tu ressentes chaque partie de ton corps. Ta tête. Le battement de tes paupières lourdes, le roulement de tes pupilles, la pointe de ton nez, le bout de tes lèvres. La texture des draps sous tes doigts, le relâchement des muscles de tes bras... Ta respiration qui fait se soulever ton ventre, et ton abdomen. » La voix d'Hannibal était calme, paisible, ses paroles énoncées d'un ton égal. Il attendit ensuite de longues minutes, silencieux, guettant la respiration de Will, profonde et régulière, s'efforçant de ne pas le scruter pour ne pas briser le cocon qui se formait autour de lui. Finalement, il reprit la parole d'une voix plus basse, et plus caressante que la première fois : « Tu es dans un endroit agréable. » Il faillit ajouter en sécurité, mais l'était-il ? Le croirait-il ? « Paisible. Un endroit que tu apprécies... » Hannibal attendit de longues minutes supplémentaires avant de demander : « Où es-tu ? » la question résonna en écho dans son propre esprit. Oui, Will... Où es-tu parti ?
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