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 I'll be a thorn in your side till you die ▬ ft. Hannibal

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Fonda
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MessageSujet: I'll be a thorn in your side till you die ▬ ft. Hannibal Jeu 22 Oct 2015 - 0:32

I'll be a thorn in your side till you die
ft. Hannibal Lecter


Sa vie est une spirale qui ne cesse de l’entraîner toujours plus bas depuis ce soir fatidique sur la falaise. C’est ironique, dans un sens. Il a eu ce qu’il voulait. Hannibal est mort. Il est libéré de son influence. Mais il n’avait pas prévu que lui survivrait. Il n’avait pas prévu cette absence dans sa vie, ce vide béant que l’autre homme laisse derrière lui. Il revient auprès de Molly, parce que c’est ce qu’il est supposé faire, parce que c’est ce qu’on attend de lui. Mais comme Hannibal l’avait prédit, et comme il le savait déjà, la mascarade ne peut plus durer, n’a plus de sens. Il est accueilli comme un héros. Le Dragon, mort. L’Eventreur, mort. Le corps de ce dernier n’a jamais été retrouvé, mais Will l’a vu être englouti par les eaux noires pour ne pas refaire surface. Il en rêve encore. Encore, et encore, et encore. Si Hannibal était vivant, il le saurait. Et ainsi il se mure dans le silence. L’alcool aide. Parfois, il presse ses doigts contre la plaie de sa joue ou celle de son épaule juste pour ressentir la vague de douleur qui accompagne inévitablement ce geste. Pas tant pour se rappeler qu’il est vivant (au contraire) que pour créer une distraction bienvenue à ses pensées. Ce n’est pas une surprise quand les médecins lui annoncent que ses blessures cicatrisent mal et qu’il en gardera la marque à vie. Il éprouve une étrange vague de satisfaction à cette idée. Molly ne dit rien. Les lèvres plissées, elle fuit son regard. La nuit, à quelques centimètres de lui dans le lit conjugal, elle ne lui a jamais paru aussi loin. Il y a un gouffre qui sépare chaque partie de leurs corps qui évitent soigneusement de se toucher.

Elle le quitte après quelques semaines. Il n’est pas surpris. Il a contribué à la faire partir. Hanté, brisé, il boit trop et parle trop peu, les nuits agitées de cauchemars, les journées euthanasiées à grand coup de whisky. Il n’a pas de confort à offrir, et il le lui dit. Qui voudrait de lui ? Il est défiguré, à l’intérieur aussi bien qu’à l’extérieur. Il est injuste avec elle, et il le sait : elle est plus que prête à l’aider à guérir. Will ne veut pas guérir. Lorsque la solitude et le silence deviennent sa seule compagnie dans la maison, à défaut d’y trouver confort, il a au moins le sentiment de vivre dans un endroit qui lui ressemble. Il y a bien Alana qui tente encore de le sauver, envers et contre tout, et il ne peut s’empêcher de ressentir un élan de colère contre elle à chaque fois qu’il entend sa voix au téléphone. Le fait qu’elle soit vivante ne fait qu’appuyer qu’Hannibal ne l’est pas, et en dépit de sa bienveillance (ou peut-être à cause d’elle), son ressentiment vis-à-vis d’elle ne fait qu’augmenter jusqu’à ce qu’il cesse simplement de lui répondre. Elle n’insiste pas.

Plus rien ne le rattachant au sol américain, il s’en va. En Europe, c’est une véritable errance qui commence. Comme si instinctivement il continuait à chercher la présence d’Hannibal en des endroits où il aurait pu être et où il savait qu’il n’était pourtant pas. C’est à Montmartre que le miracle se produit.

Lorsqu’il revoit Hannibal pour la première fois, il ne réagit pas. Il a l’habitude de le voir. Son fantôme semble moins enclin à le quitter que celui d’Abigail. Il le voit partout. Aux fourneaux tandis qu’il mange. Sous la douche alors qu’il se brosse les dents. A ses côtés lorsqu’il dort. Il tient des conversations entières avec lui. Il lui dit des choses qu’il n’a jamais pu dire, des choses qu’il ne savait pas lui-même avant de les énoncer à haute voix. C’est la présence de Bedelia qui l’interpelle cependant ce jour là. Elle ne semble pas le remarquer, mais il ne fait aucun doute qu’elle est réelle, ne serait-ce qu’à la façon dont elle attire les regards sur elle. Hannibal est à son bras. Le cœur de Will manque un battement. Il est tellement surpris qu’il ne peut pas bouger, et le temps de sortir de son immobilisme, ils sont hors de vue. Hannibal est vivant. Il est vivant, et avec Bedelia. Il n’a pas tenté de le retrouver, n’a pas tenté de revenir vers lui. Le soulagement et l’incompréhension sont écrasants. Il veut des réponses. Il passe des jours à vagabonder dans les rues de Paris pour le retrouver. C’est exactement une semaine plus tard qu’il revoit Hannibal, seul. Hannibal qui ne réagit pas en entendant sa voix. Hannibal qui ne réagit pas en le voyant. Hannibal qui ne se souvient plus de lui. Si c’est une blague, elle est cruelle, et Will ne sait s’il a envie de rire ou de pleurer. Voilà ce que proférer des menaces à l’encontre de Bedelia du Maurier lui a apporté : l’homme qui devait la tuer est à présent sous sa coupelle, convaincu que la vie qu’elle lui a soigneusement inventé est la seule et l’unique. Chaque mot pousse un peu plus Will au bord du gouffre. Dr Dahl vit à Paris depuis des années aux côtés de son épouse. Psychiatre renommé bien qu’il n’exerce plus depuis qu’un patient l’a attaqué, causant par ailleurs son amnésie. Il n’a jamais tué personne. Cet Hannibal n’est pas le sien.

On dit qu’un homme qui a tout perdu est dangereux, mais c’est oublier ce qu’un homme qui a tout à gagner peut devenir. Will est déterminé à récupérer Hannibal coûte que coûte. Son Hannibal. Dans un sens, c’est étrange. Il devrait être soulagé. Hannibal est en vie, mais il est inoffensif. N’est-ce pas là le meilleur scénario qu’il pouvait imaginer ? Excepté que ce n’est pas le Hannibal auprès duquel il était près à sacrifier sa vie. Qu’importe que le sien soit plus cruel et plus sadique, qu’importe que son amour soit dévastateur et violent. C’est le sien, et il n’en veut pas d’autre. Mais l’homme refuse de le croire, le prend pour un fou. Lui suggère une thérapie. Vous devriez songer à consulter, Mr Graham, et dieu qu’il déteste ce nom informel. Mais ce n’est pas difficile pour Will de lui donner raison. En lui, rage et désespoir s’affrontent avec une égale force, l’un alimentant l’autre dans un cercle sans fin qui, il le sait, l’amèneront aux frontières de la folie s’ils ne l’ont pas déjà fait. Il n’y a rien qu’il ne se sente pas capable de faire. Son Hannibal serait fier de lui. Celui-ci ne voit pas de beauté dans sa sauvagerie, ou se convainc de ne pas en voir. Sur ses lèvres, les mots de Bedelia coulent comme du poison, répétant les mensonges dont elle l’a abreuvé. Will est tenté de la faire payer cruellement, mais décide que sa mort devra être orchestrée à deux. Il ne gagnerait rien à la tuer à présent, sinon un bref élan de satisfaction personnelle. Son emprise est trop marquée pour être défaite par la mort. Hannibal seul peut s’en libérer. Will compte bien l’y aider. Il ne lui échappe pas que la situation semble être une inversion ironique de leur propre relation à ses débuts. Malheureusement pour lui, il n’excelle pas autant qu’Hannibal dans l’art de la manipulation. Lui reste à voir s’il excelle plus que Bedelia du Maurier.

Il surveille les vas-et-viens de leur maison, apprend à connaître leur emploi du temps de telle sorte à savoir quand exactement frapper. Ce jour là, il sait qu’elle sera absente plusieurs heures tandis qu’Hannibal ne devrait pas tarder à rentrer. Et Will l’attend, confortablement installé dans un fauteuil, plongé dans la pénombre de l’appartement. Le sang sur ses vêtements est encore frais, et la traînée écarlate qu’il a laissée derrière lui marque chacun de ses pas. Il prend un gros risque ; misant sur le fait que même amnésique, Hannibal ne peut nier la connexion qui les relie. Si ce n’est pas le cas, l’homme n’aura qu’un coup de fil à passer pour le faire arrêter. Mais si Hannibal ne veut pas de lui, en prison ou ailleurs cela ne fera plus grande différence. Sa rage de vivre ne dépend plus que de cet homme.

Sur la table, un cadeau finement emballé trône fièrement. Lorsqu’il entend la clé tourner dans la serrure, il inspire profondément, formulant une prière muette auprès de dieux en lesquels il n’a jamais cru. Il laisse à Hannibal le temps de refermer la porte derrière lui avant de murmurer d’un ton détaché :

« Attention au sang, ça glisse. » Il lève un regard intense vers l’autre homme, résiste comme bien souvent l’envie de se lever pour le secouer, le frapper ou l’embrasser – il n’a pas décidé encore. Les trois, probablement, mais pas nécessairement dans cet ordre. « Désolé pour le dérangement. » Son ton n’est pas le moins désolé du monde : la mise en scène fait partie de son plan. Chaque étape de leur relation s’est faite dans le sang, pas de raison qu’il en soit autrement aujourd’hui. Il gesticule en direction de la table. « J’ai un cadeau pour toi, en dédommagement. »





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ETR
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MessageSujet: Re: I'll be a thorn in your side till you die ▬ ft. Hannibal Ven 23 Oct 2015 - 4:39


Will & Hannibal

Roald Dahl, tu te souviens ? Mon nom. En me regardant dans le miroir, chaque matin, je le répétais, droit dans les yeux, mais je trouvais qu'il ne me seyait guère, comme un costume mal ajusté. Depuis mon réveil, je vivais comme un étranger dans ma propre vie, mon propre corps. Tout ne me semblait pas naturel, pas réel, mais je faisais tous les efforts possibles et nécessaires pour satisfaire les personnes de mon proche entourage. Ma femme, Delilah Dahl, avait tout abandonné pour mon bien être : amis, famille, travail... Elle m'avait tout expliqué en détail, montré des photographies de nous, de l'une de nos maison à Florence, des soirées mondaines auxquelles nous participions. Elle tentait de reconstituer mes souvenirs envolés. Je ne pouvais me montrer que reconnaissant envers elle, bien que, malgré tout, elle restait à mes yeux une parfaite étrangère.

Lorsque je m'étais réveillé dans ma chambre d'hôpital, elle se tenait à mes côté ; belle, élégante, et étrangère. Elle m'expliqua tout : mon agression, mes graves blessures, mon amnésie qui, les médecins l'espéraient, ne serait que temporaire. Nous vivions en France depuis plusieurs années, mais avions beaucoup voyagé, autrefois. Je ne me rappelais de rien. Ni de cet accident, ni de mes souvenirs antérieurs. Pas même de mon nom. J'étais un psychiatre, mais, pour des raisons de convalescences, je ne devais pas pratiquer avant de m'être totalement remis. Aussi vaquais-je à des occupations diverses et variées au cours de mes journées ; dans un premier temps, Delilah me confia aux mains d'un thérapeute très compétant avec qui je partageais mes craintes et ma déstabilisation face à l'assurance de ma femme dévouée que je ne reconnaissais pas. De plus, de multiples questions restaient sans réponse, et cela me perturbait, rien n'était sous mon contrôle, ma vie glissait entre mes doigts... Avec cette agression, j'avais la désagréable sensation – sensation omniprésente – qu'il me manquait quelque chose d'essentiel. De capital. De vital, même. L'on m'affirmait que cela était normal, que je cesserais d'étouffer en reconstituant petit à petit les pièces du puzzle de mon existence. Selon Delilah, j'avais grandit en Lituanie, d'où mon accent, puis avais voyagé plusieurs années avant de devenir chirurgien, puis de me ré-orienter dans la psychiatrie. Cela ne me disait strictement rien. Je ne me sentais pas particulièrement attiré par l'un, ou l'autre, de ces deux métiers.

En vérité, depuis ma sortie de l'hôpital, je passais le plus clair de mon temps à lire, écrire, composer des partitions de musiques et préparer des dîners pour ma femme, lorsque celle-ci rentrait de son propre travail. Je trouvais en ces distractions un exutoire, un moyen de réaffirmer ma prise sur le monde qui m'entourait. Pourtant, ce vide me faisait cruellement souffrir ; je ne souhaitais pas faire part de ces états d'âme à Delilah si sophistiquée, si sûre d'elle-même – et de moi. Aussi me contentai-je de mimer ce qu'elle attendait que je fasse : me conduire comme un mari convalescent qui reprenait pied dans la réalité que nous avions visiblement vécue ensemble mais qui m'échappait. Pourtant, petit à petit, quelques images me revinrent. Nous avions vécus à Florence, comme elle me l'avait si bien dit. Je me souvenais des rues, de nos repas, du vin... Mais étaient-ce mes propres souvenirs ou bien ceux que l'on m'imposait ? Tout était flou, confus, irréel, lointain. Parfois, les cauchemars me saisissaient, lors de mon sommeil, terrifiants, envoûtants. La voix d'un homme susurrait un nom en un murmure spectral. Un homme aux bois de cerf dont le visage demeurait invisible. Je savais qu'il était la clé. Mais, lorsque j'en parlais à mon thérapeute, il ne trouva aucun lien avec mon vécu, si ce n'est, sans doute, ma propre terreur vis à vis de ma situation. Aussi essayais-je de ne plus y penser, de l'occulter. Au bout d'un certain temps, je cessais de rêver, et cela me soulagea d'un lourd fardeau.

Alors que je commençai à reprendre un rythme de vie plus serein, malgré ma mémoire toujours défaillante, il entra dans ma vie. Ce Will Graham, un jeune homme étrange qui disait me connaître sous le nom d' « Hannibal Lecter. » Ce nom m'était encore plus étranger que tout le reste de mon univers, je n'avais pas besoin d'un fou pour venir me perturber d'avantage. J'en référerais aussitôt à mon psychiatre, et à ma femme. Elle parut surprise, même contrariée. Je supposai qu'elle ne voulait pas qu'une tierce personne vienne semer le trouble dans mon esprit, qui avait tant de mal à se familiariser à son nouvel environnement. Pourtant, ce William Graham insistait. Par courtoisie, j'acceptai d'avoir quelques discussions en sa compagnie, au café ; il semblait tenir à sa version des faits comme un alcoolique à sa bouteille. Par ailleurs, il n'avait pas l'air dans son assiette, presque dépressif. Je lui conseillais vivement, sans ironie, d'aller consulter quelqu'un pour l'aider.
Pourtant... Oui, pourtant, William Graham avait du sens au milieu de toute l'absurdité qui m'envahissait de toute part. Un sens. Un ancrage. Mais je ne pouvais dénier ma femme, ses attentions, notre vie. Je ne faisais que me raccrocher aux paroles d'un étranger, dans l'espoir de reprendre moi-même le contrôler sur mon existence, alors que j'en possédais déjà tous les éléments. Malgré tout, je ne refusais jamais les visites de William, jusqu'à ce que Delilah me conseilla fermement de ne pas le revoir, qu'elle ne voulait pas avoir le sentiment de me perdre à nouveau. J'acceptais et fermais ma porte à Mr. Graham, lui indiquant clairement que je ne m'appelais nullement Hannibal Lecter, mais Roald Dahl, marié depuis des années à Delilah Dahl et que je ne souhaitais pas confondre la réalité avec des souvenirs de l'ordre du fantasme. Cela me causa une profonde douleur, un déchirement que Delilah s'empressa de combler d'une étreinte. Je ne pouvais pas la décevoir.

Aussi ma vie reprit-elle son cours après cet interlude. Lentement, j'eus la nette impression que mes souvenirs se concrétisaient. Delilah me mettait en confiance, notre vie reprenait son cours normal, serein, à notre plus grand bonheur conjugal. Malgré tout, je ne pouvais pas définir notre quotidien comme heureux, pas vraiment : je me réadaptais continuellement, me créant de nouveaux souvenirs au jour le jour. Mes séances de thérapie, l'hôpital, les scanners, les dîners, l'opéra...

Un soir, pourtant, ce quotidien fut bousculé, anéanti, déchiré. Au début, ce fut le choc, l'anéantissement, la panique, l'effroi. Delilah devait rentrer au cours de la soirée, quant à moi, je revenais d'une visite à l'hôpital où l'on avait constaté une légère amélioration quant à mon état psychique. Lorsque je poussai la porte d'entrée de notre appartement, je sentis immédiatement que quelque chose n'allait pas. L'odeur, tout d'abord. Oppressante, putride, amère... Excitante ? Je fronçais les sourcils, incapable de trancher. La porte claqua derrière mon dos... Et une voix familière s'éleva de la pénombre des lieux. Mon sang se glaça au souvenir de mes anciens cauchemars. Hannibaaaal. Mes yeux se baissèrent sur les traînées de sang. Hannibal. Ma main se serra contre mon téléphone au fond de ma poche. J'étais prêt à appeler la police. Will Graham était fou. Un fou qui aurait dû resté enfermer à l'asile, ou en prison, qu'importait où. Il était à présent chez moi, dans mon intimité, et avait tué, c'était indéniable. Lentement, je déglutis et, faisant appel à tout le sang froid qui semblait subsister de ma personnalité, je pris une figure impassible, enfermant ma terreur quelque part, au fond de mon esprit. Dans un moment pareil, il fallait garder son calme, sinon... Je ne préférais pas l'imaginer. Devais-je jouer le jeu ? Prétendre être cet Hannibal, pour le bon plaisir de ce psychopathe afin de le mener docilement aux autorités locales ? J'hésitais sur la conduite à adopter, mais j'avais le sentiment que l'honnêteté vaudrait mieux que n'importe quel mensonge.

Lentement, j'enjambai le sang répandu sur le sol pour faire face à Will Graham. Nos regards se croisèrent. Je fus soudainement happé par sa présence aussi fascinante qu'inquiétante. Familière. Lentement, je suivis son geste des yeux, méfiant. Sur la table, un paquet reposait, sanguinolent, comme le reste de la scène. Tout me parut étrangement distendu, soudain, lointain. Il ne fallait pas que je tourne de l’œil. Mais ce n'était pas du dégoût, que je ressentais. Tout cela était trop curieux pour que je le comprenne véritablement. Je ne devais pas réfléchir, je devais agir. Jouer le jeu. Je déglutis lentement et me forçai à dessiner un demi sourire au creux de mes lèvres avant de hocher la tête, en guise de remerciement. Je fis un pas en direction de la table de la cuisine et posai ma main sur le présent dont je défis les ficelles. Je me trouvais au centre du scénario horrifique d'un film d'épouvante, et en être l'un des protagoniste ne me plaisait en aucune façon. Pourtant, mes doigts ne tremblaient pas, au contraire, ils semblaient plein d'assurance. Face à moi, se tenait le cœur sanguinolent d'une victime.
Hannibal.
Je tournai la tête vers Will Graham. Etais-je censé le remercier pour cette offrande ? Que devais-je en faire ? Mon regard se fit plus interrogatif que je ne l'aurais souhaité. Appelle la police. Mais ce n'était pas ma voix, qui résonnait au fond de mon crâne, il s'agissait de celle de Delilah. Je fis un pas, un seul, en arrière, ma main libre toujours plongée dans la poche de ma veste. Appelle la police. C'est un fou. Il te tuera. Cette pensée me laissa de marbre. Mort, j'avais déjà l'impression de l'être, menant une vie que je ne reconnaissais pas. Je lâchai le téléphone et laissai retomber ma main, vide, le long de mon corps.

« Je vous connais. N'est-ce pas ? » soufflais-je à mi-voix. « Si je vous ai causé du tort, je m'en excuse sincèrement. Voyez-vous... Je ne suis qu'un psychiatre, ce que j'étais avant... Eh bien, je suppose que cela n'a plus rien à voir avec la personne que je m'efforce d'être aujourd'hui. » je tâchai de me montrer ferme, plein d'assurance, cachant mes doutes derrière cette façade. « Mr. Graham... » je perçus son léger froncement de sourcils. « Will. » la sonorité me paraissait familière. « Je vous prie de sortir de mon appartement. Je n’appellerai pas la police, en compensation de ce que j'ai pu vous faire par le passé... Car je vous ai sûrement fait quelque chose pour que vous agissiez de la sorte à mon encontre. J'effacerai les traces. Vous partirez. Vous allez nous laisser en paix, ma femme et moi-même. »

Mes propos calmes, posés, sonnaient creux à mes propres oreilles. Je me demandais de quelle manière ils pourraient avoir la moindre chance de convaincre Will de partir. Je fis un pas sur le côté, sans le quitter des yeux, me rapprochant ostensiblement des ustensiles de cuisines. Au cas où. Un instant, mes yeux se baissèrent sur son offrande, puis allèrent jusqu'aux fourneaux. Mes pensées m'horrifièrent autant qu'elles me fascinèrent. Devions-nous le manger ensemble ? J'attrapai un couteau, sans cesser de regarder Will. S'attendait-il à ce que je fasse quelque chose ? Je ne me montrai pas hostile envers lui. Je contournai à nouveau la table, afin de me placer à ses côtés. Telle est ta place. Ce n'était pas la voix de Delilah, cette fois-ci. Mais la mienne. Pour la première fois depuis mon réveille, mes propres pensées trouvaient un ordre, une cohérence. J'approchai la lame du cœur.
Non !
D'un geste fluide, je l'orientai en direction de Will, l'arrêtant auprès de sa gorge. Mes yeux plongés au fond des siens.

« Je vous prie de partir, vous vous montrez grossier. » soufflais-je, presque sardonique. Ces propos étaient absurdes, je m'en rendais compte. Restes. murmurait ma propre voix sans que les mots en franchissent mes lèvres. Mes efforts ne devaient, ne pouvaient, pas être réduit à néant.
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MessageSujet: Re: I'll be a thorn in your side till you die ▬ ft. Hannibal Jeu 29 Oct 2015 - 14:19

I'll be a thorn in your side till you die
ft. Hannibal Lecter


Tête penchée, il enregistre, analyse, catalogue. Les rôles sont plus que jamais inversés ; lui, le prédateur qui s’invite dans l’intimité de l’autre, le sang encore frais sur les vêtements, l’adrénaline pulsant toujours dans ses veines, l’odeur de la mort accrochée à ses narines, corrupteur cherchant à réveiller les ténèbres d’une âme en apparence innocente. En face, Hannibal lui donnant la réplique dans le rôle de Roald Dahl, victime d’une situation qui le dépasse, s’efforçant de garder son calme et de lui donner ce qu’il veut dans l’espoir d’en sortir vivant. Convaincant, mais pas parfait. Il y a une note d’intérêt, enfouie là quelque part, une curiosité qui surpasse l’instinct de préservation. La tentation, les relents d’une autre vie trop profondément ancrée qui s’agitent en lui – désirs enfouis que même les eaux noires de l’Atlantique n’ont su noyer. Un éclat sombre s’illumine dans les yeux de Will, satisfait. Il peut travailler avec une base ; reconstruire Hannibal à partir de rien aurait été plus difficile. Mais cela ne l’aurait pas empêché d’essayer.

L’offrande ne suscite en revanche pas l’intérêt espéré ; ne provoquant pas de souvenirs de longues heures de cuisine à manipuler des organes semblables pour en tirer les meilleures saveurs. Déception, mais de courte durée. Si Hannibal ne sait de quelle façon il cuisinera ce cœur, Will trouvera par lui-même ; ses talents culinaires sont loin d’égaler les siens, mais des années à vivre seul lui ont appris à se satisfaire d’autre chose que de pizzas froides et autres plats à emporter. Ce serait dommage de gâcher un si beau cœur, d’autant que son « donneur » était en excellente santé.

Les apologies en revanche lui arrachent un sourire triste. L’homme qui se tient devant lui n’a aucune idée du tort qu’il lui a causé. Ses mots sont creux. On ne peut s’excuser d’un mal qu’on ne se souvient pas avoir commis. Et Hannibal ne s’excuserait pas, ne s’autorisant que très rarement à éprouver du regret pour quoique ce soit. Malgré tout, il les accepte. C’est plus qu’il ne pourra jamais en attendre, et d’une façon étrange, même s’il l’a depuis longtemps pardonné, cela apaise le fantôme de souffrances passées.

Et ce nom de famille qu’il abandonne enfin. Quatre lettres qui coulent de ses lèvres avec aisance, un prénom trop utilisé par le passé, mais qui n’a rien perdu de son pouvoir. Will. Combien de fois a-t-il susurré ce mot comme pour mieux affirmer sa prise sur lui, possessif dans la façon dont il entrelace tendresse et danger jusque dans sa voix. Mais il avait raison ; l’homme n’est pas enclin à le dénoncer, offrant une pauvre excuse pour justifier une telle absurdité. Dans un sens il se fait déjà complice, proposant même d’effacer les traces derrière lui. Et qui mieux qu’Hannibal sait comment faire partir des tâches de sang sur un tapis ? La proposition l’amuse, mais il reste muet, observant l’homme s’approcher d’un couteau avec curiosité, attendant de voir ce qu’il a l’intention d’en faire.

Il décroise, recroise calmement ses jambes, nullement concerné par la menace, presque félin dans ses mouvements, une grâce inconsciemment empruntée à son hôte. La métamorphose est complète, et Hannibal ne peut même pas la savourer. Quel gâchis. Il surveille la lame avec intérêt plutôt qu’inquiétude. L’espace d’un bref instant, celle-ci semble prête à s’enfoncer dans le cœur qui trône tel un présent sanglant sur la table. Ah. Si le cerveau a oublié, le corps, lui, se souvient. Le réflexe prend l’homme au dépourvu, il se ressaisit, pointe l’arme vers lui. Will en ressent une vague d’excitation ; ils sont dans la bonne direction. Il accueille sans sourciller la lame qui se dirige vers sa nuque, penchant au contraire sa tête pour exposer un peu plus sa gorge, défiant. Vous vous montrez grossier. Le sourire se fait plus carnassier. Le terme est révélateur ; Hannibal est toujours là quelque part, tapi dans un coin de sa tête auquel il n’a pas encore accès. Will l’aide à en chercher la clé.

« Et tu exècres la grossièreté, pas vrai ? »

Il enroule ses doigts autour du poignet d’Hannibal avec fermeté, pressant un peu plus le couteau contre sa peau, ignorant les premiers picotements d’avertissement lorsque le métal froid mord la chair.

« Il va falloir y mettre plus de volonté si tu veux vraiment me tuer, Hannibal. Ce ne serait pas ta première tentative, et mon corps en porte encore chaque marque, mais le cœur n’y était jamais réellement. Je suis toujours là. Toi aussi. Ce n’est pas faute d’avoir tenté de changer ça pourtant. » Il secoue la tête sans se soucier de la façon dont le couteau pénètre un peu plus sa peau ce faisant. Il a survécu à bien pire, et son âme est plus abîmée que son enveloppe. « Mais tu me dois plus qu’un simple silence pour cacher mes crimes. Tu m’as tout pris, et il ne me reste plus rien d’autre que toi. Nous ne serons quittes que lorsque tu auras fait le même sacrifice. »

Il se passe la langue sur les lèvres, ne le quittant pas du regard.

« Si tu veux me tuer, je ne résisterai pas. Mais si tu n’en as pas l’intention, puis-je proposer un meilleur usage de ce couteau ? Les organes humains se conservent très mal à température ambiante. »




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ETR
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MessageSujet: Re: I'll be a thorn in your side till you die ▬ ft. Hannibal Mar 3 Nov 2015 - 3:19


Will & Hannibal

Pas vrai ? L'espace d'un instant, j'eus l'impression de comprendre quelque chose de censé, ce qui ne m'était pas arrivé depuis mon réveil. Mais la sensation disparut aussitôt qu'elle était apparue. Je clignai vaguement des yeux, incertain, cependant alors qu'il appuyait plus fermement la lame contre sa propre gorge. Mes yeux suivirent le cheminement des quelques gouttes de sang le long de son cou. Brillantes comme des perles précieuses sur sa peau. Mes propres pensées me terrifiaient autant qu'elles m'attiraient, dangereuses, houleuses. C'est un fou. songeai-je alors en essayant subitement de me soustraire à son appuie : je ne voulais pas être l'auteur d'un meurtre, que ce soit pour ma propre survie ou non. Pourtant, je devais admettre qu'une part de moi souhaitais réellement lui ouvrir la gorge. Laisser la lame s'enfoncer, lentement, dans cette chair tendre, y goûter, peut-être, même... Non. Cet homme me perturbait. Me troublait. M'enivrait, presque, comme un alcool bon marché bien trop fort. Ses paroles me percutèrent, violentes. Pas la première fois. J'avais donc tenté de le tuer, dans cette autre vie dont je ne gardais pas la moindre trace en mémoire ? La lame s'enfonça d'avantage. Pourtant, je ne fis pas le moindre geste pour battre en retraite, ne serait-ce que d'un seul mouvement. Je ne comprenais pas ses intentions, et, pourtant, il me semblait les comprendre tout à la fois. Mes sourcils s'arquèrent légèrement tandis que ses paroles, lointaines mais si présentes, s'ancraient en moi, prenaient du sens. Je fis un pas en arrière, enfin, le libérant de l'emprise de mon arme improvisée qui laissa une marque fine, délicate sur son passage.

Je reposai le couteau sur le plan de travail, plus brusquement que je ne l'aurais voulu, incapable de me défaire de son regard sombre. J'avais beau chercher, je ne le retrouvais pas dans ma mémoire confuse et emplie d'un passé où n'étaient présent que ma femme et quelques rares amis que nous fréquentions. Rien d'autre. Qu'avais-je bien pu faire à William Graham ? Que lui avais-je dit ? Pourquoi lui avais-je tout pris ? Un accident, peut-être, qui aurait tué sa famille par ma faute ? C'était probable. Mais cela me paraissait trop simple, comme tiré d'un mauvais roman noir. Ma main vint trouver appuie près du cœur. L'odeur envahit subitement tous mes sens. L'odorat. Je l'avais toujours eu très développé, selon Delilah, en tout cas. Tout ne tournait qu'autour d'elle, de ses paroles auxquelles je ne pouvais que m'accrocher, à la recherche de moi-même. D'après ce que je savais de la psychiatrie, et donc de la psychologie primaire – que j'avais pratiqué, au moins me restait-il certaines connaissances –, les sens éveillaient souvent des souvenirs lointains et inaccessibles. Je regardai Will, méfiant, effrayé, fasciné et abaissai lentement mes paupières jusqu'à fermer mes yeux, laissant les odeurs envahir mon esprit. J'étais terrifié de savoir ce que j'allais pouvoir y découvrir. Mon cœur se mit à battre plus vite, au fond de ma poitrine tandis que le sang, métallique, âcre, recouvrait tous les murs. Je vis se dresser une cuisine. Au sang se mêlait une étrange odeur chaude, sucrée, légèrement irritante à cause de l'âpreté de la transpiration. Mais une odeur familière, apaisante, chérie. Le rythme de mon cœur retrouva un rythme normal alors qu'une silhouette se profilait au centre de la cuisine dont les murs se tapissaient de rouge.

Subitement je rouvris les yeux, et ma respiration s'emballa de nouveau, irritant ma gorge, refusant presque d'en sortir. William se tenait toujours à sa place, je le sentais curieux. Ma tête se tourna vers le cœur, toujours présent, offert. Je saisis le couteau, le dressai et, machinalement, à mon plus grand désarroi, la lame vint s'abattre, coupant avec précision. Un frisson parcourut mon échine. Douloureux. Je sentis William plus proche. Je crus percevoir le battement de l'organe que j'étais en train de préparer. Ou bien n'était-ce que l'écho de mon propre cœur se répercutant jusqu'au bout de mes doigts ? L'odeur de la viande cuite, salée, grésillante, me revint subitement en mémoire à son tour, et, avec elle, toujours cette odeur de sang. Et l'autre, que je ne pouvais identifier réellement. Cette odeur précise éveillait en moi émerveillement, bonheur, fascination, mais aussi douleur, déception, abandon. Je tournai la tête vers William. A ma grande surprise, je parvenais aisément à retenir mes mains de trembler, un contrôle sur moi-même que je ne soupçonnais pas posséder autant.

« Que vous ai-je pris ? » demandai-je franchement, sans ciller. Le timbre de ma voix était calme, apaisé, alors que mon cœur ratait un battement. Je ne voulais pas vraiment le savoir, m'accrochant à la vie que je tentais de retrouver. L'odeur... Était la sienne. Chaude. Sucrée. Âpre. Et le sang s'y mêlait avec harmonie et volupté. « C'est magnifique. » lâchai-je sans en avoir pleinement conscience.

Instinctivement, je me tournai vers l'un des placard pour y attraper certaines herbes rangées dans des pots, que je savais idéales pour la garniture d'un tel plat. A quoi penses-tu, Roald ? Je posai les herbes sur le côté, et allumai le feu sous une poêle afin d'y faire fondre du beurre. Il fallait également des oignons, et du vin blanc. Comme pour la préparation d'un cœur de porc. Ce n'est pas du porc. – Ah, vraiment ? Je reculai.

« Willia... Will, je vous en prie, laissez-moi. » au fond de moi, je savais que je n'étais pas un homme qui suppliait. Certainement pas. Pourtant, je le priais de me laisser. Mes yeux, cherchant désespérément à se raccrocher à quelque chose de tangible, se plongèrent dans les siens. Je voyais chez Delilah une vérité, chez Will, c'était bien autre chose. Je m'y voyais, moi. « Mais qui êtes vous ?! » je savais que je n'étais pas une personne qui haussait le ton, tout comme je ne suppliais pas. Pourtant, ma voix claqua dans l'air, impétueuse, exigeante. « Non, peu importe, je vous sommes de partir, ma voix avait reprit un semblant de calme, pourtant, le cri avait laissé place à une colère sourde, grondante, animale. Je me redressai, comme l'aurait fait le prédateur face à sa proie, Je ne sais pas ce que vous cherchez à faire, ni ce que vous attendez de moi exactement... mais je vais te manger, te faire disparaître, en moi, te garder, t'honorer, te... Mais ce n'est pas sain. Vous devez vous faire aider, Mr. Graham. Vous le devez réellement. J'ai été psychiatre, peut-être pourriez-vous vous asseoir, nous en discuterons... Mais il vous faudra ensuite partir. Impérativement. Et ne jamais revenir. »

Je ne savais pas vraiment si j'essayais de gagner du temps jusqu'au retour de ma femme ou si je comptais réellement le laisser partir. Ma main se resserra fermement sur le manche du couteau.
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MessageSujet: Re: I'll be a thorn in your side till you die ▬ ft. Hannibal Ven 6 Nov 2015 - 1:11

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Il sent les gouttelettes de rubis perler le long de sa gorge. C’est à deux pas de la mort qu’il se sent pour la première fois en vie depuis cette nuit où l’Atlantique l’a englouti et recraché. Une absurde envie de rire le saisit soudainement, et il ne se retient que parce qu’il sait qu’il ne pourrait pas s’arrêter s’il commençait. L’odeur âcre et métallique du sang est si présente qu’il peut presque en éprouver le goût contre son palais. Hannibal y est indéniablement réceptif, lui aussi, ce que Will avait bien entendu espéré. L’odorat est, des cinq sens, le plus apte à évoquer des souvenirs, et il sait combien développée est la mémoire olfactive d’Hannibal. Il compte en tirer avantage autant que possible, ayant poussé le vice jusqu’à renouer avec un certain after-shave honni du docteur.

C’est avec délectation qu’il observe la lame s’enfoncer dans le cœur qui semble encore palpitant. Le geste est sûr, précis, il n’y a pas d’hésitation ou d’incertitude dans les mouvements d’Hannibal. Le couteau devient une prolongation de son corps. Will le fixe avec fascination. Il n’y a jamais prêté véritablement attention auparavant, mais il réalise soudain que l’homme possède de belles mains. Des mains de chirurgien. Puissantes. Capables de tendresse et de cruauté. Il en détache ses yeux à regrets pour scruter le visage du psychiatre, tenter d’y lire quelque chose, d’y trouver une lueur familière. Pas encore. Mais ça viendra.

C’est magnifique. Un frisson, le cœur qui manque un battement puis s’emballe. Ses propres ténèbres font appel à celles d’Hannibal, s’enroulent autour de lui avec possessivité. Il ne peut qu’acquiescer dans un souffle lorsqu’il sent sa noirceur répondre à l’appel, consciemment ou non. Les réflexes reprennent le dessus, et bientôt Will peut sentir l’odeur délicieuse du beurre qui fond sur la poêle. La perspective de dévorer un cœur humain aurait dû l’écœurer, et l’aurait autrefois fait, mais à présent il salive presque avec anticipation. A ce stade, il n’y a pas beaucoup de choses qu’il ne laisserait pas Hannibal lui cuisiner et lui faire manger les yeux fermés. Mais instinct et raison luttent l’un contre l’autre, et momentanément, le second l’emporte à nouveau. Il ne sait pas ce qui l’atteint le plus : la supplication, si peu caractéristique du Hannibal qu’il connaît, ou le William qui manque de franchir ses lèvres. Ce n’est pas la première fois qu’on ajoute à son prénom des lettres qui n’y ont pas leur place. Mais pas Hannibal, jamais Hannibal. Il ne dissimule pas le pli contrarié de ses lèvres, ses doigts tapotant l’accoudoir du fauteuil avec irritation. La demande de l’autre homme tombe dans l’oreille d’un sourd. Il n’a pas l’intention de partir de son plein gré, pas cette fois. Au contraire, il se redresse lentement, s’approche sans un mot, pour s’arrêter à ses côtés sans jamais le quitter du regard.

« En vérité, ce sont tes séances de psychiatrie qui m’ont mené là où je suis maintenant. » Pas d’accusation dans son ton, un simple constat. « Mais tu as raison sur une chose, ce n’est pas sain du tout. Non pas que cela t’ai stoppé auparavant. Je doute que cela te stoppe à présent. Au fond tu n’as pas réellement envie que je parte, et tu le sais aussi bien que moi. »

Il marque une pause, se glisse derrière lui, abattant les barrières physiques que la décence plaçait entre eux pour loger sa tête dans le creux de sa nuque et prendre les mains d’Hannibal dans les siennes, le forçant ainsi à reprendre sa méticuleuse tâche.

« Le dîner n’est pas encore prêt de toute façon. »

Un murmure chaud au creux de l’oreille. Sa prise est ferme mais son toucher est délicat, et il hache les oignons avec soin, la lame s’abattant avec un tchac tchac tchac régulier sur le plan de travail. S’il envahit l’autre de sa présence, la réciproque est cependant vraie elle aussi, et cela se retourne quelque peu contre lui. Il n’a pas été si proche d’Hannibal depuis la chute. La proximité physique n’est pas nécessairement une chose à laquelle il a vraiment pensé toutes ces semaines où l’absence de l’autre homme dans sa vie se faisait sentir de la plus cruelle des façons, mais il ne peut en nier l’attrait. Il est si proche que c’en est presque trop, et la tâche est à peine finie qu’il se recule d’un pas. L’essence d’Hannibal est la même, toujours aussi enivrante et dangereuse, irrésistible et menaçante. Une promesse qu’il ne peut pour le moment pas tenir. C’est presque aussi cruel que son absence, dans un sens. Will s’appuie contre le plan de travail, mains posées sur le rebord, le regard cette fois perdu dans le vide.

« Tu m’as tout pris », répète-t-il doucement, faisant écho à la question posée un peu plus tôt. « Et ce que tu ne m’as pas dérobé par la force, je te l’ai cédé de mon plein gré. Ma vie, mon âme, mon cœur, il ne me reste rien. Rien d’autre que toi. Et tu voudrais à présent m’enlever ça. » Il lève les yeux vers l’autre, et pour la première fois depuis qu’il est entré dans cet appartement quelque chose de vulnérable se dégage de lui. « Je ne peux pas te laisser faire ça. Tu n’as qu’une seule façon de me faire partir, Hannibal. »




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MessageSujet: Re: I'll be a thorn in your side till you die ▬ ft. Hannibal Sam 7 Nov 2015 - 1:30


Will & Hannibal

Sa présence enveloppait chacun de mes sens. Mon corps tout entier se tendit, à ce contact soudain, abrupte, inattendu. Je retins difficilement un frisson. C'était de l'extase, nulle autre sensation, je ne pouvais me le cacher, aussi difficile soit l'acceptation. Sa tête sur mon épaule, ses cheveux frôlant ma nuque, ses doigts s'entremêlant aux miens. Sa peau, douce, sa poigne assurée. Sa bouche, près de mon oreille. Son souffle régulier au creux de mon cou. Son bassin, plaqué contre mon dos. Je pouvais tout ressentir. Tout. Le moindre de ses cheveu, le moindre de ses geste. Nous étions comme... En symbiose. Ensemble, nous continuâmes ce repas dantesque, en un même mouvement harmonieux. Je pouvais presque entendre, au loin, les sombres résonance des cuivres et des cordes du Requiem de Mozart, accompagnés de leurs chœurs. Une messe pour les défunts... L'ironie était à son comble mais elle connotait cette scène dont nous étions les acteurs avec une certaine justesse. William – Will –, qui avait tué un homme pour en arracher le cœur encore chaud et palpitant... Et me l'offrir... Et moi, qui ne savais plus quel était le vrai du faux. Roald, Hannibal, Delilah, psychiatrie, cannibalisme... Tout cela me paraissait distant, vertigineux, insaisissable. Peut-être n'étais-je rien, après tout, rien que ce mort pour qui était composé ce Requiem. Sans identité, sans attache tangible. Et pourtant...

Je me sentais en vie, alors que ses mains, liées aux miennes, agissaient ensembles, pleine de dextérités, de beauté, d'agilité. Cela avait du sens. Il fallait que cela en ait. Sinon à quoi bon ? Mais, alors que je me raccrochais désespérément à cette idée, dérivant au milieu d'un océan glacial, sans fond, il recula. Le froid m'envahit à nouveau, la musique si harmonieuse cessa brusquement, douloureusement. Je refusai catégoriquement de le regarder ; ne serais-je pas alors irrémédiablement attiré vers lui, vers cette aura si apaisante, tranquillisante, fascinant ?. Mon couteau reprit son œuvre, solitaire. Seule la lame s'abattant sur la planche à découper faisait écho à ses paroles que j'avais du mal à penser possible. Était-ce une déclaration d'amour fataliste ? J'étais la dernière lueur de son horizon, mais était-il la mienne ? Furtivement, je jetai un regard aux alentours. J'avais une vie. Une femme. Un métier. Des amis... Mes yeux furent irrémédiablement attirés vers son visage. Lui. Je me perdis au fond de ses yeux bruns, intenses, où une émotion complexe y était inscrite, sombre, profonde... Vulnérable ? Je resserrai le couteau avec fermeté.
Le faire partir ?
Nous faire partir ?
Pourquoi nous ?

D'un geste, je versai les épices et le cœur dans la poêle chaude. Il était la seule lueur à mon horizon, lui aussi. S'il disparaissait, je m'éteindrais à sa suite. Peut-être de manière uniquement métaphorique, mais je savais que l'essentiel se serait échappé. Pour toujours. Et je ne le souhaitai pas. Non. Je ne voulais pas le voir s'en aller, car cette étrange partie de moi-même, que je sentais palpiter au fond de mon être, s'évaporerait à sa suite. Je voulais me sentir aussi vivant que lorsque nos mains s'étaient entremêlées. Que lorsque ses cheveux avaient frôlés ma joue, chatouillés ma nuque. Que son souffle avait effleuré ma peau. Et que son parfum, unique, avait envahi mes sens. Ce parfum de...
 « Venez-vous de me sentir ? » Une pièce sombre. Une voix. Un cerf. Une odeur de whisky bon marché. Et d'après rasage douteux. « J'ai du mal à résister. » Amusement.

« Vos maux de têtes ont empiré, dernièrement ? » plus un murmure qu'une réelle question. Je lâchai le couteau, incapable, troublé par mes propres souvenirs. « Nous nous ressemblons. »

Je levai les yeux sur Will. Légèrement, je penchai la tête sur le côté, les yeux plongés dans son regard. Le cœur battant. Pourquoi ne pouvais-je pas me souvenir de lui. Je l'avais connu. Il m'avait connu. Nous … Alors pourquoi ma femme m'aurait-elle raconté toutes ces choses, quel en aurait été l'intérêt ? Brusquement, je détachai mon regard de celui de Will pour revenir sur ma tâche, empêchant ainsi le cœur de brûler. Léché par les flammes de l'enfer. Méthodiquement, je déposai certains morceaux dans une assiette, accompagnés d'une onctueuse sauce brune.

« Je suis navré, nous n'avons pas acheté de crudité dernièrement, le repas n'aura donc rien de... Végétarien. »

Je faillis rire, amer. Non, en effet, cela n'avait rien de normal, à la vérité. Légèrement, je vins prendre appuie mes deux mains sur le plan de travail, épuisé. En l'occurrence, c'était moi qui me retrouvait avec une migraine. Instinctivement, je me redressai, face à Will. Ma main vint se poser sur sa joue et mon index parcourut une cicatrice qui s'y trouvait. Lentement. Curieux. Je lui lançai un regard interrogatif. Qui suis-je ?

« Bon appétit. » soufflais-je en un français onctueux tandis qu'une lueur se reflétait à travers les vitres du salon.

Pourtant, je n'avais pas servi les assiettes... Je vins plutôt me repaître de sa bouche, m'emparer de ses lèvres, de sa langue. Je fermai les yeux. Mes dents plongèrent dans sa chaire au goût étrange, amer mais addictif. Le sang jaillit, se mêlant à ma salive, glissant le long de mon palais. Un peu plus fort, je serrai le couteau dans ma main droite. Mes articulations blanchirent. Mes yeux trouvèrent refuge dans ceux de Delilah qui venait d’apparaître et, alors que nos lèvres se détachaient l'une de l'autre. La lame de mon arme, encore juteuse de la sauce et de l'organe, vint profondément s'enfouir en Will. De manière presque chirurgicale. A côté du cœur, mais entre les artères. Ce n'était pas un coup mortel, mais ravageur, certainement. Le coup porté à cet homme me causa tout autant de douleur qu'à lui. C'était inexplicable. Mais j'eus envie de sauter sur Delilah. De la réduire à néant, d'un coup précis de mon arme. De me dresser au-dessus de Will, telle la faucheuse, et de le couvrir de mes ailes. Au lieu de ça, je restai stoïque au centre de la pièce, le regard posé sur Will. Je retirai froidement la lame de sa poitrine. Le choc fut terrible. L'on arrachait la vie de mon propre corps. A vrai dire, je l'arrachais moi-même.

Je me laissai tomber auprès de lui. La lame émit un bruit métallique. Mes deux mains se posèrent sur son hémorragie, celle de Delilah sur mon épaule. Je levai les yeux sur elle. Je la reconnaissais bien sûr, mais son contact ne m'apportait pas la moindre chaleur. Froide, elle ne semblait pas même choquée, plutôt … Intéressée ? Brusquement, je la poussai, la plaquant au sol, écrasant ses jambes de mon genou, tenant ses deux bras liés entre ma poigne. Prisonnière.

« Roald. »

Mes yeux plongèrent dans les siens mes dents vinrent arracher la peau de son cou, sauvagement. Son goût n'avait pas l'égal de celui de Will, malheureusement. Quelle déception. Je n'avais pas le temps de réfléchir à mes agissements. Rapide, méthodique, comme habitué, je liai ses mains entre elles et les attachai fermement au pied d'un meuble avant de me pencher au-dessus de Will. Ma main ensanglantée vint caresser l'une de ses joue. Je ne pouvais pas le perdre. Je ne pouvais pas laisser s'éteindre la dernière lueur de mon sombre et sinistre horizon.

« Will... Doucement. » je le soutins jusqu'au fauteuil où je l'installai, entourant rudimentairement sa blessure de sa propre chemise que je venais de lui enlever.

L'horreur me frappa alors. Subitement. Qu'avais-je fait ?
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MessageSujet: Re: I'll be a thorn in your side till you die ▬ ft. Hannibal Jeu 12 Nov 2015 - 3:13

I'll be a thorn in your side till you die
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Ce n’est pas à lui que la mémoire fait défaut, mais les souvenirs reviennent malgré tout. Il n’a pas oublié après toutes ces années. Les mots surgissent du passé, excepté qu’ils appartiennent au présent, et l’espoir agrippe un peu plus son cœur lorsqu’il voit la porte séparant l’un et l’autre s’entrouvrir pour laisser filtrer des bribes de scènes déjà vécues entre eux. La vie d’Hannibal et celle de Roald entrent en conflit, la lutte entre les deux s’agite sous ses yeux. La mémoire n’est pas restaurée, mais le doute s’insinue, et pour Will c’est déjà une victoire. Un réconfort aussi, de savoir que même dans cette existence il est encore capable d’influence sur Hannibal. Ce n’est que justice ; la réciproque a toujours été vraie, bien que longtemps non désirée. Il fixe l’autre homme avec intensité, comme cherchant à transmettre dans un seul regard tout ce que les mots ne peuvent dire. C’est beaucoup. C’est trop. Le poids de trop de choses enfouies qui l’écrasent un peu plus chaque jour ; un fardeau qu’il n’était jamais supposé porter seul.

Il sourit d’un air satisfait en réponse, mais il y a surtout du soulagement dans ce sourire. Il ne réalise à quel point il craignait qu’Hannibal le rejette totalement qu’à ce moment précis où le mensonge commence peu à peu à tomber en lambeaux. Il a envie de tout détruire, de saccager cette parfaite vie où il n’appartient pas, comme Hannibal avait tenté d’anéantir celle qu’il avait construite avec Molly et Walter. Au final, il s’est chargé de cela tout seul plus efficacement encore. Douce ironie.

Le baiser n’est pas quelque chose qu’il aurait pu anticiper ou espérer même dans ses rêves les plus fous. Les réactions provoquées en lui sont trop conflictuelles pour s’entendre ; il reste immobile, même lorsque les dents viennent le mordre jusqu’au sang, payant le plaisir par la douleur. C’est un scénario qu’il a déjà imaginé, qui a déjà manqué se produire. Mais pas ainsi, pas avec un homme qui ne sait pas ce qu’ils représentent l’un pour l’autre, ou que très vaguement. Pas avec une telle violence ; pas la première fois. C’est une acceptation réciproque, un compromis, une promesse. Des nuances perdues dans les limbes de la mémoire ; il ne sait ce qui pousse l’homme à agir. Qu’importe ; la perte de contact n’en est pas moins douloureuse, le corps n’a pas les mêmes réticences que l’esprit et aspire à la chaleur après avoir été si longtemps condamné au froid, comme si une partie de lui était restée au fond de l’Atlantique lorsqu’il avait cru Hannibal mort.

Et puis soudainement, la souffrance devient plus littérale. Ce n’est pas qu’un élan douloureux de l’âme qui voit une part d’elle être sectionnée, c’est celle, bien plus tangible, du métal qui mord la chair, qui fouille en lui avec précision avant de se retirer avec cruauté. Le râle de stupeur et de détresse qui s’échappe de ses lèvres ne semble pas lui appartenir ; à peine réalise-t-il l’avoir poussé. Le sang dégorge aussitôt de la plaie, épais, sombre, et chaud. La respiration hachée, il porte une main tremblante à la plaie. Le coup aurait pu être mortel si près du cœur ; mais s’il devait en mourir, ce serait déjà fait. Si c’est une erreur, elle vient de lui sauver la vie.

Le froid s’empare de lui. Il tremble convulsivement. De façon lointaine, il reconnaît les symptômes : il est en train d’entrer en état de choc. Il s’efforce de respirer lentement, d’évaluer la situation avec calme. Ce n’est qu’à ce moment qu’il note la présence de Bedelia dans la pièce. Bedelia qui ne devait pas rentrer si tôt. Bedelia qui vient de réduire tous ses efforts à néant. Soudain, la colère s’empare de lui, elle gronde et siffle et demande paiement. Il éprouve un plaisir sadique à la voir en position d’infériorité, rendue immobile par les liens qui l’emprisonnent, la morsure à son cou qui n’est pas sans rappeler celle qui avait porté le coup final au Dragon. Mais cette plaie là ne la tuera pas, et c’est aussi bien ainsi. Elle ne mérite pas la mort du Dragon. Will y veillera.

Sa joue s’appuie contre la main qui l’effleure à nouveau, accueillant le contact sans hésitations, sans craintes. Contact trop bref, encore une fois, mais les mains viennent nouer avec expertise sa chemise autour de la plaie pour stopper le saignement. Will ferme les yeux, mais résiste aux ténèbres qui l’appellent derrière les paupières.

« Il semblerait que dans toutes nos vies, toutes nos existences, nous soyons condamnés à nous faire du mal. »

Sa voix est à peine plus qu’un chuchotement, autant par faiblesse que parce qu’il n’a pas envie de partager quoique ce soit avec la femme qui lui a déjà trop pris. Il rouvre les yeux lentement, les plongeant dans ceux d’Hannibal, à présent habité par l’incertitude et l’horreur, pris entre deux feux. Il pose sa main sur son bras dans un geste rassurant. Ironie là aussi, la victime qui réconforte son bourreau.

« Je ne t’en veux pas. »

C’est la stricte vérité. Une partie de lui en veut à Hannibal. De l’avoir oublié, de l’avoir laissé derrière, d’avoir refait sa vie. Mais sa fureur se dirige avant tout vers Bedelia : c’est elle qui a orchestré tout cela, distillé son venin, réécrit l’histoire à sa convenance. Elle n’échappera pas à sa fin, il s’en fait le serment. Son regard brûlant se pose sur elle.

« Une part de toi sait que j’ai raison depuis le début. Elle t’a abreuvé de mensonges en espérant ainsi sauver sa propre peau, elle a affirmé son emprise sur toi en étouffant tes pulsions les plus sombres… » Il se baisse avec une grimace et un grognement pour ramasser la lame tombée à terre et la glisser avec force entre les mains d’Hannibal. « Si tu dois punir quelqu’un, c’est elle. Ecoute la part de toi qui n’attend que ça. »




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MessageSujet: Re: I'll be a thorn in your side till you die ▬ ft. Hannibal Lun 16 Nov 2015 - 16:18


Will & Hannibal

Lentement, mes doigts se portèrent à mes lèvres ensanglantées, et non de mon sang. Le goût métallique me prenait à la gorge. Chaque inhalation était douloureuse, enflammée. Mes yeux se posèrent sur le corps de Delilah, attachée, à demi consciente. Mon estomac se tordit douloureusement. Distendue, la pièce me paraissait étrangère, angoissante. La voix de Will parvint difficilement à mes oreilles, lointaine, trop faible. Dépité, assaillis de sensations contradictoires, ma tête était sur le point d'exploser. J'eus envie de hurler, mais je ne pouvais m'y résoudre. Je devais rester calme. Réfléchir. Ne pas paniquer. J'en avais la capacité. Vraiment ? Le contact de la main de Will sur mon bras me fit tressaillir, presque sursauter. Mes yeux s'accrochèrent aux siens, cherchèrent à s'y accrocher, avant de tomber sur sa propre blessure. J'étais l'auteur de deux horreurs presque mortelles en une même soirée. Je ne savais laquelle était la plus déchirante. Avoir arraché une large partie de la peau du cou de Delilah, ma femme, la personne qui m'avait, avec patience, aidé à retrouver un semblant de vie, une once de sécurité... Ou bien avoir poignardé Will, après avoir eu le temps de goûter à la douceur de ses lèvres, trouver une seconde partie de moi-même ? Will Graham, ce personnage inconnu, absent de ma vie qui, pourtant, semblait être le centre d'un univers qui, un jour, m'avait appartenu. Étrangement impuissant, mes yeux suivirent le mouvement de ma victime qui me tendit le couteau, m'offrant le choix d'en finir. D'en finir avec l'une des deux vies qui s'offraient à moi.

Je ne voulais pas choisir. Aucune d'elles. J'avais faillis tuer ma femme, comment vivre avec cela sur la conscience ? Je n'étais pas sûr que toutes ses paroles aient été des mensonges. Ni celles de Will. Peut-être n'y avait-il aucune vérité, dans leurs propos ? Qui étais-je respectivement, pour eux ? A quoi se résumait mon existence ? Mes yeux se baissèrent sur l'arme que je resserrai dans ma poigne. Étrangement, elle semblait parfaitement s'allier à la paume de ma main. Cela me fascinait. Cela m'effrayait.
Et le suicide ? Je perçus l'éclat de mes yeux briller dans le reflet de la lame. Tuer Delilah. Tuer Will. Me tuer. Ou tuer Will, tuer Delilah et me tuer. Ou me tuer et les laisser s'entre-tuer. Je relevai les yeux sur Will, toujours incertain. Lentement, je m'assis dans un fauteuil, en face de lui. Un calme soudain s'empara de moi. Les battements de mon cœur s'atténuèrent, prenant un rythme lent et régulier. Lentement, je posai l'arme sur l'un des accoudoir.

« Se sauver, dis-tu... De toi, ou de moi ? J'ai commis nombre d'atrocités, n'est-ce pas ? je secouai doucement la tête, l'envie de rire n'avait jamais été aussi forte. J'ai du mal à y croire. Je ne peux pas y croire... » Je ne voulais pas y croire. Ma gorge s'enflamma de nouveau, et une sensation désagréable brûla la rétine de mes yeux où une larme s'accrocha à mes cils sans pour autant s'y détacher. Déjà, je reprenais une certaine contenance. Je tournai la tête vers Delilah, puis reportai mon attention sur Will.

Lentement je me levai et m'agenouillai auprès de ma femme. Ma main alla se poser sur sa joue, plus délicatement que je ne l'aurais cru. De la même manière que j'avais pansé la blessure de Will, je fis de même avec celle de Delilah. Cependant, je ne la détachai pas. A peine consciente, elle plongea néanmoins son regard dans le mien, un éclat étrange y brillait. Je n'arrivais pas à déterminer ce qui s'y reflétait. A nouveau je me redressai, restant debout entre ces deux personnes, piliers d'un côté et de l'autre de ma vie. Je fis doucement tourner le couteau entre mes doigts, l'air songeur.

« Et si je choisissais de t'écouter, que ferions-nous ? Que ferais-tu ? Je ne sais même pas qui je suis, visiblement. Ni identité, ni personnalité. Si je ne dois pas lui faire confiance, à elle, je ne peux pas te faire confiance à toi non plus. Je n'ai pas de certitude. Pas d'accroches. Je n'ai pas de souvenirs. Tu étais important, je le sens, soufflai-je, mais je n'en comprends pas les causes, et encore moins ce qui nous unissait. Si je choisissais de t'écouter, je ne serais pas plus avancé. » je lui faisais étrangement plus confiance, à lui, qu'à celle qui était censé être ma femme. Et cette impression m'incitait à me méfier, paradoxalement.

J'avançai jusqu'à la table du salon, où une photo de Delilah reposait. J'étais à ses côtés. Nous étions splendides, sophistiqués. Je ne me rappelai plus de ce souvenir. Je l'avais recrée. Imaginé. Mes doigts ensanglantés se posèrent sur le cadre en verre, y laissant une faible trace rougeâtre. Lentement, je l'abaissai. Mes yeux se perdirent un instant dans le vide avant de se clore, imprégnant Will dans toutes les cellules de mon corps, de mon cerveau. Tentant de le replacer quelque part, n'importe où. Mais il n'était nulle part, si ce n'est dans mes sensations les plus profondes. Une forme de passion forte et destructrice, douloureuse, fascinante. Qu'était-ce ? Je tournai la tête dans sa direction. Il me fallait prendre une décision. L'un ou l'autre ne passerait pas la nuit en restant dans cet état, légèrement pansés, avachis, affaiblis. Will... Ou ma femme... Ma femme... Ce mot me paraissait décalé, étrange.
A pas lents, j'enjambai le corps de Delilah pour me retrouver devant Will. Je m'accroupis près de lui, attrapai sa main, m'attardai sur ses doigts.

« … Tu disais... Hannibal... Mon prénom ? » je restai songeur, une fois encore. La prononciation de ce mot semblait familière, dans ma bouche. « Je ne tuerai personne, Will. »

Mes yeux se posèrent sur sa blessure. Il n'aurait pas l'avantage sil tentait quoique se soit, maintenant, cela réaffirmait ma confiance, ma prise sur la situation. Cependant, perdre Will, le voir disparaître, alors même que je n'avais pas le souvenir de sa connaissance, me paraissait impossible. Insoutenable. Invivable. Ma main se resserra un peu plus sur la sienne, forte, avant que mon bras ne vienne le soutenir pour l'aider à se lever. Je tenais toujours sa main dans la mienne. L'éclat qui brillait au fond de ses yeux était inquiétant, sombre, profond. Fureur, vengeance. Je m'abandonnai à ses sens, m'enfouis dans son jugement, et partageai sa haine, son désir de meurtre, cette vengeance, sans pour autant y céder. Aussitôt, je l'amenai à l'étage, à pas lents, dans l'intention de l'allonger sur un lit et de lui prodiguer des soins plus appropriés, oubliant momentanément ma femme... Cette femme... Allongée en bas, attachée, à peine soignée.
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MessageSujet: Re: I'll be a thorn in your side till you die ▬ ft. Hannibal Ven 27 Nov 2015 - 17:56

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Que ferais-tu ? Une très bonne question. Que Will ne s’est pas encore posée. Son seul objectif, à court terme, était de récupérer Hannibal. Le reste, tout le reste, est secondaire. Cela mérite pourtant réflexion. Que se passera-t-il si Hannibal ne retrouve pas ses souvenirs ? Ou s’il les retrouve mais décide que manquer de se noyer dans l’Atlantique n’en valait pas la peine ? S’il choisit Bedelia ? Son regard suit la trajectoire de l’autre homme, se pose sur la photo encadrée, à présent tâchée de sang. Une représentation fidèle de la situation : un couple en apparence parfait, si bien assortis qu’ils semblent sortir tout droit d’un magazine, à présent teinté de ce rouge si envahissant, si difficile à faire partir.

Il ferme les yeux. Il perçoit l’émotion d’Hannibal avec force. L’homme ne fait pas preuve de son contrôle habituel ; il ne filtre pas ce qu’il ressent, et Will n’est pas armé pour se défendre contre une telle intrusion. Pas contre Hannibal. C’est un sentiment à la fois étranger et familier. Il n’a jamais su empêcher l’autre de se faire une place dans sa vie. Dans ses pensées. Dans son cœur. Mais cette fois c’est différent. L’homme n’abaisse pas le masque délibérément ; il n’en porte pas du tout. C’est désarmant. Il tremble sous l’impact de ces émotions à vif – autant celles d’Hannibal que les siennes. Ou peut-être est-ce son corps en état de choc, le froid mordant qui le pénètre de toute part. Mais la douleur est bienvenue ; elle le fait se sentir vivant. Chiyoh avait raison : la violence est un langage qu’il comprend mieux qu’aucun autre. Il partage son esprit avec trop de tueurs pour qu’il puisse en être autrement. Son corps a appris à associer la tendresse à la douleur lorsqu’il s’agit d’Hannibal. Un geste d’affection est toujours prélude à une agonie : il ne sait que faire du baiser, mais la plaie est familière, presque rassurante. Intime d’une façon que seul Hannibal peut comprendre.

La réponse de ce dernier est une déception, mais pas une surprise. Difficile d’assumer l’identité que d’autres nous renvoient lorsqu’elles se contredisent tant. Will ne peut pas lui forcer à endosser un costume qui ne lui convient pas ; il faut qu’Hannibal le choisisse de lui-même. Son rôle, aussi frustrant soit-il, se limite à celui de guide. Mais le rejet n’est pas complet, et en soi, c’est déjà une victoire. Il a dérobé son attention au détriment de Bedelia. On dit que l’indifférence est pire que la haine. La savoir livrée à elle-même, blessée et prisonnière tandis qu’Hannibal le porte à l’étage est déjà un réconfort. Will s’autorise un sourire triste alors qu’il est déposé sur un lit.

« Déjà vu », murmure-t-il, la voix rauque.

Des souvenirs de Muskrat Farm reviennent. Hannibal, couvert de sang. La neige à perte de vue. Un pas lourd, et mesuré. Son esprit n’est qu’à demi-conscient, son corps rendu immobile par la drogue qui circule encore dans ses veines. Entre deux éclairs de lucidité, il comprend que quelqu’un le porte. Une présence familière. Lorsqu’il rouvre les yeux, il est dans son lit, à Wolf Trap, pansé et soigné. Ses mains se referment sur les draps. Il repense aux mensonges parfaitement calculés qui coulent alors de sa bouche. A l’expression d’Hannibal qu’il n’a pas entrevue, la tête tournée, se refusant à le regarder, mais qu’il imagine pourtant avec une parfaite clarté.

Peut-être qu’il est temps de rétablir la vérité de façon plus objective.

« Hannibal Lecter. Ton nom. Il y a quelques années, il était connu pour tes publications dans divers traités de psychologie. Maintenant, les journaux t'appellent Hannibal le Cannibale. » Il laisse échapper un rire amer avec une pensée pour le docteur Chilton. « Tu as été arrêté et condamné pour avoir commis quatorze meurtres. Ce ne sont que ceux dont on a connaissance – personne ne sait vraiment combien de victimes tu as fait. »

Cette partie là est facile. Ce ne sont que des faits. Froids et implacables, vérifiables auprès de toute source digne de ce nom. La suite est plus délicate.

« C'est moi qui suis responsable de ta perte de mémoire. » Il ferme les yeux, cherche ses mots. « Je t’ai fait sortir de prison dans le but de te tuer. Je savais que tu ne sortirais pas de ma vie autrement. » Un nouveau rire face à l’ironie de la situation ; mais celui-ci est plus brisé. Il ressemble presque à un sanglot. « Mais je n’ai pas réussi à te laisser mourir. Pas comme ça. Je savais que je ne te survivrais pas. C’était plus simple de nous condamner tous les deux. »

Sa respiration est saccadée, il se force à se redresser pour garder contenance autant que pour rester conscient. La limitation du langage le frustre, il ne parvient pas à rendre compte de ce qui s’est passé entre eux, pas par la parole. Tout ce sur quoi il ne peut pas mettre de mot, les non-dits, l’intensité du moment, la force du lien qui les unit, toutes ces choses qui ne peuvent que se vivre et se ressentir.

« Je n’avais pas prévu de survivre à la chute. Pas sans toi. Je n’étais pas préparé à vivre dans un monde où tu n’existais plus. » Cette fois, sa voix se brise vraiment, les larmes montent aux yeux. « Mais tu n’étais plus là, et je te croyais mort. Tu ne pouvais qu’être mort pour m’avoir ainsi laissé derrière. »

Il ne parvient pas à dissimuler l’accusation dans sa voix, aussi futile soit-elle. Ignorant l’élan de douleur qui le traverse à ce mouvement, il lève les mains pour appuyer ses paumes contre ses paupières à s’en faire mal aux yeux. Il reste ainsi plusieurs secondes avant de baisser enfin les bras comme si toute énergie avait quitté son corps. Ses paumes sont humides de larmes non versées.

« Je ne sais pas ce qui est plus cruel : te penser mort, ou te savoir en vie mais enfermé dans un mensonge sans aucun souvenir de toi, de nous. »

Il secoue la tête d’un air las. Ses paroles peuvent sembler dures, mais Hannibal aurait compris. Oui, l’indifférence est certainement pire que la haine. Il laisse retomber sa tête contre l’oreiller, fixant le plafond, tâchant d’ignorer le parfum de Bedelia qu’il sent jusque dans le lit conjugal.

« Tu ne peux pas rester déchiré éternellement. Il faudra que tu choisisses. Et peut-être que pour le moment cette vie à Florence aux côtés de Bedelia te parait plus enviable. Tu as l’occasion de repartir à zéro. D’épouser une existence normale, de laisser les cadavres dans le placard. Mais ce n’est pas que ce tu es, Hannibal. L’illusion durera un temps, puis elle finira par s’étioler. Le mensonge teintera tout ce à quoi tu tiens, et te laissera un goût amer dans la bouche. Tôt ou tard, la mascarade ne suffira plus. Tu le ressens sûrement déjà. Tu ne serais pas encore là si ce n’était pas le cas. »

Il tend le bras, s'empare de la main d'Hannibal d'une prise glissante ; il ne tente pas de le retenir, c'est un simple contact. Leurs doigts se frôlent, le sang se peignant sur la peau l'un de l'autre et le contact l'ancre un peu plus dans la réalité. C'est absurde, de tant se battre pour réveiller la bête quand il a passé tant d'années à vouloir la faire taire. Mais il ne peut plus taire la sienne, et dans les ténèbres elle tente d'atteindre son âme sœur.




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MessageSujet: Re: I'll be a thorn in your side till you die ▬ ft. Hannibal Sam 26 Déc 2015 - 19:09


Will & Hannibal

Mes doigts défirent lentement le bandage rudimentaire que je lui avais administré quelques instants plus tôt ; la plaie ne saignait plus abondement, et le sang avait commencé à coaguler. Je fronçai très légèrement les sourcils à sa remarque, choisissant de l'ignorer. Trop d'informations, déjà, s'insinuaient en moi. Glissaient sous ma peau. Se frayaient un passage sinueux et douloureux. Ma main se posa sur son front, comme une habitude. Était-ce une habitude ?
Qui es-tu ? Qui es-tu ? Qui es-tu ?
Une litanie brûlante, et douloureuse, qui résonnait inlassablement au fond de moi, tentant de faire écho à un souvenir effacé, annihilé. La voix de Will me ramena au présent, m'ancra dans une réalité absurde. Mais tout n'était qu'absurdité, depuis bien trop longtemps. Je devais y mettre un terme. D'une manière, ou d'une autre. Seul... Ou accompagné ? Les paroles prononcées étaient tranchantes. Comme la lame d'un couteau. Glaciales.

Hannibal le Cannibale. Qui était-ce ? Moi ? Je souris, comme face à une plaisanterie de très mauvais goût... Le sourire s'estompa en une grimace amère. L'appellation était grossière, dégradante. Ma main se resserra sur le tissu ensanglanté, mon regard se durcit en une noirceur orageuse. Je me rendis alors compte du pire : le cannibale. Avais-je réellement pour coutume de dévorer mes … Victimes ? Je me détournai du corps allongé de Will Graham et m'assis sur le sol, adossé contre le lit pour ne pas qu'il puisse voir mon visage et se délecter de mon trouble. Mes mains tordirent le tissu avec force. Je ne parvenais pas à disséquer mes sentiments et à mettre le moindre mot sur eux. Rage, haine, dégoût ?

Mais les paroles de Will ne s'arrêtèrent pas aux simples faits. Il me parla aussi de la raison de mon absence de mémoire, d'une chute... Ma gorge se serra. Non pas à cause des vives émotions qui coulaient dans mes veines... C'était une sensation étrange. L'impression de se noyer. Je repris lentement mon souffle, comme si, par les paroles de Will, je venais de revivre une scène passée. Je posai une main sur ma bouche. Le goût du sang me fis frémir. Je fermai les yeux, soudain frigorifié avant de lentement me redresser, les yeux baissés sur le corps de cet homme. Je fus frappé par sa vulnérabilité. Il semblait démuni, blessé bien plus profondément que la lame n'avait pu le faire.
Choisir... Encore. C'était ce qu'il souhaitait que je fasse. Choisir. Mais que voulais-je ? Que devais-je faire ? Pour quelles raisons le croire, tout d'abord ? Et pour quelles raisons mentirait-il ? Ses doigts frôlèrent les miens. Mon index alla naturellement s'enrouler autour du sien, liés dans le sang. Mon pouce caressa l'une de ses phalange d'un air absent.

« Ce n'était pas un choix. » déclarai-je fermement. « Partir n'était pas un choix. Cette vie n'était pas un choix. Hannibal le Cannibale... » mes lèvres se retroussèrent légèrement en un dédain absolu. « C'était un choix... et toi... en étais-tu un ? »

Mes doigts se refermèrent entièrement sur sa main. Mes genoux heurtèrent délicatement le sol tandis que je me penchai au-dessus de lui, le jaugeant d'un regard interrogatif pendant quelques instants. La vibration dans l'air, palpable, entière, puissante, semblait entière. Reconstituée.
On ne peut désirer que ce qui nous manque. Désirais-je m'enfuir avec lui ? Cette vie me manquerait-elle ? J'accompagnai la main de Will jusqu'à son ventre et l'y déposai avec révérence et délicatesse avant de me relever.
La salle de bain se trouvait juste à côté, je m'y engouffrai rapidement, attrapant sur les étagères analgésiques, bandages et points de sutures. Je m'étonnai de trouver tous ces éléments. Possédait-on réellement des points de sutures dans son armoire à pharmacie, si l'on ne craignait pas que quelque chose se produise ? Je me lavai amplement les bras. Les gouttes de sang, mêlées à l'eau incolore, formaient une toile étrange sur l'ivoire du lavabo. Je refusai obstinément de regarder ma propre image dans le reflet du miroir, par peur de ne pas m'y reconnaître... Ou par peur de me voir réellement, derrière le reflet de mes yeux d'ambre. Sans me questionner d'avantage, je rempli de cette eau une bassine et y trempai une serviette avant de prestement retourner dans la chambre.

J'allumai une petite lumière près du lit et entrepris en premier lieu de nettoyer le sang autour de sa plaie. Je lui expliquai en un murmure tout ce que j'allais faire. D'abord, l'analgésique, puis les points de suture. J'ai été chirurgien. Et, enfin, le bandage. Sa chemise fut entièrement enlevée, son corps soulevé et appuyé contre le mien tandis que j'enroulai la bande autour de son torse. Ma main alla se perdre dans sa chevelure, apaisante. Nous restâmes ainsi un long moment, même lorsque j'eus fini de panser sa plaie. Mes yeux se fermèrent, mes sens enivrés par son odeur, et des souvenirs épelés auxquels je tentais de raccrocher des images éperdues.
Qui est-tu....
Lentement, je le déposai à nouveau contre les oreillers et me redressai, une main appuyée sur son cœur battant contre ma paume. Je pris une inspiration silencieuse.

« Un choix... ne peut être pris sans connaissance de causes. Je n'ai pas choisis cette vie. Je ne pourrais pas choisir la suivante. Pas encore. » Je retirai ma main. Rompre le contact embrasa ma chair. « Pardonne-moi. »

Je plaçai le couteau à côté de lui, sur les draps immaculés, et me redressai. Lentement, je sortis de la pièce, descendis les escaliers. Mes yeux se perdirent sur les vestiges d'une cuisine dévastées. Delilah, ou qui qu'elle soit, gisait toujours, hagarde, attachée. Je lui lançai un regard froid et impersonnel avant d'attraper ma veste et de sortir dans la nuit. Je pris une inspiration. Lente. Régulière. Déjà vu. Les paroles de Will résonnèrent dans mon esprit.
Je disparus dans la nuit.
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MessageSujet: Re: I'll be a thorn in your side till you die ▬ ft. Hannibal Jeu 28 Jan 2016 - 1:32

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Will le laisse partir. Parce qu’ultimement, il n’a pas le pouvoir de retenir une force de la nature comme Hannibal contre son gré. L’homme a toujours ployé devant lui de sa propre volonté. On ne domestique pas une bête sauvage, on ne peut que s’en donner l’illusion. Et même s’il le souhaitait, il ne peut rien faire dans son état. Le silence retombe lourdement dans la maison, et la solitude s’abat sur lui avec violence. Il exhale lentement, cligne furieusement des yeux pour repousser les larmes qu’il sent poindre au coin des yeux.

Déjà vu.

Il n’est pas en train de se vider de son sang sur le carrelage froid d’une cuisine, et il n’est pas en train se vider de ses forces sur le sable mouillé d’un rivage, mais le sentiment écrasant d’abandon est le même. Il sent encore sur sa peau le fourmillement prolongé de chaque instance où les doigts d’Hannibal l’ont effleuré. Les caresses et la douleur, la peine et le réconfort. Une chaleur absente.

C'était un choix... et toi... en étais-tu un ?

Les paroles résonnent et ricochent dans sa tête. Il repense à leur rencontre. Il repense à leurs heures de thérapie. A Abigail. Leurs projets de s’enfuir ensemble. Les scènes de crime changées en parades de séduction. Il repense à Hannibal agenouillé dans la neige, le regard dirigé vers lui tandis qu’on lui passait les menottes. Il repense à la mort du Dragon et à leur étreinte avant la chute.

C’est ce que j’ai toujours voulu pour toi, Will. Pour nous deux.

Pendant de longues minutes il reste là, immobile. Sa respiration est laborieuse, sifflante. Le temps s’étire autour de lui. Il ne peut pas rester, il le sait. Mais le vertige qu’il ressent est tel que son corps lui paraît engourdi, son esprit embrumé. Il ignore combien de temps passe avant qu’il se décide à se lever péniblement, saisissant au passage le couteau sur la table de chevet.

Il ne parvient à déterminer s’il est surpris ou pas du tout de découvrir Bedelia exactement là où ils l’avaient laissée, consciente mais pâle, s’efforçant avec peine de déplacer le meuble auquel elle était attachée. Will s’arrête un instant devant elle pour la considérer tandis qu’elle le défie muettement du regard. Abandonnée, elle aussi. Mais son sort est plus cruel, ils le savent tout deux. Hannibal a remis sa vie entre ses mains : à lui d’en faire ce qu’il veut. Il serre un peu plus le couteau entre ses mains. Elle ressemble à une offrande, avec sa robe pâle et ses cheveux blonds tâchés de rouge. Il pourrait en finir avec elle maintenant, et elle ne pourrait pas l’en empêcher. Ils savent tout deux qu’elle l’a cherché. Mais ce n’est pas à lui de prendre cette vie. Il s’agenouille devant elle en réprimant une grimace de douleur, et passe délicatement la pointe de son couteau contre sa joue, jouant distraitement avec une mèche égarée.

« Nous reviendrons pour toi. Comment disent les enfants déjà ? Ah, oui. Pinky promise. »

Lorsqu’il repart, ce n’est pas sans avoir pris son auriculaire droit en guise de promesse.

***

Quelques semaines plus tard. Manoir Lecter, en Lituanie.

Il attend. Il n’a plus que cela à faire. Son dernier ressort, son dernier espoir. Il attend là où tout à commencé. Un lieu où Hannibal s’est interdit de revenir. Mais s’il choisit Will, s’il choisit de se souvenir, c’est au commencement qu’il se rendra.

Pour Will, marcher dans ses pas est toujours aussi déconcertant. Il s’immisce dans un passé auquel il n’appartient pas, erre tel un fantôme dans ces lieux chargés d’une histoire qui n’est pas la sienne. Chiyoh n’est plus là, mais le domaine est entretenu, eau et électricité fonctionnent toujours. Il ignore si cela signifie qu’elle continue à s’y rendre, ou si c’est Hannibal qui a pris des mesures pour que le manoir ne soit pas abandonné aux ravages du temps, mais il ne serait surpris dans aucun des deux cas.

Il y a quelque chose d’étrangement intime à revisiter ainsi le passé d’Hannibal, hanter des lieux qu’il n’a lui-même pas revisité depuis des années. Chaque pierre possède son histoire, et Will les écoute parler. Il devine des choses, en retrace d’autres. C’est une intrusion à tous les points de vue, et il en a conscience. Etranger au manoir, il habite les lieux sans réellement y vivre, ne laissant son empreinte nulle-part. Il répète les mêmes gestes jour après jour, suit une routine morne, définie, prisonnier de la même cage que Chiyoh, soumis aux mêmes rituels. Il se sent loin de tout. Il est loin de tout. Il attend.

Il s’efforce de ne pas boire, et lorsqu’il s’autorise à prendre une bouteille de pinot noir de la cuvée personnelle des Lecter, il s'assure d’en apprécier chaque goutte d’une façon qui rendrait le docteur fier de lui. Il tente de déchiffrer certains des livres qu’il trouve dans la bibliothèque, mais la plupart sont en lituanien et leur sens échappe à sa compréhension. Il passe nombre de ses jours dans le cimetière, échappant autant que possible à l’atmosphère parfois trop pesante du manoir. Il déchiffre les pierres tombales, observe les dates, recolle les morceaux. Il prend l’habitude de se rendre sur la tombe de Mischa, et de toujours y laisser des fleurs fraîches. Après quelques jours où la solitude se fait trop oppressante, il se met à lui parler. De tout et n’importe quoi. D’Hannibal, principalement.

C’est avec le nom d’Hannibal sur ses lèvres qu’il s’endort, le dos appuyé contre un côté de la pierre tombale, les pans de son manteau resserré autour de lui. Lorsqu’il se réveille, il fait nuit et des lucioles ont commencé à se former autour de lui. Un craquement distinct lui indique la cause de son réveil et il reste figé, sens en alerte, cherchant l’origine du bruit des yeux malgré la pénombre. Lorsqu’une silhouette se dessine à ses côtés, un soupir franchit lentement la barrière de ses lippes.

« Je commençais à penser que tu ne viendrais pas. »




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MessageSujet: Re: I'll be a thorn in your side till you die ▬ ft. Hannibal Sam 2 Avr 2016 - 3:31


Will & Hannibal



Déjà, le soleil déclinait à l'horizon, laissant une large cicatrice rougeoyante dans le ciel. Debout devant un champ qui s'étendait à perte de vue à travers les ombres naissantes du crépuscule, Hannibal, les yeux rivés vers le ciel, ferma les yeux un instant. Cela faisait quelques heures qu'il marchait, seul, sur un chemin escarpé. L'endroit qu'il cherchait à atteindre se trouvait loin de tout, reclus, presque inatteignable, solitaire. Le sentiment d'être Dante sur le chemin des enfers sonnait juste, et pourtant tel n'était pas entièrement le cas. Pas vraiment.
L'homme avait connaissance de son passé, de ses actes, de ce qui se racontait. Pourtant, aucune image, aucun son... Seulement des odeurs, lointaines et presque effacées. Des sensations et des sentiments. Rien de tangible, ni de palpable. Hannibal rouvrit les yeux et baissa la tête, observant en silence les ombres danser dans les hautes herbes. Depuis combien de temps ces champs étaient-ils laissés à l'abandon ? Ni pâturages, ni agricultures. Seulement une dense végétation s'étendant jusqu'à une rivière aux reflets encore scintillants. Déjà, le chant de grillons s'élevait dans l'air. Apaisant.

Hannibal tourna la tête vers le chemin qu'il avait parcouru, puis sur celui qui lui restait encore à parcourir.
Ses pas le conduisirent au devant d'une grille fermée. Ses doigts se levèrent lentement, touchant une plaque d'un index incertain. Lecter. Son nom balayé, brisé par les flots. Il ne s'en souvenait pas vraiment, et ne pouvait qu'en supposer la véracité. Pourtant... Ses doigts s'enroulèrent autour des barreaux. Les gonds ne grincèrent pas, malgré la rouille et la vieillesse pesant sur la ferraille. Le soleil disparut tout à fait à l'horizon et, tel un fantôme, l'homme fit un pas en avant pour s'avancer au sein du territoire. Le haut manoir qui se dressait derrière les arbres n'était pas encore à portée de main. Hannibal ignorait s'il souhaitait réellement en pousser les portes et découvrir ce qui l'attendait à l'intérieur de ces murs anciens. Pourtant, tel un papillon attiré par la lueur d'une lanterne, il ne pouvait plus reculer. Aucun retour n'était possible pour lui qui ne possédait déjà plus rien... Rien que les vagues successives d'impressions éparses. De peintures floues, inefficaces. Il voulait se souvenir. Mais les souvenirs l'effrayaient. Les craquellements des murs de son palais mental le tourmentaient. Les battements de son propre cœur le terrifiaient.

Ses pas le menèrent jusqu'à une fontaine asséchée. Ses yeux tombèrent sur les feuilles mortes et les banches sèches et gâtées qui jonchaient les pierres. La senteur des arbres, de la sève et des noisettes encore fraîches et tout juste écrasées revinrent en sa mémoire comme un douloureux flux de nerfs et de connexions lumineuses. Les yeux d'Hannibal se posèrent plus loin, alors qu'il s'habituait à la pénombre. Il n'avait prévu ni lampe, ni feu pour se protéger de la fraîcheur nocturne. Les ténèbres l'habillaient, il préférait s'en accoutumer en marchant dans la poussière qui représentait ce passé. Lentement, il dépassa le bassin et continua sa route jusqu'au mur qui faisant l'angle de l'imposante bâtisse. Il leva la main en direction des pierres, mais ses doigts n'en touchèrent pas la surface, se contentant d'en effleurer les murmures insaisissables.
Ses pas crissèrent sur les graviers, alors qu'il contournait le manoir pour s'enfoncer à travers les arbres. La première pierre tombale le figea sur place, un instant. Au loin, à travers les tombes du cimetière, un saisissant spectacle bloqua sa respiration au fond de sa poitrine. Les lucioles, paradoxes de la chaleureuse nostalgie des soirs d'été, survolaient le paysage avec une gracieuse lenteur. Leur lumière dorée venait, par endroit, illuminer le visage de Will qui, assoupi sous son manteau, s'apparentait à un ange.

Hannibal pencha légèrement la tête sur le côté, laissant lentement le souffle retenu s'enfuir de sa gorge et de ses lèvres avant de s'avancer. Une brindille craqua sous son pas, cela ne l'arrêta pas, ni ne le fit sursauter. Tout au plus ce son fit-il ouvrir les yeux clairs du jeune homme à présent éveillé.

« Et nous voici tous deux, au centre d'un tableau abîmé par le temps, où la peinture se craquelle par endroit, et où les dorures s'écaillent. » souffla Hannibal à travers les ombres. « Le froid me glace les veines, mais il me semble que c'est la terreur qui me paralyse. » Était-ce dans ses habitudes de se livrer de la sorte ? Et quelle importance désormais, au sein d'un théâtre délabré par le temps et les drames ? Ses yeux tombèrent sur une pierre tombale, où seules des fleurs nouvelles semblaient avoir été récemment déposées. Machinalement, ses genoux fléchirent pour se poser à terre. Sa main se tendit, effleura un nom, s'y posa entièrement. Il ne pouvait qu'en distinguer les contours abîmés, pourtant, il n'avait aucun doutes. Mischa. Un murmure supplémentaire, hurlé silencieusement et porté par un vent trop léger.

« C'est la souffrance des ombres qui sont ici, qui peint sur mon visage cette pitié. » cita-t-il en s'adressant à Will. « Je suis moi-même devenu une ombre. L'ombre de celui que j'étais, se confrontant à l'opacité de souvenirs effacés et trop longtemps oubliés. J'ai peur de ce que je vois. Pourtant... »

Pourtant il devait continuer. Il tourna la tête dans sa direction, ses yeux croisant violemment les siens, cherchant un point d'ancrage.

« Tu m'attendais. Je pense savoir pourquoi, sans pour autant saisir l'exactitude des faits. »

La main d'Hannibal se détacha de la pierre tombale pour venir se porter sur la joue de son interlocuteur en une caresse presque tendre, à peine tangible. Un effleurement.
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Fonda
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MessageSujet: Re: I'll be a thorn in your side till you die ▬ ft. Hannibal Dim 1 Mai 2016 - 18:11

I'll be a thorn in your side till you die
ft. Hannibal Lecter


Peu à peu, ses yeux s’accoutument à la pénombre, et dans l’obscurité se dessinent les silhouettes indistinctes de stèles oubliées, craquelées par le temps, négligées par les hommes. Ce n’est pas souvent qu’il a l’occasion de se réveiller dans un cimetière, éclairé seulement par le clair de lune et la douce lumière de quelques lucioles qui donnent à la scène un aspect presque féérique, hors du temps. Peut-être qu’il n’est pas réveillé, en vérité. Son regard se pose sur Hannibal, ombre parmi les ombres, immobile, presque intangible, comme prêt à disparaître au premier coup de vent, ne laissant derrière lui qu’un peu plus de poussière et de souvenirs brisés. Mais sa voix n’appartient pas à un fantôme, elle vibre d’une émotion qui n’a rien d’un écho fané et qui résonne en Will avec force.

La main qui se pose sur sa joue est bien réelle aussi, presque chaude contre sa peau engourdie par le froid. Un geste familier, mais seulement pour lui. Il ferme les yeux, exhale lentement et pendant un long moment, aucun mot ne franchit ses lèvres. Le silence les enveloppe délicatement tandis que les lucioles continuent leur valse autour d’eux. Seul le froid lui permet de rester alerte, l’esprit clair bien qu’encore embrumé par le sommeil. Lentement, à contrecœur, sa main vient chercher celle d’Hannibal, l’éloignant de son visage avec douceur. Ses doigts s’attardent un peu trop longtemps, dérobant une chaleur qui ne leur appartient pas, mais la familiarité qui réside entre eux a un goût amer et il rompt le contact abruptement, comme s’il venait de se brûler. Dans un sens, c’est le cas. Ce Hannibal n’est pas le sien. S’il se souvenait, s’il pouvait se rappeler ce qu’ils avaient partagé, ce que Will avait fait, il n’aurait pas dispensé la même tendresse. Il était plus raisonnable d’imaginer qu’il aurait achevé ce que lui n’avait su accomplir. Et pendant des semaines, il l’avait espéré. Il avait espéré qu’Hannibal était vivant, et qu’il reviendrait pour lui. Il était alors plus aisé de faire la paix avec cette idée que d’accepter qu’il était le seul survivant, qu’il était resté derrière. Il n’avait pas anticipé cette situation, et à présent il ne sait que faire, d’Hannibal, de lui-même.

Lorsqu’il rouvre les yeux, l’homme le dévisage toujours avec intensité, et lentement, presque comme s’il avait oublié comment parler, il répond enfin :

« Je ne suis pas sûr de savoir ce que je fais ici non plus. Je n’étais pas convaincu que tu viendrais. » Un euphémisme. Venir jusqu’ici avait été un pari à bien des égards : Hannibal tel qu’il le connaissait n’aurait pu le suivre dans ces lieux dont il s’était lui-même banni, et l’homme à la mémoire parcellée qui se trouvait devant lui n’avait aucune raison de venir le retrouver au milieu de ruines dont l’histoire lui échappait. « Ce que je sais, c’est que je n’ai plus que toi. » C’était ce que tu voulais, n’ajoute-t-il pas. « Tu es parti. » Ce n’est pas une accusation ; un simple constat. « T’attendre n’était pas un choix. »

C’était, simplement, la seule chose qu’il pouvait faire. Attendre. Qu’Hannibal le trouve ou que la mort l’emporte, voire que l’un s’accompagne de l’autre. Il n’y avait plus d’autres alternatives, plus de portes qu’il ne s’était lui-même fermé avant d’en jeter la clé au loin. Il n’a pas de regrets cependant ; ce qui l’attendait derrière ces paliers n’étaient qu’illusions et mensonges, pâles reflets d’une existence qui ne pouvait lui convenir. Mais Hannibal est là. Sinon pour lui, au moins pour découvrir la vérité, et peut-être rendre ses couleurs à un passé terni. Restaurer les pans effondrés de son palais mental. Il a dû se renseigner, il a dû découvrir, les photos, les articles, les témoignages. Il a dû voir le monstre. Il est temps qu’il voie aussi l’homme.

Dans un sens, sa présence est aussi douloureuse que son absence. C’est lui, et ce n’est pas lui. Le manque que Will ressent est écrasant, suffocant. La douceur qui émane de l’autre est presque cruelle. Il prend plus violemment conscience à chaque seconde qui passe de ce qu’il a perdu en même temps qu’Hannibal sa mémoire. Des sacrifices rendus vains qu’il a dû faire pour en arriver là. Le destin se joue de lui.

Il s’écarte légèrement, l’air sombre, et son regard tombe sur la pierre qui porte le nom de Mischa. On a souvent susurré dans les couloirs du FBI qu’il pouvait parler aux morts, mais ce fantôme là n’a rien à lui dire. Ses secrets, tout comme ceux qu’il lui livre, ne quitteront pas la tombe. Il y a quelque chose de réconfortant là-dedans. Mais ce passé qu’ils ne peuvent ressusciter condamne les souvenirs d’Hannibal et il n’appartient pas à Will de déterrer ces cadavres là.

Il se redresse péniblement, les membres ankylosés, la fatigue lisible dans ses mouvements. La distance qu’il place entre lui et Hannibal et inconsciente, mais bien réelle, et il s’agit moins d’un instinct de préservation que d’une façon de se soustraire à une attraction trop présente en dépit du fossé qui les sépare pour le moment.

« Je t’ai laissé une offrande ici, il y a longtemps de cela. Tu ne l’as jamais su. Le temps n’y a pas été favorable. »

Il a sérieusement songé à reproduire ce tableau macabre, mais l’incertitude l’a retenu. Une perte de temps et d’énergie si Hannibal devait ne pas revenir, ou pas à temps. Et même dans cette optique, ce n’était pas une offrande qu’il aurait été en mesure d’apprécier en l’état actuel, ou pas pleinement, pas avec toutes ses implications. Mais cela aurait été une réponse, ou un début tout du moins. Pour comprendre Pygmalion, il faut voir Galatée ; rien n’en dit plus long sur l’artiste que son œuvre. Will n’est peut-être pas le pur produit d’Hannibal, mais il sait également que sans lui pour chuchoter à la chrysalide, le papillon n’aurait probablement jamais éclos.

Il relève les yeux vers l’homme qui le connaît mieux que personne et pourtant ne sait rien de lui, l’air las.

« Je ne sais pas si j’ai encore quelque chose à t’offrir. Pas à cette version de toi. » C’est cruel, il en a conscience, mais ce n’est que la vérité. Peut-être précisément la seule chose qu’il lui reste à offrir. « Mais je peux t’aider à compléter les pages effacées de ta mémoire. »

Il s’approche malgré lui d’un pas, se repent, s’immobilise. Aimants qui s’attirent et se repoussent. Amants aussi, dans une autre vie, un autre univers.

« L’écho de ces souvenirs te parvient encore, pas vrai ? Que ressens-tu en cet instant, ici ? »

Difficile de définir si le ici définissait le domaine des Lecter en général, perdu au fin fond de la Lituanie et bien loin de la vie qu’il s’était bâti avec Bedelia, la tombe de Misha plus précisément ou, tout simplement, Will lui-même. Peut-être les trois à la fois.




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ETR
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MessageSujet: Re: I'll be a thorn in your side till you die ▬ ft. Hannibal Sam 28 Mai 2016 - 19:41


Will & Hannibal



Will éloigné, seul le froid demeurait palpable au bout des doigts d'Hannibal. Lentement, il abaissa la main sans pour autant lâcher son interlocuteur du regard, attentif, silencieux. L'écho des voix se répercutait contre les arbres et les quelques tombes éparses. Il redonnait pourtant vie au lieu, une certaine couleur sur un film en noir et blanc. Hannibal avait besoin de s'y plonger, de s'y accrocher, de retrouver ses teintes perdues.
Les voulait-il ?
Hannibal avait du mal à savoir de quelle offrande Will pouvait bien parler. Ses mots résonnaient comme des énigmes impossible à résoudre à ses oreilles. Un harassant casse-tête enchevêtré dans les fils de sa mémoire brisée.

Cette version de toi.
Cette version de lui.


Quelle autre version y avait-il ?
Il avait l'impression d'être un pantin aux ficelles brisées, tombé dans le vide, vieux, usé, à la porcelaine craquelé, au visage dissloqué. Sans attaches.

Les doigts d'Hannibal réagirent instinctivement à l'approche de Will. Un mouvement fugace, furtif, à peine discernable. Un instinct le poussant à le toucher. Son bras. Son épaule. Sa joue. Le rapprocher de lui.
La question le tira de ses pensées. Ce qu'il ressentait ? Il l'ignorait. Qu'était censé ressentir une coquille vide, sans personnalité, sans mémoire à laquelle raccrocher des mots et des sensations ? Hannibal eut envie de rire, et de hurler tout à la fois. Pourtant, aucun son ne franchit ses lèvres closes, pas même le moindre petit grondement. Ses yeux demeurèrent immobiles, fixés sur Will et son image dans les formes sombres du paysage. Impassible, il tenta de réfléchir. De se focaliser sur ses sens. Sa mémoire effacée. Une émotion quelconque.

« Perdu. » fut le mot qui franchit ses lèvres après un long moment de silence et d'immobilité.

Perdu au milieu d'un endroit qu'il peinait à reconnaître, et qui, pourtant, lui était particulièrement familier. Perdu au milieu d'une mer tumultueuse dans laquelle il était en train de se noyer, de suffoquer, d'agoniser. Perdu dans ses propres sensations indistinctes, ses vies qu'il ne pouvait saisir. Rien de tangible à quoi se raccrocher.
Rien. Mis à part...

« Will. » souffla-t-il. Un nom. Une personne. Comme si cette appellation représentation une sensation, un ressenti, une émotion. Un tout. Un centre. Hannibal le fixa intensément plusieurs secondes durant, le temps d'un battement de cil, d'une respiration ; puis il se détourna à nouveau, fouillant des yeux le paysage. « Je suis perdu au milieu d'un tout. Un tout que je ne reconnais pas, que je ne reconnaîtrais peut-être jamais. La seule chose tangible, c'est toi. Will. Toutes les voies me conduisent indéniablement vers toi. »

Il fit quelques pas dans l'herbe, laissant ses pieds faire craquer les branches mortes éparpillées sur un sol délaissé. L'imposante bâtisse, autrefois sa maison, se dressait comme l'ombre d'une ancienne vie. Un fantôme oublié, surgissant au milieu d'un cauchemar. Hannibal fit quelques pas dans sa direction, la tête dirigée vers les fenêtres fermées.
Couleurs.
Il gravit lentement les marches conduisant à la porte principale. Sa main se posa sur le bois d'une porte battante. Le verrou céda aussitôt, sans clé, alors que cet endroit même en était peut-être une. Hannibal refusait d'allumer une quelconque lumière. L'obscurité seyait à ces lieux oubliés et abandonnés. Leur apporter une étincelle de clarté paraissait déplacé.

Hannibal tourna la tête, cherchant des yeux un fantôme. Ou peut-être Will, plus simplement. Il s'engouffra subitement entre les murs. Happé. Un frisson parcourut son échine alors que ses pas résonnaient sur le sol carrelé. Il ferma les yeux. L'odeur ancienne demeurait encore dans certains meubles recouverts de poussière. Sa main se posa sur une étagère ou quelques bibelots reposaient encore.
Il n'y eut ni de flash, ni de décharge. Rien que le néant. Le silence, toujours. Pourtant, Hannibal sentit ses genoux fléchir. Il entendit un son lointain, une porcelaine qui se casse en rencontrant le sol, tout comme lui, lorsque ses genoux heurtèrent le carrelage.

Il resta ainsi de longues minutes, le cœur battant à ses oreilles, la tête basse, les yeux clos, laissant diverses sensations se frayer un chemin vertigineux jusqu'à son âme. L'obscurité ne devint pas lumière, mais quelques teintes furent ajustées, et des contours redessinés. Une porte ouverte laissa échapper des cris, et des hurlements, à la manière d'un gouffre profond conduisant aux cercles des enfers.
Finalement, Hannibal ouvrit les yeux et rencontra son regard dans les vestiges d'un miroir brisé. Son index se posa à sa surface, il se coupa en s'ancrant dans la réalité. Seul un soupir, semblable à ceux des morts, s'échappa de ses lèvres entrouverte, en même temps que les larmes lâchées par une ancienne retenue. Silencieuses.
Ses doigts se resserrèrent autour de son propre visage reflété puis, lentement, le masque reprit ses formes. Les larmes s’interrompirent, séchèrent, et finirent de se diluer au sang sur la reproduction de son propre visage. Il se releva, posant ses yeux sur des détails comme s'il découvrait l'endroit pour la première fois puis, plus lentement encore, fit demi tour.

Comme s'il n'avait jamais été là, il franchit le portail et s'arrêta à quelques pas de l'entrée de sa mémoire.
S'il se souvenait ? Il ne saurait dire. Tout se mélangeait en une peinture diluée, pâteuse, de mauvaise qualité. Les couleurs brouillaient un paysage qui se dessinait petit à petit, et les contours étaient flous. Mais le fond, lui, était présent. Un fond de savoirs et de certitudes. De souvenirs, peut-être, d'assurance, très certainement.
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