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 Les premières fois sont toujours amères... • Hannibal

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PUS
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MessageSujet: Les premières fois sont toujours amères... • Hannibal Sam 24 Oct 2015 - 14:22



Les premières fois sont toujours amères...
A quoi d’autre pouvaient être destinées les salles d’attente si ce n’était à patienter silencieusement. Certains lisaient des magasines appropriés au contexte du lieu. Chez un médecin, on trouverait de nombreuses revues sur les diverses maladies qui frappaient en ce moment, sur l’éducation des enfants ou bien les différents régimes du moment. Chez un coiffeur, on aurait plus affaire à des magazines people ou des modèles de coiffures impossible à reproduire par nous même dans notre salle de bain. Alors c’était étrange pour la jeune femme de ne pas avoir affaire à des magazines de psychologie dans la salle d’attente d’un psychiatre. C’était peut-être la première surprise que lui réservait cet endroit où elle était venue contre son gré.

Des incidents, il y en avait eu beaucoup chez les Verger, notamment entre Mason et Margot. La relation fraternelle qu’ils entretenaient était tout sauf normale et une fois de plus, ils se l’étaient prouvés. Elle tentant de supprimer son frère, lui, lui brisant le bras en appréciant sa souffrance. Mais comme toujours, c’était elle l’élément perturbateur de la famille. Elle que l’on pointait du doigt, Mason ayant été élevé dans les traditions perpétuées par leur père. Alors c’était elle qui avait dû se rendre chez un psychiatre. Elle qui était considérée comme étant malade. Elle qui devait se plier à la volonté de son frère, et elle savait qu’il ne fallait pas essayer de se soulever contre lui, pas maintenant qu’elle n’était qu’un animal blessé, son bras en écharpe plaqué contre son corps.

Elle était assise sur l’une des chaises noire en cuir matelassé de la salle, attendant son heure. C’était la première fois qu’elle venait et ne savait toujours pas pourquoi elle était là. Elle se laissa aller à un soupir, profitant de la solitude pour se relâcher et relâcher le contrôle qu’elle avait sur tout en permanence. Elle portait ce jour là un chemisier de couleur grise aux motifs brodés de fils d’argent, mettant royalement ses yeux vert en valeur. Ses cheveux châtains avaient été laissé lâches, ondulant naturellement sur ses épaules dans une épaisse cascade qui semblait aussi indomptable que la jeune femme. Son bras droit était fermement maintenu contre son corps dans une écharpe bleue qui agaçait particulièrement la jeune femme qui ne la trouvait pas du tout à son goût, mais qui avait l’avantage de placer sa main plus en avant et de mettre en premier plan la chevalière en or, frappée du blason familial, qu’elle portait au petit doigt. Ses jambes fines étaient habillées d’un pantalon droit, simple et noir qui lui était confortable. Enfin, à ses pieds, des bottines noires lacets, montées sur des talons aiguilles, simples mais élégantes, à son image.

Le docteur Lecter avait été recommandé auprès des Verger par le médecin qui s’était occupé du bras de Margot. Quand l’aîné de la famille avait fait par de son souhait d’emmener sa sœur cadette de quelques minutes voir un spécialiste, il lui avait tendu le numéro du cabinet de ce psychiatre, lui assurant que c’était une personne de grande renommée. Et de fil en aiguille, la jeune femme s’était retrouvée assise dans cette salle d’attente. C’était la première fois qu’elle se rendait ici et ne doutait pas une seconde de ne pas avoir besoin de ce genre de rendez-vous. Elle ne faisait que plier l’échine devant son bourreau. Une fois de plus.

Le regard de la jeune femme se porta sur la pièce, admirant ses murs gris clairs. Le sol n’était qu’un lino étrangement propre, couvert d’un tapis qui commençait à souffrir de son âge. Quelques cadres étaient accrochés au mur, harmonieux et dans les tons de la pièce. Tout laissait penser à la neutralité dans cet environnement couvert de nuances de gris allant même du noir au blanc. Et ce type d’environnement mettait Margot en confiance. L’élégance du lieu lui laissait penser qu’il convenait au rang qui était le sien et elle finit même par se sentir à son aise dans cet endroit qui lui semblait si étrange à son arrivée.

De longues minutes passèrent et la jeune femme voyait l’heure s’approcher de son rendez-vous. L’insoumise qui dormait au fond d’elle lui ordonnait de partir mais la curiosité ne pouvait que l’inciter à rester. Et puis, si ce psychiatre pouvait l’aider à résoudre ce problème qu’était son frère, peut-être finirait-elle par être reconnaissante auprès de lui ?

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ETR
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MessageSujet: Re: Les premières fois sont toujours amères... • Hannibal Mar 27 Oct 2015 - 3:30


Margot & Hannibal

Cela faisait quelques minutes, déjà, que le dernier rendez-vous du Docteur Hannibal Lecter s'en était allé. Après avoir remis un brin d'ordre dans son bureau, le psychiatre attrapa son agenda et, de ses longs doigts fins, ouvrit les pages à la date du jour. Son index s'arrêta sur le prénom de Margot Verger, inscrit à l'encre de chine sur le carnet. Il se souvenait, en effet, avoir eu une conversation avec leur médecin de famille qui avait recommandé la jeune femme à ses soins ; le nom de cette famille n'était pas étranger aux oreilles du Dr. Lecter. D'après ses souvenirs, il s'agissait de producteurs de bétails depuis plusieurs années, plus particulièrement tourné vers l'élevage de porcs. Cela fit naître l'ombre d'un sourire sur ses lèvres. Amusant. Il referma son agenda et le reposa lentement sur le bureau. Il leva légèrement son poignet afin d'avoir vue sur l'heure qu'affichait sa montre : 16h57. Le rendez-vous avec la jeune Margot Verger débuterait dans trois minutes, très exactement. Hannibal prit une profonde inspiration, prêt à en découdre avec cette nouvelle patiente. Il était curieux de savoir quels problèmes l'amenaient exactement ici. Elle n'avait pas elle-même prit rendez-vous, c'était son frère qui avait appelé, quelques jours plus tôt dans la semaine, ce qui attisait d'autant plus la curiosité du psychiatre. D'un pas souple, mais lent, il se dirigea jusqu'à la porte menant à la salle d'attente et l'ouvrit. Une jeune femme se tenait là, seule – elle était la dernière patiente d'Hannibal –, droite et fière malgré son bras en écharpe. Un fin sourire étira les lèvres du docteur Lecter, empreint de politesse :

« Bonjour, mademoiselle Verger. » la salua-t-il d'une voix onctueuse. « Vous vous en doutez sûrement, mais je suis Hannibal Lecter. » ajouta-t-il en lui tendant la main pour venir serrer celle que la jeune femme avait encore de libre et d'intacte. « Je vous en prie, entrez. »

Hannibal laissa Margot Verger passer devant lui, s'écartant d'un pas pour la laisser pénétrer dans son bureau, puis referma la porte de la salle d'attente. D'un geste, il indiqua à la jeune femme qu'elle pouvait prendre place où elle le désirait ; chose faite, il prit lui-même place sur l'un des fauteuil en cuir et croisa les jambes, silencieux quelques instants. Les premiers entretiens étaient toujours importants, il s'agissait d'une rencontre, de premières impressions. Hannibal ne lui conviendrait peut-être pas, peut-être lui-même n'aurait-il pas non plus envie de faire son suivi thérapeutique. Ces choses pouvaient arriver... Bien que le docteur Lecter essayait autant que possible d'éviter ce genre d'événements. Posant son carnet sur ses genoux, il encouragea, d'un geste, la jeune femme à s'exprimer tout en lui posant quelques questions de routines pour démarrer les premières entrevues :

« Si j'ai bonne mémoire, c'est votre frère que j'ai eu au téléphone, pour votre rendez-vous. Cela est assez inhabituel, j'en conviens... Êtes-vous ici de votre plein grès, mademoiselle Verger ? »

Il était trop tôt pour songer l'appeler par son prénom ; c'était ainsi qu'Hannibal, et la plupart des psychiatres – ou psychologues – s'entretenaient avec leurs patients, mais lors d'un premier entretien, cela aurait pu paraître intrusif, impoli, voire condescendant. Aussi s'en tenait-il aux formalités d'usages. Les Verger étaient une puissante famille, du côté des finances, en tout cas. Une certaine éducation ressortait du personnage de la jeune Margot, et Hannibal pouvait également sentir en elle un profond contrôle de sa personnalité, et de ses sentiments. Ce premier jugement lui permit d'affirmer qu'il l'appréciait assez pour la trouver intéressante. Bien sûr, il ne pouvait pas encore le déterminer tout à fait, mais la première impression était bonne, impeccable.

« Je ne vous demande pas cela pour vous mettre dans l'embarras, mais tenter quoique se soit avec une personne n'étant pas consentante ou désireuse de se faire aider est souvent peu concluant, je pense que vous le comprenez. » un sourire vint ourler les lèvres du docteur Lecter qui plongea son regard ambré dans ceux de sa patiente, comme pour venir lire au plus profond de son âme. Le contact ne dura que quelques secondes. « Pourquoi êtes-vous venu me voir ? » lui demandai-t-il finalement, car telle était la question centrale de tous ses rendez-vous. Qu'est-ce qui poussait ses patients à venir le consulter ?
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MessageSujet: Re: Les premières fois sont toujours amères... • Hannibal Jeu 29 Oct 2015 - 21:19



Les premières fois sont toujours amères...
Tic. Tac. Tic. Tac. La montre que la jeune femme portait à son poignet était la seule chose capable d’émettre un son dans cet espace clos, marquant à chaque seconde le temps qui passait et que Margot avait l’impression de perdre. Elle releva le menton, observant de ses yeux ronds l’environnement qu’elle avait déjà détaillé plusieurs fois durant tout ce temps qui semblait s’étirer encore et encore. Et finalement, la porte s’ouvrit. Surprise, la jeune femme se redressa d’un mouvement brusque, reprenant le contrôle sur elle-même et la droiture qui lui était si familière. Le docteur Lecter se tenait là, devant elle, et la salua poliment d’une voix basse qui était très agréable. D’un bref regard, la jeune femme le toisa, essayant de savoir si, oui ou non, il pourrait être ouvert durant la discussion qui allait suivre. Il semblait tiré à quatre épingles et devait aisément faire partie des hautes sphères d’où était également issue la jeune femme. Coïncidence ? Ou bien le médecin qui l’avait soignée avait veillé à ce qu’elle se sente dans un environnement familier ? De nombreuses questions traversèrent l’esprit de la demoiselle Verger tandis qu’elle se dressait sur ses pieds afin de répondre à la main tendue par Lecter.

Il eut la délicatesse d’ajuster son geste, lui tendant une main qu’elle pouvait saisir, pas celle qui aurait entraîné un moment gênant voir déroutant pour eux deux. Elle ne lui sourit pas, arborant cette façade indifférente qui lui allait si bien, tout en plongeant son regard dans le sien sans nulle crainte. Elle lui serra la main avec délicatesse, sa poigne étant tout aussi bien ajustée que son vis-à-vis. « Docteur. » Solennel, distant, sans pour autant se montrer froide et totalement fermée à cette rencontre, bien qu’elle était très réticente à cela. Il l’invita cependant à entrer et ce fut dans l’obéissance la plus totale que la jeune femme s’exécuta.

Instantanément et comme elle l’avait fait dans la pièce où elle se trouvait auparavant, elle regarda autour d’elle. Levant d’abord les yeux, elle observa avec un certain respect la bibliothèque en mezzanine ouverte qui faisait le tour de la pièce. Puis, son regard se posa sur le bureau en bois du docteur, large, imposant. Tout était décoré avec parcimonie dans un accord parfait et dans la classe la plus grande. Vraiment, il fallait au moins reconnaître que cet homme, docteur ou charlatan, avait du goût. Margot respectait cela. Ses yeux se posèrent ensuite sur la banquette rouge. Elle imagina à cet emplacement de nombreuses personnes mais, sans savoir pourquoi, ce fut son frère Mason qu’elle voyait le mieux allongé là, prenant ses aises, se pavanant comme un paon dans cet endroit qu’il aurait sali par sa présence. Un porc parmi les porcs.

Elle posa son sac à main sur un autre fauteuil et le docteur Lecter s’installa sur celui qui se trouvait en face. Margot, elle, resta debout, la main posée sur le dossier en cuir et observant cet homme qu’elle ne connaissait pas. Si elle était entrée sans broncher, elle n’était pas prête à s’asseoir, au contraire. Elle aimait particulièrement rester debout, même face à son bourreau. Posant son carnet sur ses genoux, le psychiatre reposa son attention sur sa patiente. D’un geste léger de la main, il l’invita à prendre la parole, essayant lui-même d’engager la discussion. La question qu’il lui posa la dérouta autant qu’elle l’amusa. Un léger sourire en coin se dessina sur ses lèvres tandis que son regard s’appuya un peu plus dans celui du docteur. « Je ne porte pas de chaînes, docteur. Par conséquent, pouvons-nous en déduire que je suis ici de mon plein gré ? » Sa voix était assez grave tant elle parlait avec contrôle.

Il reprit la parole, argumentant sa question précédente en soulignant le fait qu’une personne qui ne serait guère la de son plein gré serait plus réticente et d’autant plus il serait inutile pour elle de venir. Elle nota cette information dans un coin de sa tête et baissa le regard, réfléchissant quelques instants et s’échappant à celui du docteur. Non, elle n’avait pas souhaité cette rencontre. Jamais elle n’aurait pensé avoir besoin d’aller voir un professionnel pour se faire aider, pas elle. Mason. C’était Mason qui devrait consulter plutôt qu’elle puisqu’elle était tout sauf un danger ou instable. Ou plutôt, elle ne l’était qu’avec lui. Et finalement, la question essentielle. Pourquoi ? Pourquoi était-elle ici ? Pour quelle raison avait-elle du se rendre dans ce cabinet en cette journée quand elle aurait pu poursuivre sa vie et faire autre chose de son après-midi ?

Elle s’éloigna du fauteuil, faisant glisser délicatement sa main sur son dossier avant de se diriger vers la fenêtre. Silencieuse, elle observa à l’extérieur du bâtiment, le monde qui l’entourait. Le quartier était plutôt bien situé et bien fréquenté. Un quartier encore à l’image du docteur qui y consultait. Et finalement, elle se retourna à moitié vers le docteur, lui offrant un nouveau sourire mi-amusé, mi-sérieux. « J’ai tenté de tuer mon frère. » Elle observa alors la réaction de l’homme qui lui faisait face, comme cherchant à tester ses limites et à voir si une pareille nouvelle pouvait le décontenancer. Puis, elle observa de nouveau l’extérieur. « Il y a une quinzaine de jours… J’ai… Échoué. » Oui, Margot était un échec, n’était-ce pas ainsi que son père la voyait. Un échec de plus et cette tentative de meurtre sur son frère n’était qu’une preuve supplémentaire de la raison de feu le patriarche familial de la famille Verger.

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MessageSujet: Re: Les premières fois sont toujours amères... • Hannibal Lun 2 Nov 2015 - 14:24


Margot & Hannibal

Les yeux levés sur mademoiselle Verger restée debout, Hannibal pencha légèrement la tête sur le côté, intrigué. Elle ne détournait pas le regard, fière, maîtrisée, différente de tous les habituels patients qu'il pouvait recevoir au quotidien. Cela avait un aspect agréable, presque reposant. Bien sûr, toutes ces apparences n'étaient que façades, mascarades mais la prestance semblait réelle, tirée d'une certaine éducation. A la réponse de Margot, l'ombre d'un sourire vint finement étirer les lèvres du docteur Lecter ; qu'elle n'ait pas de chaînes prouvait seulement qu'on lui laissait assez de leste pour lui faire croire qu'il lui était possible d'agir comme bon lui semblait. Peut-être en était-elle consciente, peut-être pas...
Le contact visuel fut rompu lorsqu'elle partit dans une brève réflexion, profitant de ce court instant de silence pour se déplacer à travers la pièce, de quelques pas. Le psychiatre suivit ses mouvements du regard, impassible, et accompagna ses yeux vers l'horizon avant de reporter son attention sur le fauteuil vide en face de lui, ne gardant la jeune femme en visuel que par sa vision périphérique, pensif à son tour, réellement curieux de savoir pour quelle raison la jeune femme était venue à lui – ou avait été envoyé à lui.

Margot se retourna légèrement dans sa direction, captant de nouveau son attention entière. Le Dr. Lecter, de ses yeux ambrés, vint profondément la transpercer du regard, à nouveau ; le sourire de la jeune femme oscillait entre l'amusement et un étrange sérieux. Sa révélation n'eut aucun impact visible sur le visage du psychiatre qui, pourtant, sentit son intérêt remonter d'un cran supplémentaire. La jeune femme ne tournait pas autour du pot ; il était parfois étonnant de constater comme beaucoup de personnes pensaient que le secret professionnel pouvait tout couvrir. Mais si elle était là, aujourd'hui, et que son frère avait appelé Hannibal quelques jours auparavant pour fixer une date de rendez-vous, personne n'avait porté plainte, personne ne voulait sans doute entacher le nom de la famille. Le docteur Lecter le savait, et une telle révélation l'amusa au plus haut point. Il se contenta de garder ses yeux ancrés dans ceux de mademoiselle Verger, intense, captivant, tandis qu'elle le scrutait avec le même intérêt que lui. Une fois encore, elle rompit le contact en se tournant vers l'extérieur. Hannibal se redressa légèrement dans son fauteuil, croisant les jambes et ouvrant son carnet de notes sans pour autant rompre le silence qui se prolongea quelques minutes, non par gêne. Ceci explique cela... songea-t-il tandis que ses yeux tombaient imperceptiblement sur le bras en écharpe de la jeune femme. Finalement, la tête tournée dans la direction de sa patiente, il reprit la parole pour lui répondre par une question :

« Comment vous positionnez-vous, par rapport à cet échec ? »

Lui demanda-t-il comme s'il ne s'agissait que d'une faillite habituelle, courante dont il lui fallait parler. D'un geste de la main, il lui fit de nouveau signe de s'asseoir en face de moi, il n'était guère agréable de tendre le cou pour suivre ses déplacements ; bien qu'il n'y soit pas foncièrement opposé, il trouvait seulement cela plus commode, en l'occurrence. L'intérêt du Dr. Lecter venait d'être éveillé par les propos de cette jeune femme si détachée ; y avait-il une raison particulière ? Voilà qui était intéressant à creuser. Pourquoi son frère en particulier, se sentait-elle menacée, inférieure, exclue de la famille, défavorisée face au frère préféré ? Ou bien peut-être n'était-ce que de la curiosité...

« Je vous en prie, parlez en toute liberté, ajouta-t-il, Que pensez-vous de votre geste, comment vous sentez-vous ? » Je suis curieux de le savoir, mademoiselle Verger, quels secrets cachez-vous donc, au sein de votre famille ? Songea le Dr. Lecter qui se pencha légèrement en avant, les mains jointes au-dessus de son carnet toujours ouvert sur ses genoux. « Fantasmiez-vous depuis longtemps, avant de mettre vos pensées en acte ? » Imperceptiblement, il pencha la tête sur le côté, les yeux de nouveau rivés dans ceux de sa patiente, durant un instant plus bref, cependant, moins intrusif. La voix d'Hannibal était distante, mais chaleureuse, rien n'avait changé, ni son attitude, ni son ton, seulement sa perception de la situation, et, surtout, de sa nouvelle patiente qui ne manquait nullement d'attrait.
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MessageSujet: Re: Les premières fois sont toujours amères... • Hannibal Ven 6 Nov 2015 - 9:16



Les premières fois sont toujours amères...
Tic. Tac. Tic. Tac. Il n’avait pas réagi. Dans le fond, cela ennuya Margot de constater qu’elle semblait si banale, si semblable à tous les autres. Elle avait espéré le choquer, ou bien le faire tiquer légèrement. Mais le docteur qui lui faisait face était bien trop professionnel pour se permettre une telle erreur. La manière dont il gérait la situation lui rappelait sa propre personne et l’intérêt qu’elle portait à cette rencontre et ces séances avec un psychiatre lui semblèrent soudainement bien plus intéressantes. Mais le goût amer de l’échec demeurait en elle et mettre ce mot sur ce fait était encore plus dur qu’elle ne pouvait le penser. Elle aurait dû le tuer. Elle aurait dû prendre la vie de Mason et laisser son héritage s’envoler contre une liberté sans équivoque. Qu’étaient le luxe et l’argent à côté d’un corps et d’un esprit libre ? Peu de choses. Mais la jeune femme semblait bien trop attachée à tous ces privilèges qui l’avaient façonnée depuis sa naissance que son geste n’en restait que plus retenu. A moins qu’il ne s’agissait d’autre chose ?

Le regard posé sur l’extérieur, elle laissait ces pensées lui traverser l’esprit quand Hannibal Lecter reprit la parole, attirant son attention et la forçant à se retourner pour lui faire face. Elle s’exécuta alors, écoutant avec attention l’interrogation qu’il lui posa. Puis, d’un geste de main, il l’invita à le rejoindre et à prendre place dans le fauteuil qui se trouvait non loin de lui. La jeune femme observa alors l’assise en cuir matelassé avec méfiance, s’approchant à pas mesuré de lui tandis que le psychiatre qui s’occupait d’elle poursuivit ses interrogations. Comment se sentait-elle vis-à-vis de cet échec ? Elle n’y avait pas réfléchi encore. A dire vrai, elle ne pensait pas à avoir à réfléchir à cela. C’était un échec. Point. Y avait-il seulement autre chose à ajouter à ce sujet ?

Elle n’avait pas à masquer ses mots, à essayer de les formuler de la plus belle des manières pour voiler une partie de la vérité. Pour une fois, elle pétait libre de s’exprimer comme elle le souhaitait, sans censure à placer où que ce soit. C’était rare et cette idée lui plaisait, d’autant plus que l’intérêt qu’elle portait pour le docteur ne faisait que grandir à chaque question qu’il posait. Il semblait décidément bien ouvert d’esprit et prêt à l’aider, quelque soit les problèmes que rencontrait la jeune femme. Il lui demanda même comment elle se sentait. Elle prit alors place dans le fauteuil, se tenant toujours aussi droite et fière. Elle laissa le silence s’installer légèrement, se montrant pensive, le regard baissé vers le sol. Elle n’avait jamais été quelqu’un qui parlait sans réfléchir auparavant à ses pensées, au contraire. Toujours sous contrôle. S’en était presque effrayant.

Elle poussa un soupir et laissa son dos reposer contre le dossier du fauteuil avant de relever le regard vers le docteur. « Amère. » C’était le mot le plus juste concernant la manière dont elle percevait son échec. Il était décevant autant qu’habituel. Elle pinça légèrement les lèvres. « Je me sens amère. Et cet échec m’a d’avantage couté qu’il ne l’aurait dû… » Elle posa le regard sur son bras en écharpe. Le craquement sonore de l’os qui s’était brisé dans une clé de bras sans retenue la fit frissonner. Margot prit une profonde respiration, croisant les jambes et posant sa main valide sur la cuisse qui se trouvait au-dessus. « J’ai longtemps été habituée aux échecs, et pourtant, celui-ci est plus dur à encaisser. La mort de mon frère aurait libérée bien des maux, et j’ai été incapable de le faire. »

Elle releva son regard sur celui qui se tenait en face d’elle, l’observant avec attention. Margot n’aimait pas les hommes. Pas depuis que Mason la traitait comme un animal et que son père avait agi de la même manière, que ce soit avec sa mère ou avec elle. Il était rare qu’un homme puisse créer une relation de confiance avec elle et pourtant, elle se sentait en sécurité avec le docteur Lecter. Cet homme envoyait vers elle un sentiment de chaleur et de paix. Pas une paix intérieure, loin de là, mais une paix momentanée qui lui permettait de mettre ses émotions fortes de côtés et de mettre des mots sur elles. Elle réfléchit un dernier instant à sa dernière question, essayant de se montrer honnête avec elle-même, ainsi qu’avec le psychiatre. Et finalement… « C’était prémédité, oui. Je ne sais si on peut véritablement penser de fantasme, mais c’était un acte que j’avais mis en place point par point. » C’était peut-être cela qui rendait l’échec encore plus difficile à accepter. Elle s’était organisée, et pourtant, elle s’était montrée trop faible pour y parvenir.

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MessageSujet: Re: Les premières fois sont toujours amères... • Hannibal Lun 9 Nov 2015 - 16:52


Margot & Hannibal

La défaite semblait avoir un goût de revenez-y, pour Margot qui, si elle en avait l'habitude, ne pouvait pourtant pas s'empêcher d'être visiblement déçue. Le remord n'entrait pas en ligne de compte ; tant mieux. Intrigué par les propos de la jeune femme, le docteur Lecter pencha légèrement la tête sur le côté, attentif et à la fois impassible, ne transmettant à sa patiente que le nécessaire pour qu'elle puisse se confier à lui en toute sécurité, sans crainte d'être jugée ou dénoncée. Le métier d'Hannibal était très ambivalent, et on jugeait souvent qu'on pouvait tout lui raconter, les moindres petits secrets. Parfois, cela équivalait à des aveux criminels, comme c'était présentement le cas. En toute logique, il était avant tout tenu à ses devoirs envers la loi, mais Hannibal Lecter plaçait le secret professionnel sur un piédestal supérieur. A quoi bon trahir la confiance d'un patient ? Ce n'était pas à lui de décider à leurs places, il leur donnait seulement des pistes pour agir en leur âme et conscience, en équilibre avec eux-mêmes. En ce qui concernait Margot, elle semblait savoir exactement ce qu'elle faisait. Ni maladie, ni folie. Elle avait seulement besoin d'aide, c'était indéniable... mais dans quel domaine ? L'ombre d'un sourire apparut sur les lèvres du psychiatre qui referma doucement son carnet de consultations. Il n'avait pas réellement besoin de prendre des notes pour cet entretien.

« Voulez-vous me parler de cette élaboration ? » demanda Hannibal, la tête légèrement penchée sur le côté.

Le docteur Lecter ne pouvait que porter de l'intérêt à la situation de Margot, jeune femme de bonne famille qui avait tenté de tuer son frère de manière froide, calculée, préméditée. Hannibal ne connaissait pas les tenants et les aboutissants de cette histoire, ni même les enjeux ou les rivalités fraternelles. Il allait sans dire que mademoiselle Verger répondait seulement aux questions posées, sans chercher à s'étendre réellement sur le sujet. Le manque de confiance entrait en ligne de compte, mais pas seulement. Margot Verger ne semblait pas faire partie de ces personnes appréciant confier ses sentiments à qui que se soit, trop fière, trop orgueilleuse, mais également réaliste. Face à son échec, elle ne pouvait nier avoir besoin d'être concrètement aidée.

« Votre frère a bien fait de téléphoner. » déclara finalement le docteur Lecter et réajustant sa position dans le confortable fauteuil. « Il est parfois utile de mettre ses problèmes à plat, et je pense pouvoir vous aider. »

Le psychiatre soutint son regard. L'aider, certainement, mais dans quel sens du terme ? La signification était large. D'un œil inébranlable, Hannibal observait les réactions de la jeune femme avec intérêt et un amusement s'accroissant de minutes en minutes. Il se demandait jusqu'à quel point elle souhaitait voir son frère mort ; ce n'était pas par plaisir qu'elle tentait de commettre cet acte – même si voir cet homme six pieds sous terre lui apporterait sans nul doute soulagement et satisfaction –, mais par intérêt. Intérêt et confort, peut-être ; elle semblait en tout cas être soumise à une autorité à laquelle elle souhaitait se soustraire.

« Vous avez commis une erreur. Pensez-vous qu'il vous soit possible de la réparer ? »

Hannibal parlait en double sens. De l'erreur d'avoir tenté de tuer son frère, ou de l'erreur qui subsistait dans le plan qu'elle avait pu élaborer. Réparer la faute commise envers son frère, ou réparer ladite erreur, par le futur, en tentant une nouvelle approche peut-être plus subtile, moins radicale mais plus efficace. Hannibal plongea ses yeux d'ambre dans ceux de Margot Verger, curieux de savoir la tournure que prendraient ces entretiens. Elle semblait être une jeune femme intelligente et, surtout, psychiquement endurante. Qu'allait-elle décider de comprendre et de révéler en contrepartie ?
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MessageSujet: Re: Les premières fois sont toujours amères... • Hannibal Mer 18 Nov 2015 - 11:00



Les premières fois sont toujours amères...
La question ne surprit nullement la jeune femme. Il était évident que le psychiatre finirait par s’intéresser véritablement à ce geste désespéré qu’elle avait eu. Margot l’observa attentivement, le scrutant de ses yeux légèrement plissés, cherchant à comprendre la motivation qu’il avait lui dans cet entretien. Elle nota particulièrement le léger sourire, presqu’invisible, qui était apparu sur ses lèvres avant de porter son intérêt sur la chose. Était-ce là simplement un signe digne de tout praticien, ou bien cela signifiait-il l’intérêt du docteur Lecter à l’égard de son histoire et de tout ce qu’elle pourrait raconter ? L’air de rien, cette réaction ne fit que créer plus de réticence face à la demande du médecin. Mais la docile jeune femme reprit d’un ton monotone : « Mon frère m’a toujours… dominée. Il fallait que je profite d’un moment de faiblesse de sa part et j’espérais que son sommeil me l’apporterait. Mais j’aurais dû m’assurer que Mason dormait réellement avant de tenter quoique ce soit… J’ai été peu précautionneuse, je le reconnais… Et c’est finalement lui qui a repris le dessus. » Elle ne souhaitait pas s’étendre. Elle n’avait nullement envie d’expliquer pourquoi elle avait agi aussi imprudemment, de s’ouvrir en énonçant une à une les raisons qui l’avaient poussée à agir de la sorte ou encore, la manière dont elle avait essayé de s’y prendre pour détruire celui qui était à l’origine de tous ses mots.

Il y avait tant à dire, en réalité. A commencer par le fait que Margot n’était héritière que par procuration. Elle n’avait rien, en réalité, et n’aurait rien si son frère venait à disparaître. Leur père avait fait les choses de telle manière que seuls les héritiers mâles de la famille pourraient jouir du luxe que pouvait offrir leur famille. Margot ne vivait donc de manière confortable uniquement parce que son frère acceptait qu’elle ne le fasse à ses côtés. Il « aimait » sa sœur suffisamment pour lui permettre de telles choses. Mais elle ne pouvait tout simplement pas vivre sans lui, sans quoi les entreprises Verger ne seraient plus qu’un lointain souvenir et elle serait bien seule et sans aucun moyen de subvenir à ses besoins. Une voix lui hurlait qu’elle n’en avait que faire mais elle se savait bien trop attachée à tout cela pour la croire sur parole. L’autre solution qu’elle avait était de mettre au monde un héritier, mais là encore de nombreux problèmes se soulevaient. Son frère souhaitait un enfant Verger, un vrai. Il n’avait guère fallut longtemps à la jeune femme pour comprendre les sous entendus de telles paroles. Le fruit d’un inceste répugnant, voilà ce qu’il lui demandait. Rien ne pouvait la dégouter d’avantage que cette pensée. Elle était une Verger. Son enfant à elle devrait suffire pour réaliser ce souhait, non ?

Mais Margot était dégoutée des hommes depuis que Mason avait osé commettre l’irréparable. Elle ne pouvait plus être attirée par l’un d’eux, pas physiquement, pas sexuellement. Les femmes étaient les seules à trouver grâces aux yeux de la belle héritière qui ne pouvait cependant pas vivre ses passions comme elle le souhaitait sous peine de souffrir et de faire souffrir quelqu’un d’innocent. Elle s’était alors refermée sur elle-même, s’isolant et se créant son propre monde empli d’horreur, de maux mais aussi d’espoirs. Un jour, elle le savait, elle saurait se dérober à la terreur familiale. Mais ce jour semblait ne rimer qu’avec celui de la mort de son frère.

Hannibal Lecter reprit la parole, accordant raison au frère de la jeune femme. Le regard de Margot se voila de noir, semblant comprendre qu’un complot se formait autour d’elle et que ce psychiatre n’était qu’un pion de plus dans la poche de son frère. Qui pouvait véritablement l’aider quand bien du monde lui avait tourné le dos ? Le reste de sa famille la pensait étrange, bizarre, décalée du moule dans lequel on l’avait pourtant formée. Mais le docteur, lui semblait la trouver tout à fait normale et c’était bien cela qui rassurait la jeune femme dans le cabinet. Elle n’avait nulle crainte et se sentait presque bien. Elle ne détourna pas son regard du sien, attendant simplement qu’il continue son raisonnement. Il parla alors d’erreur à réparer. Si la question pouvait être à double sens, la jeune femme n’en vit qu’un seul. « Oh, mais je sais exactement comment réparer cela… » Elle n’avait guère besoin d’en dire plus. Il comprendrait certainement quel sens elle voyait dans sa question ainsi que celui qu’elle mettait dans sa réponse. Elle redressa le menton, lançant presqu’un défi au docteur. Elle ne devait pas formuler clairement ses propos, l’éthique ne le permettait pas. Mais comme il le faisait, elle jouait de non-dits et de double sens. La discussion devenait véritablement plaisante à ses yeux et ce fut avec un léger sourire au lèvres qu’elle laissa son dos trouver appui contre le dossier du fauteuil, gardant cependant un port altier.

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MessageSujet: Re: Les premières fois sont toujours amères... • Hannibal Mer 2 Déc 2015 - 10:49


Margot & Hannibal

Il allait sans dire que la jeune femme avait du cran. Du cran. De la prestance. Mais guère d'éloquence. Elle ne faisait que répondre aux questions posées, ne semblait pas avoir envie d'aller plus loin dans ses réflexions. Du moins pas oralement. Hannibal croisa confortablement ses jambes alors que sa patiente répondait à ses questionnements implicites. Margot Verger avait elle-même choisit quel sens donner aux paroles de son psychiatre, il pouvait le voir au fond de ses yeux clairs et froids, dénués d'émotions et pourtant emplis de frustration, de désir, de haine. Un mélange explosif intéressant, qui attendait seulement d'être allumé au bon moment, et de la bonne manière. Très légèrement, le docteur Lecter pencha la tête sur le côté, comme pour avoir un meilleur angle de vue sur la jeune femme. Seuls ses yeux démontraient son intérêt particulier pour cette conversation tandis que son visage demeurait aussi impassible et contrôlé qu'à l'accoutumé.

Margot semblait avoir une idée précise derrière la tête, mais était-elle convenable, suffisamment efficace, réussirait-elle à mettre en place assez d'éléments, tant physiques que mentaux, pour parvenir à ses fins ? Trouverait-elle le moyen de surpasser la soumission et l’obéissance qui semblait faire partie de son quotidien ? Son frère devait avoir une emprise certaine sur elle. Hannibal appuya son menton entre ses doigts, tandis que son coude allait s'appuyer sur l'un des accoudoirs. Il était curieux de savoir si, oui ou non, Margot allait poursuivre son but, et finalement l'atteindre. Oui, vraiment curieux. Il s'interrogeait sur les possibilités qu'avaient Margot de s'élever au rang de Caïn tuant Abel ? Le premier crime de l'histoire de l'humanité, symbolisé par un meurtre fratricide.

« Vous semblez avoir déjà réfléchi à la question, mademoiselle Verger. »

Hannibal plongea ses yeux dans ceux de la jeune femme, une fois de plus, alors que celle-ci se laissait aller contre le dossier du fauteuil. La situation était loin d'être limpide, bien qu'elle fut simple en soi. Margot Verger, sous le joug d'un frère écrasant, souhaitait se libérer de son influence, se transformer librement en papillon et, dans sa splendeur et dans sa grâce, voler de ses propres ailes. Oui, la jeune femme avait tout d'un papillon ; la beauté encore enfermée dans un cocon serré et embarrassant, l'élégance discrète et pourtant qui promettait de se montrer majestueuse. Tout était sujet aux métamorphoses. Le plus intéressant était de voir en quel sens elles pouvaient bien opérer. En tant que psychiatre, Hannibal était un guide pour tous ses patients, leur montrait les différents chemins possibles, les voies à explorer. Le libre arbitre demeurait important, dans toutes relations humaines : à quoi bon forcer la main de quelqu'un dans son propre devenir ?

Pour l'heure, Hannibal décida de ne pas creuser trop rapidement dans la direction du meurtre, des plans, et tout ce qui pouvait en découler. Il fallait au psychiatre une vision claire et précise de la situation, ce que Margot ne semblait pas très encline à lui fournir si facilement. Les confidences à un inconnu, elle ne pouvait se les permettre. La méfiance l'agitait. Après tout, Hannibal avait eu son frère au téléphone, elle ne savait pas ce qu'ils avaient bien pu se dire. Heureusement pour elle, le psychiatre ne prenait pas partie pour le moment, il se montrait seulement curieux, et ne demandait qu'à voir de quelle façon Margot Verger allait bien pouvoir évoluer.

« J'aimerai que vous me parliez de votre frère. » déclara-t-il finalement. « Ainsi que de votre famille. »

Hannibal plongea ses yeux dans ceux de la jeune femme, neutre, en miroir à l'expression impassible que Margot lui renvoyait. Ils se réfléchissaient l'un dans l'autre, l'un l'autre. Le docteur Lecter posa délicatement son carnet de notes sur la table en verre à côté de son fauteuil. Inutile de prendre des notes de cet entretien. Pas devant la patiente, en tout cas, il souhaitait que toute son attention soit porter sur la situation et les paroles de la jeune femme.
La situation était simple, oui. Mais le fond, l'était-il ? Que souhaitait réellement Margot ? Seulement la mort de son aîné, ou également l'héritage de la fortune des Verger ? Ou bien tout autre chose ?
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MessageSujet: Re: Les premières fois sont toujours amères... • Hannibal Lun 25 Jan 2016 - 16:49



Les premières fois sont toujours amères...
Les yeux clairs de la jeune femme se reposèrent dans ceux du psychiatre qui lui faisait face. Oh que oui. Plus d’une fois elle avait réfléchi à la question et il était plus qu’évident que son envie meurtrière ne pourrait plus se taire, qu’elle serait amenée à recommencer. Mais la faiblesse de la jeune femme demeurait dans cet attachement à la seule chose qui lui restait. Les Verger avaient bien des secrets et le plus horrible d’entre eux liait fortement le frère et la sœur, lui permettant à lui de jouer avec elle et à elle de devoir subir en rêvant de jours meilleurs où elle saurait enfin se détacher de lui et de tout ce qu’il possède. Tuer Mason, elle finirait par être forcée de le faire et devrait donner le meilleure d’elle-même pour y parvenir. Mais c’était devenu quelque chose de primordial. Au fond de ses entrailles, le besoin de détruire cet obstacle qui se tenait en travers de sa route se faisait sentir et elle savait qu’elle finirait par y parvenir. Alors oui, elle savait comment faire pour réparer ses erreurs et ne commettrait pas les même deux fois.

Le docteur Lecter toucha juste alors quand il s’adressa de nouveau à elle. Son frère. Parler de son frère. Que pourrait-elle en dire si ce n’était du mal et de la rancœur ? Quant à sa famille, elle ne pouvait que tous les haïr les uns après les autres. Margot avait cette étrange impression d’être le seul être normalement constitué dans la maison Verger, et pourtant, on lui faisait bien souvent entendre le contraire. Ses yeux se perdirent légèrement sur le sol du cabinet tandis qu’une longue respiration traversa son corps, soulevant ce bras endolori qui reposait contre son flanc. Qui aurait-il de mauvais dans le fait d’enfin pouvoir parler de tout ceci à quelqu’un ? Au mieux, il la comprendrait et ferait tout pour la sortir de la. Au pire, il était de connivence avec son bourreau de frère jumeau et il finirait par tout lui rapporter, Mason lui ferait entendre ce que lui pensait de tout ceci et elle passerait un mauvais moment avant de se montrer de nouveau faible et docile, tapie dans l’ombre comme un chasseur guettant une proie et étant prêt à affronter tous les dangers du monde pour finir par se jeter sur elle. Elle n’avait rien à perdre, et au contraire, elle saurait gagner quelques instants de paix intérieure à s’être libérée de ces démons qui l’entourent. L’heure était venue.

Elle pinça légèrement les lèvres avant de reposer ses yeux sur le docteur qui lui faisait face. « Mon frère… Mason est quelqu’un d’obstiné, de fort et d’aisé de naissance. Nous sommes jumeaux. En temps normal, cela serait peut-être une chose banale mais ça ne fait qu’aggraver les faits dans notre famille. C’est lui, l’héritier de la famille Verger, pas moi. Moi, je suis un poids qu’il a accepté de trainer derrière lui. Nous sommes liés l’un à l’autre dans un certain sens. Si Mason disparaît, alors je n’ai plus rien. Peut-être verrez-vous alors un mauvais calcul de ma part dans cette tentative avortée de tuer mon frère, mais ne rien avoir ne peut être pire que ce que j’ai actuellement. » Elle s’humecta les lèvres et se remit sur ses pieds. Elle n’aimait pas se livrer. Et elle aimait encore moins le faire assise dans un fauteuil, à raconter les pires horreurs du monde qu’elle ait pu subir. Elle tourna alors volontairement le dos au médecin et se replaça à la fenêtre, observant l’extérieur du cabinet, son regard vaguant çà et là sans pour autant se concentrer sur une unique chose. Seules ses pensées monopolisaient sa concentration. Elle essayait de se montrer claire et concise tout en ordonnant les choses. « Certains vous diront que j’ai de la chance d’avoir Mason à mes côtés, que ce dernier fait tout pour mon bonheur et qu’il lutte parce qu’il m’aime. Et je ne peux que le remercier de cette attention qu’il me porte sans broncher. La moindre contestation se paye, c’est ainsi. Mon frère restera toujours mon supérieur, celui qui a droit de disposer de ma personne comme bon lui semble. Mon acte doit lui paraître être un véritable acte de traitrise et l’incompréhension l’habite car il m’a envoyée auprès de vous. » Elle fit alors volte face et fixa un regard impassible dans celui du docteur. Le ton de sa voix demeurait presque monotone et elle ne laissait transparaître que peu d’émotion, la déception et la haine demeurant ce qui ressortait le plus de ses paroles. Son port altier lui donnait un air faussement maître de la situation face aux révélations qu’elle avait su faire. « Quant à ma famille… Ils me trouvent étrange, bien qu’à mes yeux, je semble être la plus normale. Tous encouragent Mason quand je suis la seule à le défier. Peut-être ont-ils tous raison et suis-je la seule à avoir tort. Peut-être suis-je être ce chien enragé qu’il faut à tout pris faire taire… Peut-être qu’un frère qui abuse de sa sœur gémellaire est ce qui se trouve être le plus proche de la normalité. » Un léger sourire moqueur se dessina sur les lèvres parfaites de la demoiselle Verger. Un soulagement semblait l’envahir, sensation nouvelle et pour autant, pas la moins désagréable. Au contraire, elle commençait même à l’apprécier. Mais elle savait qu’elle ne devait pas non plus en dire trop, sa retenue criant en son être de se montrer prudente et de ne pas se brûler les ailes. Elle se décida alors pour conclure. « Dans le monde de ma famille, on élève et on abat des porcs. Plusieurs milliers meurent par semaine. Pour Mason, je ne suis qu’un cochon de plus qu’il tente d’élever. Je ne sais juste pas s’il finira par m’abattre. »


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MessageSujet: Re: Les premières fois sont toujours amères... • Hannibal Jeu 11 Fév 2016 - 0:59


Margot & Hannibal

La clarté du jour s'accrochait à ses cheveux blonds, et le halo lumineux définissait finement sa silhouette, projetant son ombre grandissante sur le plancher. Les mots lui brûlaient la langue, irritaient sa gorge, réticente alors qu'elle laissait tomber quelques bribes des son histoire familiale et personnelle. Fière, toujours, les paroles neutres, seulement gâchées par une fausse note teintée de morosité. La situation se concrétisait. Jeune femme opprimée, habituée à baisser l'échine, dévalorisée par son statut de femme au sein de sa propre famille. Elle souhaitait s'élever, se libérer de ses chaînes sans pour autant avoir quelque chose à y gagner. Chercher à se débarrasser d'un homme pilier de son monde et de sa vie n'était pas une chose aisée. Sans lui, des ailes seraient susceptibles de pousser dans son dos, mais elle pourrait également tomber en chute libre. Une chute à l'atterrissage rude et dévastateur, les ailes rompues, écrasée par un rocher de culpabilité. Le bourreau qui enfermait sa victime dans un cercle vicieux d'affection et d'abus. Somme toute, le fondement de la manipulation affective.

L'index d'Hannibal vint frôler la commissure de ses lèvres tandis qu'il appuyait légèrement son menton sur la pointe de ses phalanges. Margot Verger, en elle-même, ne demandait qu'à rompre ses chaînes pour se libérer de sa situation devenue invivable, insupportable. Mais à quoi bon, sans possibilité de retomber sur ses pieds ? Il lui faudrait un moyen sûr et efficace d'obtenir l'héritage familial d'une quelconque façon. Ses dernières paroles arrachèrent presque un sourire au psychiatre qui se contenta de regarder sa jeune patiente sans laisser transparaître son amusement, aussi impassible et mesuré que sa profession le lui imposait. Il laissa retomber son bras le long de l'accoudoir de son fauteuil, les yeux levés sur Mlle. Verger. Une comparaison juste, et sûrement véridique, mais Margot n'avait rien du porc.

« Le laisserez-vous vous abattre ? » questionna Hannibal, réellement curieux de le savoir. « Allez-vous vous battre pour survivre, afin de ne pas finir sous le couteau de votre bourreau ? Les meilleures viandes ne sont pas celles de bétails abattus dans la peur et l'effroi, cela les rendrait moins tendres, plus amères, d'une qualité inférieure. Et ce que tente d'élever votre frère n'est certainement pas bas de gamme, à ses yeux. »

D'après la réputation des Verger, leur viande ne laissait pas à désirer. Mason savait sûrement s'y prendre avec les animaux qu'il élevait, et si Margot faisait parti de son élevage, il saurait comment s'y prendre pour baisser ses barrières les unes après les autres pour mieux l'atteindre, très certainement. La relation qui se jouait entre le frère et la sœur intéressait profondément Hannibal Lecter qui se leva à son tour avec souplesse.
La curiosité l'animait déjà. Que ferait Margot, les bons outils entre ses mains ? Briser ses chaînes et attraper sa liberté, bras tendus ? L'attachement était-il trop ancré en elle pour que sa détermination soit pleine et entière ? Et si Mason venait à apprendre quelques agissements, murmurés au creux de son oreille, que se passerait-il ? Abattrait-il le porc chéri, élevé, nourri ? S'en débarrasserait-il ?

« Vos parents sont donc décédés. » Il ne questionna pas, l'affirmation résonna doucement contre les murs, ni dure, ni trop compatissante. Un fait. « Que ressentez-vous face à votre nom absent de cet héritage testamentaire ? Parfois, l'action apporte un bref sentiment de satisfaction. Intense. Délectable. Mais sur le long terme, cela entraîne fatalement une désillusion et une frustration conséquente. Les regrets, la culpabilité, peut-être... Dites-moi précisément, Margot, ce qu’éliminer votre frère vous apporterait dans l'immédiat, puis dites-moi ce que cela vous causerait sur le long terme... »

Hannibal n'agissait que rarement dans l'impulsivité. Il avait appris à ses dépends, dans sa prime jeunesse, que cela s'avérait frustrant. Aller de maigres satisfactions en maigres satisfactions sans jamais parvenir à remplir un tonneau percé... Tuer Mason aurait sans doute apporter à la jeune Margot une émotion vive et plaisante, mais, sur le long terme, elle serait tombée en disgrâce. La police, peut-être ? Quand bien même n'aurait-elle pas été arrêté, il y aurait eu le déshéritage, car elle ne figurait pas sur les papiers. Un départ pauvre et miséreux, précaire. Sans doute une forme de remord, et de culpabilité, s'ajoutant au tableau. Qui sait ?
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MessageSujet: Re: Les premières fois sont toujours amères... • Hannibal Sam 13 Fév 2016 - 19:17



Les premières fois sont toujours amères...
La question eut le mérite d’être légitime. Se laisserait-elle faire ? Elle, le petit porc rebelle de l’élevage son bourreau de frère, serait-elle assez forte pour rompre ses chaînes et finir par dévorer son maître à l’image de ceux qu’il dressait. Elle s’interrogea un court instant, cherchant dans le plus profond de son être une réponse à cette question. Laisserait-elle Mason pousser jusqu’à la tuer ? Elle doutait fortement que c’était là le souhait de son jumeau, lui qui tenait toujours à être le maître de ses maux, cependant, un acte de trop pourrait être puni en conséquences et il se pourrait qu’il finisse par céder à cette pulsion, la livrant à ses bêtes qui prendront plaisir à la dévorer. Pour lui, ce ne serait que des porcs dévorant l’un des leurs. Rien de plus. « Mason ne désire nullement m’abattre… Je pense qu’il l’aurait déjà fait sinon. Mais s’il venait à y songer, non, je ne me laisserais pas faire. A quoi bon tout ceci si c’était pour le laisser me tuer plus tard ? »

Elle revint près du docteur avant de reprendre sa place face à lui, se tenant derrière le fauteuil, sa main libre posée sur le dossier et le caressant avec douceur, comme admirant la qualité du cuir de ce meuble de collection. Elle avait pu remarquer que le docteur Lecter était un homme de goût et son cabinet suffisait amplement à constater cela. Margot s’interrogea rapidement sur la maison dans laquelle pouvait vivre un homme tel que lui, essayant de comprendre certaines choses chez son propre psychiatre. Après tout, elle n’était pas forcément la seule à devoir se livrer. Elle revint alors sur quelque chose qu’il avait dit auparavant. « Vous semblez connaître de nombreuses choses sur la viande, l’abattage… A moins que ce ne soit la chasse ? A vos dires, je dirais même que vous êtes pratiquant de chasse à Cour où que vous l’avez été… Généralement, c’est la viande du cerf que l’on a traqué dans les bois durant des heures qui n’est pas même comestible et qui finit offerte à des chiens. » Elle avait dit tout cela en refermant ses doigts sur le dossier du fauteuil, comme si le cuir dont il était composé était également les restes d’une de ces bêtes malmenées. « Je ne sais ce que Mason a en tête lorsqu’il m’inflige toutes ces choses… » Elle avait d’avantage pensé à voix haute en espérant que ce chapitre là serait clos. Chaque mot qu’elle replaçait à ce sujet avait le don de la faire repenser aux événements vécus, les pires et les moins pires. Alors, elle adoptait une mine absente, cherchant à détacher son âme de son cœur meurtri.

Ce fut au tour du docteur de se lever et de faire quelques pas. La jeune Verger l’observa sans mot dire, attendant qu’il ne reprenne la parole. Il le fit sans tarder, commençant par une affirmation. Oui, leurs parents étaient morts, ce qui avait été un premier soulagement pour la jeune femme qui avait assisté aux funérailles de son père avec plus de baume au cœur qu’il ne l’aurait fallu. Oui, ce jour là, elle s’était bel et bien dit qu’il ne restait désormais plus que Mason entre elle et sa liberté, et que ce ne serait pas si compliqué qu’il n’y paraissait. Il formula alors deux nouvelles interrogations. La première concernait l’absence de son nom dans la place de l’héritage des Verger. La seconde était tournée sur la mort de Mason et ce que cela apporterait à la pauvre Margot, si dépendante de son frère. Elle décrocha son regard du psychiatre avant de répondre. « Ce n’était pas une surprise, en réalité. Il a toujours été dit que l’héritage de la famille serait transmis à un enfant mâle de la famille. Le beau sexe n’a guère sa place dans les affaires… Et malheureusement, je n’ai pas les bons attributs pour correspondre à ce critère. Quant à la mort de Mason… » Elle laissa un court silence s’installer dans le cabinet du docteur, reportant son regard sur lui tout en essayant de trouver les mots justes dans son esprit. « La paix. Elle m’apporterait une paix silencieuse et intérieure. Je serais peut-être seule et démunie… Ce serait un fait non négligeable, je vous l’accorde, mais je n’aurais plus à m’inquiéter des tourments qu’il pourrait de nouveau m’infliger… » Elle baissa le regard, faisant alors tomber une première barrière qu’elle dressait pourtant d’ordinaire toujours bien levée, instant de faiblesse qu’elle ne pu contrôler. « Je pense que vous ne pouvez saisir jusqu’où il a déjà pu aller dans ses actes pour que je puisse en arriver à désirer sa mort. »

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MessageSujet: Re: Les premières fois sont toujours amères... • Hannibal Mer 17 Fév 2016 - 23:27


Margot & Hannibal

Une légère dissonance dans la voix de Margot Verger vint transpercer l'oreille d'Hannibal dont le regard s'intensifia légèrement. Une barrière venait de tomber, dévoilant une faiblesse nouvelle qui n'enlevait pourtant rien à la grâce de la jeune femme. Un simple tremblement de lèvres, un ton plus amer, un regard absent. Vulnérable mais loin d'être démunie. Si le psychiatre ne pouvait se représenter les sévices engendrées par Mason Verger à l'encontre de sa sœur, il l'arborait cependant sévèrement ; cela fit naître en sa mémoire un prénom enfouit dans les pièces les plus sombres de son palais mental, trop souvent oublié et relégué aux fantômes passés. Mischa. Lui-même frère autre fois, que l'on puisse attenter au bien-être d'une sœur lui écorchait la gorge d'un étrange grondement retenu au fond de son abdomen. La présence onirique de sa défunte sœur dans sa mémoire, en cet instant, avait une connotation presque ironique étant donné qu'elle n'était plus de ce monde, contrairement à Margot qui, malgré les sévices, vivait bel et bien.
Par-dessus tout, Hannibal n'appréciait la torture en aucune façon. Mentale, mais surtout physique... Il tourna la tête en direction des fenêtres laissant filtrer la clarté du jour et se perdit un instant dans la contemplation d'un ciel hivernal glacé. Les rues de Baltimore avaient revêtu leurs épais manteaux blancs depuis quelques jours déjà, alors que s'approchaient doucement les fêtes de fin d'année.

Petit à petit, les réticences premières s'étiolaient, libérant, en une sombre agonie, le dialogue retenu. Pensif, Hannibal tourna la tête vers sa patiente, qui se se faisait également curieuse. L'ombre d'un sourire naquit sur les lèvres du psychiatre, et ses yeux tombèrent sur ses fines mains qui caressaient le cuir du bout des doigts, testant la matière. Il pratiquait bel et bien la chasse, elle avait su toucher juste, ce qui prouvait, une fois de plus, que sa grâce féminine se doublait d'une intelligence affûtée. Cependant, Hannibal ne gâchait pas la viande comme le faisaient autrefois – et toujours –, ces hommes montés sur des chevaux dans l'intention d'abattre pour abattre. L'amusement se lut jusque dans ses prunelles l'espace d'une minute. A son tour, il se rendit jusqu'à la fenêtre, toujours tourné en direction de la jeune femme, sans la quitter du regard. Il se contenta donc de souffler quelques mots, ils n'étaient pas là pour parler de lui, mais d'elle. Son métier ne le forçait pas aux confidences. Il ne s'y adonnait qu'en compagnie d'une seule personne, et cette personne n'était autre que Will Graham. Quel garçon exigeant...

« Je ne chasse que ce que je mange. »

Hannibal trouvait toujours plaisant ces sous-entendus, d'autant plus lors de ses dîners. Personne n'en saisissait le double tranchant, et cela l'amusait profondément. Lentement, il alla s'asseoir derrière son bureau, tandis que le rendez-vous s'étirait doucement jusqu'à sa fin. Il releva la tête vers Margot et posa sa main sur l'un des scalpels dont il se servait pour tailler la pointe de ses crayons, le faisant légèrement tourner entre ses doigts.

« Votre frère demeure le centre de votre vie physique et mentale. Fuir un bourreau et l'acte le plus digne... Digne mais souvent vain. Vous avez de nombreuses raisons de vous dresser au-dessus de tout entendement ; pourtant, il n'y a pas tout à perdre. »

Hannibal souhaitait ardemment que Margot Verger gagne la partie. Mais d''un autre côté, il ne souhaitait pas que la partie soit aisée à démêler. Le frère que lui dépeignait, directement et indirectement, la jeune femme lui paraissait vulgaire et dominateur, cependant, il ne put s'empêcher de penser que le recevoir en consultation serait digne d'un intérêt particulier. Avant cela, il souhaitait tout de même savoir si sa patiente actuelle récidiverait. Mais cela ne faisait aucun doute.

« Avant de conclure notre séance, j'aimerai vous poser une question. Recommencerez-vous ? » Hannibal fit une dernière fois tourner son scalpel entre ses doigts avant de le reposer soigneusement à sa place, à côté de ses différents carnets de notes et de croquis. « Je ne vous demande pas cela dans l'intention de vous envoyer directement au poste de police, ou à l'hôpital. Je vous ai donné ma parole que vous pourrez vous exprimer librement, ici, je n'ai pas pour habitude de revenir sur mes mots. Je souhaite seulement que la franchise aille dans un sens, et dans l'autre. »
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MessageSujet: Re: Les premières fois sont toujours amères... • Hannibal Ven 26 Fév 2016 - 11:52



Les premières fois sont toujours amères...
La réponse du docteur plut énormément à Margot. Elle ne faisait que l’intriguer d’avantage, tout comme le léger sourire qui avait pris naissance sur les lèvres du psychiatre, presque énigmatique, cherchant à voiler certaines choses autant que lui livrer une réponse attendue. Ainsi, il chassait et mangeait la viande qu’il chassait. Margot reçut la nouvelle sans exprimer la moindre chose, gardant sur lui son regard impénétrable et marqué d’une certaine indifférence qui était bien commune chez elle, lui donnant souvent cet air détaché de tout qui lui était, malheureusement, parfois nécessaire. Mais dans l’esprit de la jeune femme, les interrogations se poursuivaient, cherchant à comprendre alors quelle pouvait être la viande préférée du docteur Lecter. Le cerf ? Le sanglier ? Quel gibier faisait de lui un si bon chasseur ? Peut-être pourrait-elle l’inviter à une partie de chasse un de ces jours ? Cela lui permettrait à elle de se remettre dans le bain et, ainsi, elle pourrait voir quel genre de proie faisait plaisir à cet homme charmant et surprenant que pouvait être son psychiatre.

De nouveau, il se déplaça et Margot le suivit du regard avec une attention non voilée. Il se plaça alors derrière son bureau. De ses doigts fins et agiles, il s’empara d’un scalpel et la jeune femme observa avec un intérêt nouveau l’arme chirurgicale. Elle reposa son regard sur le fauteuil quand il reparla de ses propres problèmes. Mason était plus que le centre de sa vie, il était celui qui la régissait et qui choisissait comment elle devait la vivre. Il était ses ténèbres, l’empêchant d’aller s’accrocher à une lumière quelconque qu’elle enviait pourtant. Depuis sa tendre enfance, Margot avait été brimée et avait vécu dans l’ombre grandissante d’un frère quasiment démoniaque qui jurait de ne lui vouloir que du bien mais qui avait le don de ne lui faire que du mal. Mason représentait la vie entière de Margot. Avait-elle seulement pu avoir un instant rien qu’à elle ? Ses années de pensionnat semblèrent lui manquer, seules années de sa vie durant lesquelles elle s’était doucement épanouie pour ensuite être mieux cueillie par son frère. Alors oui, elle devait fuir. Fuir ce qu’elle connaissait de mieux et qui la faisait terriblement souffrir pour plonger seule dans un inconnu qui pourrait lui sembler tout autant dangereux. Et voilà que le docteur Lecter venait à lui sous entendre qu’elle n’aurait pas tout à perdre. Son regard se reposa sur lui, soudainement intriguée.

Et alors, il lui posa une question sans détour. Recommencerait-elle ? Elle inclina légèrement la tête, prête à lui répondre qu’elle ne pouvait lui livrer une telle information sans qu’il n’ait à tout faire pour empêcher un tel acte, y compris prévenir les autorités, mais il la devança. Il connaissait la loi et était prêt à ouvertement la détourner, pour elle, parce qu’il lui avait dit qu’elle pourrait parler sans détour, sans qu’elle n’ait à craindre d’être jugée. Il avait dit tout cela en reposant son scalpel sur son bureau et Margot prit la peine de réfléchir quelques instants. La question méritait véritablement d’être posée car elle-même ignorait la réponse. Elle avait le désir de le refaire, de retenter de mettre fin à Mason Verger. Elle souhaitait briser ses chaînes et fuir pour de bon. Mais cela n’était alimenté que par un désir ardent qui lui était intérieur, pas une donnée véritablement réaliste et réalisable. Le côté réaliste de Margot, lui, la mettait prudemment en garde, comme cherchant à réveiller la blessure qu’elle portait encore en écharpe afin de lui rappeler qu’elle avait déjà échoué. « Mon frère pense que je me suis calmée mais… Au fond de moi, je demeure être un véritable chien enragé. Cependant, je ne pourrais recommencer sans avoir préalablement mis en place une stratégie nouvelle et dont l’efficacité ne serait pas à vérifier. Un autre échec me serait… Insurmontable, je le crains. Pour l’heure, je vais simplement continuer de faire croire à Mason ce qu’il veut voir et me montrer docile avec lui, même si mon être tout entier se meurt à la tâche. Je frapperai alors quand il ne s’y attendra pas. »

Cela sonnait étrangement comme un plan déjà établi et pourtant, elle n’avait pas la moindre idée de comment faire pour détruire Mason et garder ce qui pouvait être à elle. Il allait falloir qu’elle trouve une solution à ce problème et qu’elle le fasse dans la plus grande discrétion. Un sourire amusé se dessina sans détour sur ses lèvres tandis qu’elle fixa le psychiatre avec un certain intérêt. « Moi qui pensais que vous ne seriez qu’un nouveau pion utilisé par mon frère… Je crois que ces rendez-vous en votre compagnie ne seront pas aussi peu intéressants qu’ils ne l’étaient de prime abord. »


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MessageSujet: Re: Les premières fois sont toujours amères... • Hannibal Ven 6 Mai 2016 - 3:51


Margot & Hannibal

Une réponse directe à une question directe. Hannibal appréciait cette façon de faire, et trouvait cette mademoiselle Verger de plus en plus intéressante, c'était indéniable. Il s'assit sur le rebord de son bureau et appuya ses mains dessus pour s'y reposer. La franchise de Margot était tranchante, glaciale, sans appel. Empreinte de détermination, mais aussi d'un douloureux espoir. Le psychiatre resta impassible, mais elle venait de toucher son intérêt d'une jolie manière. Il ne doutait point qu'ils se reverraient régulièrement, chaque semaine, et que les mêmes sujets détournés apparaîtraient encore, et encore, jusqu'à ce que la jeune femme se décide à passer à l'acte... Ou jusqu'à ce que quelque chose l'empêche de réaliser ses projets. Que se passerait-il alors si, si prêt du but, ses ailes venaient à être coupées, à peine déployées ? Se briserait-elle en mille morceaux, ou renaîtrait-elle de ses cendres, comme le phénix ?
Hannibal se le demandait sincèrement. D'une certaine manière, il admirait la façon dont Margot se comportait. Réduite à un état d’infériorité par son frère, et pourtant brûlante. Un espoir désespéré, pour pousser le paradoxe un peu plus loin. Elle incarnait la femme forte, et pourtant fragile en son état. Cela lui donnait la grâce d'un oiseau qui était resté trop longtemps enfermé et ne savait plus comment prendre son envol. Charmant. Et triste.

« Vous avez apparemment déjà mûrement réfléchi à la question... »

Avança Hannibal d'un ton neutre, ni accusateur, ni trop curieux. Pourtant, la curiosité ne lui manquait pas. Mais il supposait que, petit à petit, cette curiosité naissante serait vite comblée. Sa dernière remarque ne put que le faire sourire en retour cependant. Amusé.

« Vous me voyez flatté de ce compliment, miss Verger, et je vous retourne la politesse. » ajouta-t-il en plongeant son regard dans le sien, sondant son âme, la scrutant, l'enveloppant un bref instant avant de la relâcher aussi rapidement qu'il ne s'en était brièvement emparé. Lentement, il se détacha de son bureau. L'heure était venue de séparer leur chemin. « Nous touchons à la fin de notre entrevue. Dois-je en conclure que nous allons nous revoir, Margot ? » il appelait toujours ses patients par leurs prénoms. Cela établissait un contact plus familier, plus rassurant, dans le cadre de soins et de conseils. « Je vous laisse y réfléchir... Même si votre frère décide, et me paye, je préfère que le patient ne soit pas pieds et mains liés, les discussions sont alors beaucoup plus intéressantes. La contrainte dissimule farouchement bien des secrets. »

Hannibal la raccompagna jusqu'à la porte et lui tendit la main, serrant celle qui ne demeurait pas tenue en écharpe, serrée contre elle. Lentement, la porte se referma sur la jeune femme. Le psychiatre la regarda s'éloigner par la fenêtre de son bureau, les mains derrière le dos, pensif. Un fin sourire vint ourler ses lèvres.
Il était temps de se remettre au travail.
roller coaster


Spoiler:
 




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