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 Two guys, one psychiatrist [Pv Will]

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PUS
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MessageSujet: Two guys, one psychiatrist [Pv Will] Lun 30 Nov 2015 - 21:39

Spencer n'aurait pas dû venir. Il n'avait aucune bonne raison d'être ici. Il le savait pertinemment et pourtant... Pourtant, il était là. Planté devant la porte du bâtiment qui renfermait le cabinet du Dr Lecter, il n'osait entrer, le coeur battant, le corps agité par de légers tics nerveux. C'était une mauvaise idée. C'était une très mauvaise idée. Pourquoi personne ne l'avait empêché de faire ça ? Pourquoi n'était-il déjà pas parti en courant ?

Ses mains se crispèrent sur le plat qu'il tenait avec une certaine précaution, tandis qu'une myriade de pensées se bousculait dans son esprit tourmenté. Devait-il entrer ? Devait-il partir ? C'était probablement inapproprié. Peut-être même discourtois. Spencer n'était certain de rien et il détestait cette situation. Rien ne lui indiquait la bonne marche à suivre et il n'osait pas se renseigner auprès de qui que ce soit. Appeler ses parents ? Il n'était plus un enfant. Il s'était juré d'aspirer à une forme d'autonomie et il ne pouvait donc plus se permettre de se reposer en permanence sur sa mère ou sur son père.

Jacob serait probablement d'accord avec son idée, mais cela ne voulait pas pour autant dire qu'elle était appropriée. Spencer et son meilleur ami vivaient dans leur propre univers et leur perception du monde extérieur était régulièrement biaisée, bien que Jacob soit plus conscient des règles à suivre que lui-même ne l'était. En résumé, Spencer ne savait pas du tout ce qu'il était supposé faire...

Lors de leurs précédents entretiens, le jeune homme et son psychiatriste avaient convenu que Spencer devrait parvenir à cuisiner un gâteau au chocolat, afin de poursuivre sa quête d'indépendance. Il s'y était essayé, suivant scrupuleusement les étapes d'une recette vidéo, afin de savoir ce qu'il devait exactement effectuer. Une fois, deux fois, trois fois et plus encore, il l'avait faite et refaite, jusqu'à parvenir à un résultat à peu près correct.

Bon, le gâteau ne ressemblait toujours pas au résultat final présenté par la vidéo. Esthétiquement parlant, il était plus que douteux. Mais Spencer l'avait goûté et il n'avait pas raté cette partie-là. Il était bon. Très bon. Pas de grumeaux, pas de coquilles d'oeuf égarées, rien de tout cela. Il avait réussi à faire quelque chose de mangeable, sans avoir besoin de s'appuyer sur qui que ce soit. Il n'avait même pas fait de crise face à ses échecs répétés, il avait tout juste éprouvé un certain agacement. C'était un progrès, un sacré progrès, en vérité.

Spencer avait alors eu l'idée de rendre visite au Dr Lecter, de lui en offrir une part, de recueillir ses impressions, ses critiques, ses conseils... C'était une manière pour lui de le remercier et de lui rendre hommage pour toute l'aide et l'attention qu'il lui avait porté depuis leur premier entretien. Au départ, cela lui avait semblé être une bonne idée. Puis, en arrivant à l'adresse du cabinet du Dr Lecter, Spencer avait été saisi par un doute. Un furieux doute.

Le jeune homme trépignait sur place, incapable de se décider à entrer ou à partir définitivement. Le Dr Lecter était peut-être en consultation... Il n'avait probablement pas envie de le voir en-dehors de leurs séances... Après tout, Spencer l'avait déjà suffisamment dérangé en le forçant à venir lui porter secours par deux fois, un service gracieux de la part du Dr Lecter, sans facturation aucune.

Il ne voulait pas s'imposer plus dans sa vie, outrepasser les limites de leur relation psychiatre/patient... Le profond respect qu'il vouait au Dr Lecter l'empêchait de songer de la sorte. Hannibal Lecter était son thérapeute. Un très bon thérapeute, que Spencer ne remercierait jamais assez pour tout ce qu'il avait fait pour lui, mais il n'était pas un ami. Leur relation n'était pas égalitaire, elle était très différente du lien qu'il pouvait entretenir avec Jacob. Et il ne demandait pas à ce qu'il en soit autrement.

Restait toutefois son problème actuel : cette démarche qu'il voulait effectuer, n'était-ce pas outrepasser cette relation ? Dépasser les limites ? Plus que tout, Spencer rejetait l'idée d'indisposer d'une quelconque façon le Dr Lecter. Peut-être que l'homme ressentirait de l'inconfort face à son initiative... Peut-être qu'il ferait mieux d'attendre leur prochaine séance... Mais celle-ci n'aurait pas lieu avant un certain nombre de jours et Spencer était certain que le gâteau ne tiendrait pas le coup d'ici là. Pire encore, il n'était pas sûr de réussir à nouveau à concevoir une pâtisserie comestible...

Entrer ? Ne pas entrer ? Spencer fit un pas vers la porte, tentant de se décider définitivement pour une option, avant que l'angoisse ne revienne le saisir à la gorge. D'un mouvement brusque, il recula et se retourna. Ce fut à cet instant précis qu'il heurta quelqu'un, le choc de leur brève collision le faisant lâcher le plat, dont le contenu se répandit sur le sol. Le regard de Spencer resta figé sur cette vision, tandis que ses pensées peinaient à se remettre en marche.

Lentement, toutefois, reprenant l'exercice de respiration que le Dr Lecter lui avait inculqué lors de sa précédente visite, le jeune homme parvint à revenir à la réalité. Afin de faciliter le processus, il jeta un oeil à sa montre digitale et murmura pour lui-même, d'une voix un peu lointaine :

"Il est 19 h 58. Je suis à Baltimore, Maryland et mon nom est Spencer Hawthorne."

Il le répéta deux fois, avant que l'angoisse ne soit complètement dissipée, lui permettant de réfléchir plus clairement. Ce n'était qu'un gâteau. Ce n'était rien de grave. Il le referait. Et puis, au moins, la question était réglée. Il n'avait plus de raison de déranger le Dr Lecter.

Rassuré, il leva les yeux vers l'homme qu'il avait percuté, souhaitant lui présenter ses excuses. Mais, alors qu'il s'apprêtait à les formuler, il lui sembla alors reconnaître celui qu'il avait malencontreusement heurté. Ses pensées filèrent à vive allure et, enfin, il parvint à faire la connexion. Un sourire maladroit, qui ressemblait plus à une grimace, s'étira sur ses lèvres et il souffla d'une voix admirative :

"Vous êtes Will Graham ! C'est vous qui avez résolu l'affaire de la Pie Grièche du Minnesota ! Je l'ai lu sur TattleCrime !"

Oh, il avait lu d'autres choses à son sujet... Mais son esprit volatile n'avait principalement retenu que les informations concernant l'affaire de la Pie Grièche. Le reste s'était... envolé, pouvait-on dire. Il n'avait pas cherché à en savoir plus sur Will Graham, à l'époque où il s'était particulièrement intéressé à cette affaire, pour des raisons qui lui échappaient. Non, il avait seulement voulu comprendre ce qui s'était passé. Ce que pouvait penser un homme capable d'accomplir des actes aussi... indescriptibles. Peut-être un mélange de peur et de fascination pour un être dont la folie n'était probablement pas si éloignée de la sienne...

Réalisant qu'il était resté silencieux beaucoup trop longtemps, plongé dans ses pensées, Spencer secoua la tête pour regagner ses esprits, reprenant d'une voix embarrassée, où se laissa toutefois deviner un certain enthousiasme au fur et à mesure que les mots sortaient de sa gorge :

"E... Excusez-moi, Mr Graham, je suis affreusement impoli. Je m'appelle Spencer Hawthorne. Vous venez voir le Dr Lecter ? Je suis l'un de ses patients !"

Ses lèvres s'étirèrent de nouveau en cette grimace maladroite qui lui servait de sourire. Son regard se reporta sur le plat qu'il avait laissé tomber et, triturant nerveusement son sweat à capuche, il avoua timidement :

"Je... Je pensais lui apporter cela. C'était un exercice thérapeutique. En quelque sorte."

Un exercice qui s'était mué en un véritable océan de doutes, avant de prendre fin par une chute pour le moins... décevante. Son regard se reporta sur Will Graham. Spencer devrait probablement songer à nettoyer les dégâts, mais toutes ses pensées étaient tournées vers l'homme et l'enquête à laquelle il avait pris part. Une certaine adrénaline se ruait dans ses veines, l'empêchant de réfléchir correctement et proprement à la situation actuelle.

"Vous l'avez tué, n'est-ce pas ? La Pie Grièche... Qu'est-ce que ça vous a fait ?"

Ce n'était pas la première fois qu'il posait ce genre de questions, sans même y réfléchir. Il en avait fait de même avec Alicia. C'était un besoin malsain, une nécessité profonde qu'on lui offre une réponse claire à ce sujet, une réponse qui le nettoierait définitivement de cette part sombre qu'il possédait, de ces ténèbres qui l'avaient poussé à manquer de tuer son propre père... Il voulait savoir. Il voulait comprendre.

Le nom de "Will Graham" résonnait plus que familièrement dans son esprit. Il l'avait entendu dans un autre contexte, mais, à cet instant précis, il ne pouvait songer qu'à son étrange obsession : l'affaire de la Pie Grièche du Minnesota. Ca et rien d'autre. Pas même son pauvre gâteau au chocolat...



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Fonda
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MessageSujet: Re: Two guys, one psychiatrist [Pv Will] Sam 19 Déc 2015 - 3:29

Two guys, one psychiatrist
ft. Spencer Hawthorne


La consultation avait largement dépassé l’heure allouée sur l’agenda du docteur Lecter. Will soupçonnait que c’était en grande partie pour cette raison qu’Hannibal lui avait toujours réservé le dernier rendez-vous de la journée : rien ne devait entraver leurs entrevues, et il n’était d’ailleurs pas rare qu’elles débouchent sur une invitation à dîner. Voilà qui résumait bien leur relation, au fond. Elle dépassait les limites imposées par le cadre professionnel, même s’ils n’avaient jamais été officiellement docteur et patient. Les étiquettes ne leur convenaient pas.

La nuit était déjà tombée depuis quelques heures lorsqu’il abandonna Hannibal à ses papiers. La saison hivernale raccourcissait les journées de façon implacable, et l’obscurité augmentait toujours plus le temps de son règne. Will ne trouvait pas à s’en plaindre, pas après avoir été enfermé de longues semaines entre quatre murs où la différence entre jour et nuit ne se faisait que dans son esprit. Il y avait un certain confort à voir le passage du temps s’effectuer : il était peut-être mieux armé que d’autres pour combattre la solitude, et doté d’une imagination suffisamment vivace pour endurer l’ennui, mais il était trop aisé de se perdre dans de tels méandres et d’en oublier le reste.

Alors qu'il quittait le bâtiment, dans la pénombre, il n’aperçut pas immédiatement la silhouette qui faisait les cents pas devant la porte, et la percuta lourdement. Il y eut un bruit de porcelaine brisé, et si pendant un bref instant ce fut l’image d’une tasse qui traversa son esprit, Will s’aperçut que c’était en réalité un plat et les restes de ce qui avait dû être une part de gâteau au chocolat qui étaient à présent éparpillés au sol. Levant les yeux pour s’assurer que l’autre personne allait bien, il découvrit un jeune homme au regard distant, énonçant machinalement une formule q'il reconnut pour l'avoir lui-même trop souvent répétée. Il n’intervint pas, surveillant le dénommé Spencer Hawthorne du regard tandis qu’il semblait revenir peu à peu à lui. Il ne doutait pas de l’efficacité des méthodes d’Hannibal, quand elles n’étaient pas vouées à causer plus de dégâts qu’à en réparer.

Le jeune homme se tourna vers lui, et aussitôt l’étincelle de la recognition s’alluma dans ses yeux. Will anticipa ses mots suivants avant même de les entendre, ce qui ne l’empêcha pas de se crisper imperceptiblement. Son expression s’assombrit un peu plus dès que le nom Tattle Crime fut évoqué. La dernière chose qu’il souhaitait était bien d’être associé aux commérages incessants de Freddie Lounds et aux articles cinglants qu’elle ne manquait pas d’écrire sur lui quand elle en avait l’occasion – bien plus souvent qu’il ne l’aurait souhaité, donc.

Spencer reprit la parole sans attendre de réponse pour se présenter avant d’expliquer comme Will l’avait déjà deviné qu’il était un patient d’Hannibal, le tout avec un enthousiasme que probablement aucun de ceux pouvant en dire autant n’aurait éprouvé s'ils connaissaient la vérité. Il repensa à Franklyn Froideveaux, et à Randall Tier, et repensa au sort que chacun avait rencontré, se demandant combien d’autres patients d’Hannibal allaient devenir des proies, et combien d’autres deviendraient des prédateurs. Ultimement, le résultat était le même. Will préférait ne pas savoir. C’était plus facile. Il avait essayé de révéler le visage d’Hannibal au monde, et cela s’était retourné contre lui. Ne pas jouer à la loyale signifiait se salir les mains. Il ne pouvait pas tenir compte des dommages collatéraux. Il ne pouvait pas laisser ce genre de choses le freiner.

Il y avait quelque chose de touchant dans l’aveu de Spencer, la justification qu’il se sentait obligé d’apporter concernant la raison de sa présence. Une certaine innocence. Et malgré tout, un intérêt indéniable pour des choses plus morbides. Une victime de choix pour Hannibal. Il s’efforça de ne pas s'y attarder. Son regard ne vint pas rencontrer celui de son interlocuteur. Ce n’était pas suffisant, bien sûr. Il y avait d’autres choses qui en disaient trop sur Spencer Hawthorne. Les intonations de sa voix et l’agitation dans ses doigts, les mots qu’il choisissait et les pensées qu’il ne filtrait pas. Même dans sa franchise brutale et son indiscrétion, Will ne pressentait pas de mauvaises intentions. C’était probablement la seule chose qui le retint de répondre sèchement avant de disparaître comme il l’aurait fait habituellement. Il ne percevait pas de cruauté, uniquement de la maladresse, et si la curiosité était mal venue le concernant, il savait faire la part des choses. Il lui était plus aisé de composer avec des personnes que les normes et attentes sociales mettaient en difficulté, comme Peter ou Georgia. Ce n’était pas qu’une question d’empathie, il y avait là une part d’assimilation.

Il considéra sa réponse un bref instant. La Pie Grièche… en vérité, cette affaire avait été le point de départ. Tout ce qui avait suivi n’avait fait que découler de ce moment, ce point précis où Jack était entré dans sa salle de classe pour lui demander d’étudier le profil de ce tueur. Tuer Garrett Jacob Hobbs avait ouvert la porte à des démons dont il ne soupçonnait pas l’existence. Et l’un d’eux avait pris une forme plus matérielle que les autres. Hannibal Lecter. L’homme se serait-il désintéressé de Will s’il n’avait pas ainsi découvert en lui une âme sœur, capable de trouver de la beauté dans l’horreur, du plaisir dans le crime ? Difficile à dire. Ce moment avait été un point pivot, déterminant. Enfonçant ses mains dans les poches de son manteau, il opta pour la réponse la plus sûre :

« Si je pouvais revenir en arrière, je m’efforcerais de faire les choses autrement. »

Ce n’était pas tout à fait un mensonge. Will ne regrettait pas l’acte en lui-même, c’étaient ses conséquences qu’il déplorait. Un effet papillon dévastateur qui avait emporté trop de vies autour de lui. Le fantôme de Hobbs ne l’avait pas quitté depuis. Cette tasse là n’était pas prête de se réassembler.

« Mais j’imagine que Freddie Lounds a d’autres théories là-dessus. » Le sarcasme lui échappa avant qu’il ne puisse le retenir. Préférant revenir à un terrain moins glissant, il ajouta plus doucement : « La cuisine me semble être un passe-temps plus sain que la lecture de presse à sensation, M. Hawthorne. Je suis certain que le docteur Lecter aurait apprécié votre geste. »

S’accroupissant, il commença à ramasser des morceaux un à un, prenant garde à ne pas se couper sur les éclats tranchants. Il n’avait aucun mal à imaginer Hannibal proposant la cuisine en guise de thérapie à un patient troublé : donner des objectifs réalisables et pouvoir en apprécier le résultat accompli pouvait faire des miracles. Même s’il avait conscience que l’idée eut été absurde, surtout considérant la reconnaissance dont il jouissait dans son travail, il était rassurant de voir que l’homme ne proposait pas le meurtre comme solution à chaque névrose.

« Navré pour votre gâteau. Vous l’avez réussi, et vous l’avez amené jusqu’ici, je dirais que c’est une victoire en soi. La prochaine fois, vous passerez le seuil de la porte. »




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MessageSujet: Re: Two guys, one psychiatrist [Pv Will] Dim 20 Déc 2015 - 16:55

Spencer se retrouvait dans la réponse que lui offrit Will Graham. Revenir en arrière, faire les choses autrement... S'il le pouvait, Spencer reviendrait dans le passé et il n'écouterait pas la Voix qui lui soufflait toutes ces choses horribles sur son père, qui lui faisait croire le pire. Il se confierait à ses parents et tout se serait mieux fini. Il n'aurait pas essayé de le tuer. Il ne l'aurait pas accusé de ces crimes affreux. Peut-être que leurs relations seraient moins... compliquées.

Il avait néanmoins eu de la chance que cela ne se soit pas fini dans un bain de sang. Que son père soit encore en vie et que lui ne soit pas un criminel. La situation aurait pu être bien pire. A cet instant précis, Spencer aurait pu être enfermé dans un établissement psychiatrique en tant qu'assassin. Probablement pour le reste de ses jours. Au lieu de cela, il était libre, habitait avec son meilleur ami et il avait même un travail. En fait, il n'était pas certain de vouloir revenir en arrière...

"Peut-être que les choses seraient pires. Vous ne tuez pas Garrett Jacob Hobbs. Il est arrêté. Ou il parvient à s'enfuir. Il s'en prend à d'autres jeunes filles. L'une d'elles aurait pu devenir une scientifique émérite, être à l'origine d'un vaccin révolutionnaire. Vous ne tuez pas Garrett Jacob Hobbs, vous condamnez des populations entières à une mort certaine. Ou peut-être pas. Il n'y a pas moyen de le savoir."

Le sarcasme de Will Graham lui était passé au-dessus de la tête. Spencer était songeur. L'homme lui avait donné à réfléchir. Sur ce que sa vie était autrefois, sur ce qu'elle était aujourd'hui, sur ce qu'elle serait et aurait pu être. Des "Et si ?" tournoyaient dans son crâne et lui donnaient le vertige. Spencer s'efforça de penser à autre chose, conscient qu'il lui faudrait peu pour se laisser embarquer par ses réflexions et perdre tout contact avec la réalité.

Il adressa un sourire maladroit au profiler quand ce dernier lui déclara que le Dr Lecter aurait sûrement apprécié son geste, avant de l'imiter lorsque son interlocuteur commença à ramasser les éclats tranchants. Spencer se fustigea mentalement pour ne pas l'avoir fait plus tôt, tentant malgré tout de rester concentré pour ne pas se couper à cause d'un geste maladroit. Ses mains demeuraient tremblantes, ses mouvements incertains et il savait qu'il lui suffirait de peu pour s'écorcher la peau.

"Je n'avais pas de séance avec le Dr Lecter, aujourd'hui. C'était peut-être inapproprié de ma part de me présenter sans prévenir. Je... Je n'ai pas osé rentrer."

Les joues de Spencer se teintèrent de rouge sous l'embarras. Il ajouta d'une voix qu'il s'efforçait de teinter d'amusement, sans réellement y parvenir :

"Oh, vous savez, ce gâteau était très laid. C'est probablement une bonne chose que je vous ai percuté et que le plat m'ait échappé des mains. Plus j'y pense, moins je suis convaincu du bien-fondé de ma démarche... Ce gâteau était vraiment affreux."

Un sourire tremblant. Il y avait mis du coeur. Il avait fait des efforts. Vraiment. Il s'était appliqué à suivre les instructions, mais, malgré toutes ses tentatives, malgré sa motivation, il n'était jamais parvenu à lui donner une forme acceptable. Le Dr Lecter s'en serait probablement moqué. Il aurait refusé de le goûter. Pourquoi devrait-il faire un effort ? Ce gâteau était hideux. Spencer était bien naïf d'avoir pu penser que le docteur apprécierait son geste. Son stupide, stupide geste...

Une douleur soudaine le tira de ses pensées. Sans le réaliser, le jeune homme avait crispé son poing sur l'éclat de porcelaine et ce dernier avait tracé un sillon ensanglanté le long de sa paume. Ses doigts lâchèrent le morceau recouvert d'hémoglobine, tandis que son regard restait fixé sur la blessure, comme hypnotisé. Il n'avait même pas réalisé qu'il avait serré le poing. Est-ce qu'il avait cherché à se punir ? A se châtier pour son idiotie ?

Tant bien que mal, il parvint à détacher son attention de sa paume, reportant son regard sur Will Graham. Un "Désolé." atone franchit le seuil de ses lèvres. Il avait mal, mais... cette souffrance ne le dérangeait pas. Au contraire. Il y avait cette petite voix qui lui soufflait de ramasser l'éclat. De le presser contre sa paume, un peu plus fort. Il le méritait, après tout. Il le méritait.

Spencer s'était déjà penché pour le prendre lorsqu'il réalisa ce qu'il était en train de faire. Il se redressa, secoua la tête et prit de profondes inspirations. Il ne devait pas se faire du mal. Il ne voulait pas se faire du mal. Il n'avait pas de raison de s'infliger ça. Inspirer, expirer... Inspirer, expirer... Spencer Hawthorne, Baltimore, 20 h 02...

Il murmura tout bas le mantra du Dr Lecter pour renouer le lien avec la réalité, s'éloigner de ces voix tentatrices qui le poussaient à se détruire, avant de reprendre d'un ton songeur :

"Garrett Jacob Hobbs... C'était une mauvaise personne. Je me demande si des voix lui ordonnaient de faire des choses, lui aussi. Si... S'il les a simplement écoutées... C'est difficile de ne pas les entendre. C'est difficile de ne pas les suivre. Je suis peut-être une mauvaise personne, moi aussi..."

Son regard se perdit dans le lointain, tandis qu'il poursuivait son discours :

"J'ai rencontré Abigail, à l'hôpital. Elle était gentille. Je ne sais pas ce qu'elle voyait en moi... Peut-être qu'elle avait peur et... et qu'elle n'osait pas me le dire..."

Il porta les doigts de sa main intacte à ses lèvres, se rongeant nerveusement les ongles. Entre deux violents de claquements de dents, il souffla à l'adresse de Will :

"Est-ce que... Est-ce que vous le voyez en moi ? Garrett Jacob Hobbs... En lisant les articles de Miss Lounds, je... j'avais l'impression de m'identifier. Comme s'il suffirait de peu de choses pour que... pour que je fasse quelque chose de très, très mal..."

Spencer ferma les yeux. Prit une profonde inspiration. Il n'avait rien fait. Il n'avait pas tué son père. Il n'était pas un meurtrier. Il était juste... juste perturbé. Voilà tout.

"Désolé."

Désolé de ses confidences déplacées, désolé de l'avoir heurté, désolé de lui faire perdre son temps, désolé de ce qu'il était. Désolé. Désolé. Désolé. Spencer répéta ce mot plusieurs fois, dans une boucle indéfinie. Il ne pourrait jamais le dire assez de fois pour retranscrire toute la culpabilité qu'il éprouvait, à chaque seconde de son étrange vie.

"Désolé. Désolé. Désolé..."



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MessageSujet: Re: Two guys, one psychiatrist [Pv Will] Mer 30 Déc 2015 - 21:32

Two guys, one psychiatrist
ft. Spencer Hawthorne


Le regard de Will se fit brièvement distant, considérant les propos de Spencer. Le jeune homme n’avait pas tort. Il avait entendu parler de la théorie du chaos, ou comment une chose insignifiante pouvait en engendrer d’autres, beaucoup plus grandes et bien souvent imprévisibles. Il se demanda si Hannibal en tenait compte, et combien il était prêt à sacrifier pour que la tasse brisée se reforme d’elle-même, mais la question ne se posait probablement pas. Pour faire revenir Abigail, il aurait été lui-même prêt à beaucoup de choses. S’il n’avait pas tué le père, la fille n’aurait jamais survécu. Mais peut-être aurait-ce était un mal pour un bien, si son destin était toute façon de mourir aux mains d’une figure paternelle. Il ne se serait pas attaché à elle, et il n’aurait pas retrouvé son oreille dans son évier…

Will se sentit soudain incroyablement las. Ces réflexions sur le passé n’étaient rien d’autres qu’un amas conflictuel de regrets, d’amertume et de culpabilité : il n’en ressortirait rien de bon. Il n’aimait pas s’appesantir sur ce qui avait été, mais ne s’aventurait pas à spéculer sur ce qui serait non plus. Trop de données inconnues, trop de variables possibles, dont certaines découlaient directement de lui.

L’aveu de Spencer le détourna de ce fil de pensée, et il conserva le silence tout en l’écoutant parler. Le doute s’infiltra rapidement dans les propos et la voix de ce dernier jusqu’à y annihiler toute trace de confiance en soi. Une confiance qu’il avait probablement déjà eu du mal à invoquer pour venir jusque là avec son gâteau. Alors qu’il s’enfonçait un peu plus dans sa spirale d’auto-flagellation, la punition prit une forme plus physique, et Will fut sur le point d’intervenir quand le jeune homme, réalisant ce qu’il était en train de faire, lâcha l’éclat qui s’était enfoncé dans sa paume.

Un mot d’excuse, et avant même de laisser le temps à une quelconque réponse d’être formulée, il reprenait la parole, changeant abruptement de sujet. Cette fois, Will le détailla un peu plus longuement. Il y avait dans cet intérêt envers la Pie Grièche quelque chose qui ne tenait pas simplement, comme c’était généralement le cas, d’un voyeurisme malsain encouragé par la presse à sensations. L'homme se reconnaissait en Garrett Jacob Hobbs – ou craignait de s’y reconnaître. Et n’était-ce pas là une chose à laquelle il pouvait lui-même s’identifier, habitué à voir le fantôme de ce dernier habiter les moindres recoins de son esprit, susurrant à son oreille un « See » tantôt interrogateur, tantôt accusateur ?

Le nom d’Abigail fut une claque en pleine figure. Il ne s’attendait pas à ça. Un moment trop court et trop long à la fois, son cœur vacilla tandis que l’image de la fille remplaçait le père, cheveux sombres et peau de nacre, parfaite figure sacrificielle. La vision s’imposa avec force, mais son regard était creux et l’entaille de son cou était ouverte, dessinant un collier carmin le long de sa nuque, chaque goutte semblable à un rubis écarlate. Ses lèvres s’entrouvrirent lentement, comme cherchant les mots pour parler et…

Désolé.

La vision disparut, ne laissant devant lui qu’une âme en peine, réitérant une apologie qui ne semblait adressée à personne en particulier.

« Spencer. »

Il répéta le prénom d’une voix douce mais ferme, et après une brève hésitation, vint poser sa main sur son épaule. Une pression légère, à peine présente, et presque aussitôt envolée, mais nécessaire : c’était une façon de le faire revenir à lui, de l’ancrer dans la réalité. Au contraire d’Hannibal, Will initiait rarement un quelconque contact physique, et s’en servait avec parcimonie, conscient de ce qu’outrepasser l’espace personnel de quelqu’un pouvait provoquer.

« Spencer, écoutez-moi. » Il marqua une pause, autant pour appeler l’attention de son interlocuteur que pour chercher la meilleure façon de formuler le message qu’il voulait faire passer. « Je ne crois pas aux mauvaises personnes. Je crois aux mauvais actes. Je crois aux personnes hantées par de mauvaises pensées. Pas aux mauvaises personnes. Dans l’esprit de Hobbs, ses crimes faisaient sens, et à sa façon, il s’est efforcé d’honorer chacune de ses victimes. »

Il inspira profondément ; une bouffée d’air froid qui pénétra dans ses poumons avant de les quitter dans un souffle.

« Et je pense qu’il suffirait peu de choses pour que n’importe lequel d’entre nous fasse du mal. »

Ce n’était peut-être pas un réconfort en soi. Une simple vérité : toute personne avait déjà souhaité la mort d’une autre, de quelle que façon que ce soit. Ce potentiel – le potentiel de tuer – était inscrit en chacun, qu’il s’agisse simplement d’un instinct de survie face à une menace, ou d’une faiblesse qui, révélée, pouvait conduire à faire ressortir le pire de l’humanité.

« Mais il y a un pas important entre penser et agir, et un autre, tout aussi important, entre intentionnel et involontaire. »

Spencer lui apparaissait comme quelqu’un de troublé, certainement, mais pas quelqu’un de dangereux, sinon pour lui-même. Will s’autorisa à abattre ses propres barrières pour rencontrer un bref instant son regard avant d’ajouter calmement :

« Je ne vois pas Hobbs en vous. Mais peut-être que je me trompe et que vous souhaitiez empoisonner le docteur Lecter avec votre gâteau ? » Il arqua un sourcil avant de se pencher pour prendre un morceau de gâteau encore relativement intact qui n’avait pas quitté le plat – ou ce qu’il en restait. « Je suppose qu’il n’y a qu’une façon d’en avoir le cœur net. »

Et sans attendre de réponse, il enfourna le morceau dans sa bouche, prenant le temps de le savourer avant de l’avaler. Ce n’était pas un acte irréfléchi : pour les mille et une raisons parfaitement valides qui auraient pu pousser un patient à vouloir tuer Hannibal et à se voir accaparé de doutes au dernier moment, aucune n’avait sa place dans le respect dont Spencer témoignait en parlant de son psychiatre. C’était une preuve de foi en son innocence. Après une courte pause, il reprit :

« Je ne peux pas juger de son aspect, mais je ne vois rien à reprocher au goût, au contraire. Et je suis encore vivant. Je crains au final que le plus perdant dans cet accident ne soit le docteur qui ne pourra apprécier vos efforts. Ne soyez pas trop dur avec vous-même. »

Tendant la main, il ajouta d’un air un peu plus soucieux :

« Votre plaie semble assez profonde. Puis-je la voir ? »




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MessageSujet: Re: Two guys, one psychiatrist [Pv Will] Lun 11 Jan 2016 - 11:21

La voix de Will Graham lui parvint, mais Spencer était trop enfermé dans ses propres pensées, dans son apologie infinie, pour la prendre en compte et y répondre de manière appropriée. Peut-être avait-il encore trop de choses à se faire pardonner, trop de gens auprès desquels il souhaitait s'excuser... Seul le mot "Désolé" s'extirpait de ses lèvres, marmonné entre ses dents et répété inlassablement, adressé à la fois à Will et à tous ceux qui avaient un jour partagé sa vie.

Une main sur son épaule, une pression légère. Spencer sursauta brièvement, s'interrompant au milieu d'une énième excuse. Ses grands yeux explorèrent son environnement dans un mouvement paniqué avant de se focaliser sur Will, évitant de croiser son regard, imprimant dans sa mémoire le grain de sa peau, les boucles légères, tout ce qui le distinguait des autres et pourrait permettre à Spencer de le reconnaître plus tard, de tenter de ne pas se laisser berner par son esprit qui voudrait lui faire passer l'homme pour ce qu'il n'était pas. Un agent secret, un tueur l'ayant pris pour cible, un extraterrestre, que savait-il encore... Will Graham n'était rien de tout cela.

Il était l'homme qui avait résolu l'affaire de la Pie Grièche. Il était celui qui lui parlait avec douceur et ne le rejetait pas immédiatement en dépit de son étrangeté et de son inhabilité à entretenir une conversation banale et courtoise. Spencer, écoutez-moi. Et Spencer l'écouta, chassant difficilement les pensées intrusives, mobilisant son attention volatile.

Il l'écouta parce que, contrairement au Dr Lecter, Will Graham n'avait aucune obligation professionnelle à rester à ses côtés et à tenter de le comprendre. Quand bien même son thérapeute avait largement outrepassé les limites de sa profession, faisant pour Spencer bien plus qu'aucun psychiatre n'avait fait pour lui jusque là... Il l'écouta, agitant nerveusement ses doigts, luttant pour ne pas glisser à nouveau dans un cycle d'excuses répétées, pour ne pas laisser des idées parasites emporter ce qu'il y avait de meilleur en lui.

Spencer se mordit l'intérieur de la joue, contrarié. D'après Will, Hobbs s'était efforcé "d'honorer" ses victimes. Il n'avait pas cherché à les détruire ou à les humilier, mais juste à... à donner un sens, peut-être. L'homme avait cédé à ses impulsions. A ses idées. Et beaucoup de gens en avaient payé le prix. Spencer n'était pas fort. Face à ses idées, face à ses délires, il était faible, tellement faible... Et s'il cédait, comme Garrett Jacob Hobbs ? Et s'il perdait face à lui-même ?

Ses lèvres s'entrouvrirent. Les mots se précipitèrent, s'extirpant de sa gorge sans filtre aucun :

"Ces filles sont mortes. Parce qu'il a échoué à ne pas prêter l'oreille à ses pensées. Je ne sais pas le faire non plus. Elles sont et elles sont tellement convaincantes. Je... Je ne veux pas faire de mal... Je ne veux vraiment pas faire de mal à qui que ce soit."

Il suffirait de peu pour que n'importe lequel d'entre eux fasse du mal... Spencer le savait. Il se doutait bien qu'il était loin d'être le seul dans son cas. Mais il préférait mille fois être victime que bourreau. Tomber sous la folie de quelqu'un ou être son propre tourment. Se frapper pour ne pas frapper quelqu'un d'autre. Se mordre pour ne pas enfoncer ses dents dans la chair d'autrui. Se détruire pour préserver ceux qu'il aimait.

Spencer reporta son regard et son attention sur Will lorsque celui-ci reprit la parole. Il lui offrit un sourire maladroit, sans conviction. Volontairement ou non, pour le jeune homme, ça n'avait pas d'importance. Ca ne changerait rien au résultat, aux vies qu'il aurait pu ôter. Son père qu'il avait tenté de tuer, sa mère qu'il avait séquestrée et à qui il aurait pu faire tellement de mal... Et s'ils étaient morts ?

Un pas important entre intentionnel et involontaire... Mais ces deux situations menaient au même résultat. Un résultat à l'origine duquel Spencer ne voulait certainement pas être... Il était potentiellement dangereux, il le savait. Il pouvait blesser ceux qu'il aimait. Volontairement ou non... Au final, quelle importance ? Cela ne faisait pas de lui une meilleure personne... Juste une potentielle bombe à retardement...

Le regard de Will croisa le sien. Les battements du coeur de Spencer s'accélérèrent et il s'empressa de détourner les yeux, anxieux. Son angoisse s'accrut lorsque son interlocuteur suggéra qu'il aurait pu vouloir empoisonner le Dr Lecter. Le doute, soudain, avait pris place dans son esprit. A toute vitesse, Spencer s'efforçait de reconstituer l'instant précis où il avait confectionné le gâteau. Est-ce qu'il n'avait pas glissé quelque chose dedans ? Quelque chose qui n'était pas dans la recette ?

Will Graham prit un morceau de gâteau. Les yeux de Spencer s'écarquillèrent et il articula un "Non !" étranglé, le doute ayant surpassé toute forme de raison ou de logique. Il allait mourir... Will Graham allait mourir... A cause de lui. Il l'avait empoisonné. Il s'en souvenait, maintenant. Il avait glissé quelque chose dans le gâteau. La voix lui avait dit de le faire. Il ne s'en était plus rappelé. Il... Il avait failli empoisonner le Dr Lecter... Et maintenant, c'était Will qui... qui...

Spencer ferma les yeux, plaquant ses mains sur son visage. Il ne pouvait pas voir ça. Il ne pouvait pas assister à ça. Il connaissait à peine cet homme. Il l'admirait pour ce qu'il avait accompli, ce qu'il avait découvert au travers des articles de Tattle Crime, passant outre le venin de Freddie Lounds, ne s'attardant que sur le résultat. Il avait arrêté la Pie Grièche, mis fin à son cycle de meurtres, épargné la vie de jeunes filles qui seraient sûrement tombées entre ses griffes... Cet homme était quelqu'un de bien. Et il l'avait tué. Il l'avait tué.

La voix de Will lui parvint. Sursautant, Spencer cessa de masquer son visage, ouvrant les yeux. Il était vivant. Will Graham était vivant. Spencer savait qu'il aurait dû s'inquiéter de ses pensées impulsives, mais il ne pouvait songer qu'à l'intense soulagement qui parcourait ses veines, évacuant sa culpabilité, sa terreur, son angoisse. Il ne l'avait pas empoisonné.

Sans réfléchir, Spencer tendit sa main à son interlocuteur, prenant auparavant le temps d'essuyer négligemment la légère traînée de sang qu'il avait répandue sur son visage. Son regard scrutait Will, comme s'il peinait à croire que c'était bien lui qui lui faisait face, qui était vivant, en bonne santé et pas affecté par le poison qu'il avait pourtant la certitude d'avoir glissé dans son gâteau. Une grimace souriante s'étira sur le visage de Spencer :

"Vous n'êtes pas mort."

Il avait eu peur. Il avait eu tellement peur... Jamais il ne ferait de mal à cet homme. Jamais il ne voudrait faire de mal à qui que ce soit. Spencer voulait juste que les gens autour de lui soient heureux. Qu'ils n'aient pas à souffrir, en particulier par sa faute.

Sa main lui faisait mal, mais Spencer était habitué à la douleur, à la souffrance qu'il s'infligeait régulièrement. Qu'il se cogne la tête contre les murs pour faire taire les voix, morde ses lèvres pour éviter d'asséner des horreurs ou toute autre chose, il en avait l'habitude... Cela faisait partie de son quotidien, à une intensité plus ou moins forte. La douleur, il pouvait la supporter. Mais pas la souffrance inhérente à l'idée d'avoir fait du mal à quelqu'un d'autre. Ca, il ne s'y habituerait jamais.

Son attention se tourna à nouveau vers Will. Vers celui qui n'avait pas hésité à mettre sa vie en jeu pour quelqu'un qu'il ne connaissait pas. Tant de questions se bousculaient dans son esprit...

"P... Pourquoi m'avoir fait confiance, Will ? Vous auriez pu mourir ou... ou souffrir à cause de moi. Vous ne me connaissez pas. Je..."

Il se mordit une nouvelle fois la lèvre :

"Le Dr Lecter aussi, il... il me fait confiance. Il n'a pas peur de moi et il... il m'a juré que je ne finirais pas à l'hôpital, que je ne serais pas interné. C'est plus que ce que n'importe quel docteur a pu faire pour moi... Je ne comprends pas comment vous... vous pouvez croire en moi... suffisamment pour manger quelque chose que j'ai préparé ou... ou... "

Les mots peinaient à venir. Spencer n'arrivait pas à s'expliquer. Trop de choses à dire, trop de pensées qui se bousculaient... Il s'y perdait. Il ne savait plus à qui il songeait, de qui il souhaitait parler, à qui il voulait s'adresser. Devant les noeuds inextricables de son esprit, Spencer finit par abandonner la partie et murmura un timide "Merci...", laissant Will Graham examiner sa main à loisir.

Il avait toute confiance en cet homme. Mais il ne comprenait pas comment Will pouvait seulement croire en lui...



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Fonda
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MessageSujet: Re: Two guys, one psychiatrist [Pv Will] Jeu 4 Fév 2016 - 20:01

Two guys, one psychiatrist
ft. Spencer Hawthorne


C’était si facile de se retrouver dans les propos de Spencer. Dans ses peurs. Ce que Will craignait le plus, c’était lui-même. Peut-être qu’Hannibal avait raison de reconnaître en lui un pair. Il avait déjà tué, deux fois, et n’en avait ressenti aucune culpabilité. Ou plutôt, la seule culpabilité qu’il avait ressentie était due au fait que précisément, il n’en éprouvait pas. Il avait même pris un certain plaisir à tuer Randall Tier. Jusqu’où la légitime défense justifiait-elle le meurtre ? Il ne pouvait pas se cacher des ténèbres qui étaient en lui. Il ne pouvait que les repousser, encore et encore. D’une certaine façon, cela expliquait pourquoi il avait tant besoin de croire en l’innocence du jeune homme. Mais il ne pouvait pas lui offrir de promesses, et ses mots de réconfort étaient teintés par ses propres doutes, même s’il était plus aisé de croire en Spencer qu’en lui-même.

« Vous oubliez qu’il y a une différence majeure entre Hobbs et vous. A l’exception d’Elise Nichols qu’il ne pouvait pas honorer, Hobbs ne ressentait pas de culpabilité face à ses crimes. Il était troublé, mais pas en lutte contre lui-même. Il embrassait ses démons. Cette part de vous qui redoute tant de faire du mal est votre ancre morale, et elle vous donne la force de résister. »

Il ne l’ajouta pas, mais considérant les élans autodestructeurs dont Spencer faisait preuve, il y avait de grandes chances pour que s’il bascule malgré tout un jour, il soit le premier à s’arrêter, et probablement de manière assez radicale. Sa culpabilité et son sens moral ne disparaîtraient pas soudainement ; au contraire, ils ne feraient que s’accentuer. Il y avait d’ailleurs de grandes chances pour que ses craintes soient alimentées par quelque chose qu’il avait fait ou vécu par le passé. Will n’était pas psychiatre, et il était probablement la dernière personne vers qui rechercher une quelconque forme de stabilité, mais il connaissait suffisamment les rouages de l’esprit humain et avait suffisamment côtoyé les âmes les plus torturées pour comprendre une chose ou l’autre en psychologie.

Et peut-être qu’il y avait été un peu fort en parlant de gâteau empoisonné et en mangeant un morceau sous le nez de Spencer, mais un geste valait parfois mille mots, et sa foi ne pesait pas bien lourd s’il ne pouvait pas la prouver. Peut-être qu’il était trop tard pour lui-même et qu’il ne faisait que reculer l’échéance, retarder l’inévitable. Mais cela ne signifiait pas que son premier élan face à un oiseau tombé du nid ne serait pas de lui venir en aide. C’étaient ceux qu’il ne pouvait pas sauver qui continuaient à le hanter. Ceux qu’il fallait écraser, broyer entre ses doigts. Il ignora la soudaine démangeaison des jointures de ses doigts en se rappelant de la violence de ses coups sur le visage de Randall Tier et des écorchures qu’il en avait récolté.

Le sourire hésitant de Spencer était suffisant pour que ses lèvres s’étirent légèrement à son tour tandis qu’il répétait calmement :

« Je ne suis pas mort. »

Les paroles de Spencer concernant Hannibal le surprirent légèrement. Ce serait bien la première fois que le psychiatre n’exploitait pas les pulsions les plus sombres d’un de ses patients - que ce soit par simple amusement/curiosité, ou pour l’envoyer en direction de Will. Ce n’était pas exactement comme si le potentiel manquait, et sous l’influence de quelqu’un comme Hannibal, en qui il avait visiblement pleine confiance, il imaginait que Spencer pouvait être aisément manipulable. Pourtant, à en croire ce qu’il disait, ce n’était pas le cas. Peut-être avait-il d’autres desseins en tête. Ou peut-être qu’il se comportait simplement comme le psychiatre respectable que sa réputation le disait être. Transformer son cabinet en usine à fabriquer des tueurs en série était le meilleur moyen d’attirer l’attention du FBI sur lui.

« Peut-être que le docteur et moi voyons en vous quelque chose que vous ne voyez pas encore. » Il marqua une courte pause avant d’ajouter avec sincérité : « Je sais combien il peut être difficile de croire en soi lorsqu’on ne parvient pas même à distinguer le rêve de la réalité, le souvenir d’une affabulation. Je suis bien placé pour comprendre ça. »

Et Hannibal était supposé être son ancre. S’assurer qu’il revenait toujours à bon port. Qu’il ne sombrait pas là où personne ne pourrait le repêcher. Au lieu de ça, c’était lui qui l’avait tenu éloigné des rives de la réalité et de la lucidité. Qui l’avait tiré plus loin dans la folie. C’était un miracle que Will ne se soit pas noyé. Mais il ne ferait pas l’erreur deux fois.

Saisissant délicatement la main de Spencer dans la sienne tout en conservant son toucher clinique au possible pour ne pas mettre le jeune homme mal à l’aise, il profita du répit pour inspecter la plaie silencieusement, ne sachant exactement comment répondre à la gratitude du jeune homme alors qu’elle lui semblait si peu méritée. Se redressant lentement après quelques secondes, il relâcha doucement la main et murmura :

« Ça ne semble pas être grave, mais la plaie est profonde, mieux vaut nettoyer ça. Le docteur possède certainement un kit de secours dans son cabinet… Et ce sera l’occasion pour vous de voir que vos craintes n’étaient pas fondées. »

Jetant un regard vers le carnage au sol qu’ils laissaient pour le moment derrière eux, il se fit la remarque mentale qu’Hannibal n’apprécierait probablement pas que règne une telle saleté devant son cabinet, et cela ne fit que le convaincre de ne pas plus s’y attarder. Les petites victoires se savouraient aussi.

Il se dirigea vers la porte sans attendre de réponse, ne laissant pas à Spencer l’occasion de protester, mais ne le forçant pas à le suivre non plus. Pénétrant dans le hall d’entrée, il toqua à la porte du cabinet d’où ne provenait pas un son, et attendit patiemment qu’on vienne lui ouvrir. Lorsque la silhouette familière se dessina dans l’embrasure, il fit un pas sur le côté pour révéler qu’il n’était pas seul, désignant brièvement la main ensanglantée de celui qui l’accompagnait.

« Je suis désolé de vous importuner hors de vos heures de travail docteur, mais je suis, assez littéralement, tombé sur un de vos patients, et je crois que vos bons soins sont requis. »




embrace the madness

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PUS
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MessageSujet: Re: Two guys, one psychiatrist [Pv Will] Ven 5 Fév 2016 - 13:25

Qu'est-ce que Will Graham et le Dr Lecter pouvaient bien voir en lui ? Spencer était incapable de trouver une réponse satisfaisante à cette question. Tous deux, à leur manière, lui offraient une confiance qu'il était certain de ne pas mériter.

Peut-être devrait-il questionner Jacob à ce sujet, son meilleur ami était toujours là pour répondre à ses doutes et à ses craintes. Mais peut-être manquerait-il d'objectivité... Jacob et lui étaient compagnons de galère, après tout. Ce que Jacob voyait en lui était probablement très différent de ce que Will Graham et le Dr Lecter pouvaient percevoir. Différent et insaisissable aux yeux de Spencer Hawthorne, plus prompt à se dévaluer qu'à estimer qu'il puisse exister quelque chose de bien en lui.

Will Graham était toujours là, à lui parler, à tenter de le rassurer, à lui sourire. Spencer peinait à croire que tout cela soit réel, bien que la douleur qui pulsait dans sa main écorchée le poussait à penser qu'il n'était pas en train de rêver ou d'halluciner.

"Merci" n'était pas un mot assez fort pour exprimer ce que le jeune homme ressentait pour Will Graham à cet instant précis, mais il n'avait pas d'alternative. Peut-être devrait-il lui faire un présent pour lui témoigner sa gratitude ? Mais Spencer n'était pas certain de le revoir un jour, après cette rencontre... Pourquoi Will Graham chercherait-il à passer à nouveau du temps en sa compagnie ? Il avait sûrement mieux à faire de son existence. Il avait un travail, une vie bien à lui...

Il n'avait qu'une place temporaire à accorder à Spencer et le jeune homme en avait parfaitement conscience. Ce pourquoi, en dépit de la souffrance et de l'anxiété, il savourait l'instant présent, ce moment passé avec quelqu'un qui le comprenait et qui voulait bien rester à ses côtés, sans être payé pour cela ou forcé d'une quelconque manière. Spencer se sentait bien, en compagnie de Will Graham.

Le jeune homme le laissa examiner sa main, un sourire doux aux lèvres, avant que son interlocuteur ne reprenne la parole, lui arrachant son expression de félicité par la même occasion. Les yeux de Spencer s'écarquillèrent et, le coeur battant, il souffla :

"Je... Ce n'est rien, ce n'est pas la peine de déranger le Dr Lecter, je... c'est... c'est pas..."

Il voulait prendre ses jambes à son cou. Tout plutôt que d'importuner son psychiatre. Tout plutôt que de lui prouver que, une fois encore, Spencer avait été incapable d'aller à l'encontre de ses pulsions auto-destructrices. Il ne voulait pas le décevoir. L'entendre soupirer face à son absence de progrès. L'ennuyer une fois encore, en-dehors de leurs heures d'entretien. Et... Et ce désordre qu'il avait causé, sur son palier...

Pourtant, il ne s'enfuit pas. Dans un mouvement automatique, il précéda les pas de Will Graham, les battements de son coeur s'accélérant sous l'angoisse qui le saisissait, sa tête se retournant régulièrement vers le carnage qu'il laissait derrière lui. Il n'avait pas le droit de laisser ça comme cela... Il... Ce n'était pas bien... Il ne fallait pas...

Spencer sursauta lorsque Will toqua à la porte, baissant honteusement les yeux quand cette dernière s'ouvrit. Il ne pouvait pas croiser le regard du Dr Lecter. Pas alors qu'il avait commis tant d'erreurs, qu'il avait fait preuve de tant d'ingratitude...

Le Dr Lecter n'hésitait pas à outrepasser les limites de sa profession pour lui venir en aide, il sacrifiait de son temps libre pour être à ses côtés, le rassurer, le faire progresser, et... et lui, il... il se blessait, volontairement. Il répandait de la nourriture et des débris à l'entrée de l'établissement de son psychiatre. Il... Il gâchait tout, comme toujours.

Will Graham reprit la parole, pointant du doigt la main blessée de Spencer. Ce dernier la dissimula dans son dos, se mordant brièvement la lèvre, avant de clamer d'une voix qu'il voulait convaincante :

"Je vais bien !"

Le regard toujours rivé vers le sol, Spencer répéta plusieurs fois, à toute vitesse, qu'il allait bien, comme s'il cherchait à se convaincre tout autant qu'il voulait persuader son thérapeute. Après tout ce qu'il avait fait endurer au Dr Lecter, il n'allait pas, de surcroît, l'obliger à le soigner ! Il... Il ne méritait pas ce genre d'attentions... Il fallait qu'il répare ses dégâts, qu'il nettoie tout et... et qu'il parte, voilà tout ! Il s'occuperait de sa main chez lui. Ce n'était pas grave. Pas besoin de... de le déranger...

Tremblant, paralysé sur place, Spencer était incapable de mobiliser ses jambes pour parvenir à s'éloigner, à retourner au palier, à s'occuper de nettoyer ce désordre qu'il avait abandonné derrière lui. Il restait figé, les yeux baissés, le visage écarlate, répétant désespérément qu'il allait bien. Son disque rayé finit par changer de chanson, le jeune homme murmurant d'une voix embarrassée :

"Je suis désolé. Je... Ma main, elle n'a rien de grave, je... je vais tout nettoyer et... je... Pardon de vous déranger. Pardon."

La culpabilité l'écrasait, le malmenant jusqu'au plus profond de son âme. La Voix était là, tapie dans son esprit, à lui souffler vicieusement qu'il n'était qu'un vaurien. Qu'il n'était guère capable que de faire souffrir ceux qui tenaient à lui. Pourquoi était-il toujours là ? Lui qui était tout juste bon à empoisonner la vie de celles et ceux qui avaient le malheur de le côtoyer, de près ou de loin ?

Ses mains se collèrent furieusement contre ses oreilles, alors qu'il tentait de faire taire la Voix, de trouver le moyen d'organiser ses pensées suffisamment pour pouvoir s'excuser correctement et réparer ses erreurs. Il ne parvint guère qu'à murmurer un énième "Pardon...", tout aussi bien à l'adresse du Dr Lecter que de Will Graham. Pourquoi perdaient-ils leur temps avec lui ? Pourquoi ?



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ETR
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MessageSujet: Re: Two guys, one psychiatrist [Pv Will] Mar 16 Fév 2016 - 18:32

Spencer, Will & Hannibal


Two guys, one psychiatrist




Sur l'agenda en cuir du Dr. Lecter, le dernier rendez-vous de chaque mercredis était réservé à Will Graham, à dix-neuf heures précises. Une constante devenue habitude. Après cela, Hannibal retranscrivait les points culminants de leurs discussions puis rentrait chez lui. Il fut donc surpris, ce soir-là, de se retrouver face à son ami tout juste parti dans l'embrasure de la porte, la pénombre forçant les ombres de ses traits. Doucement, en signe de curiosité, il pencha doucement la tête sur le côté, de manière anodine, le prénom de son interlocuteur au bord des lèvres en une interrogation presque silencieuse. Ses yeux tombèrent alors sur Spencer Hawthorne, transi d'excuses, la tête basse, gêné et visiblement blessé à la main. La surprise fit aussitôt place à une semi compréhension, un amusement dissimulé derrière un masque de courtoisie, et un demi-sourire sympathique. Hannibal recula d'un pas, les laissant tous deux pénétrer dans son bureau. Il ralluma la lumière et raccrocha sa veste au porte manteau. Les ombres s'évanouirent, et la clarté vint s'accrocher au fond de chacune de leurs prunelles.

La situation était impromptue... Will Graham et Spencer Hawthorne réunis dans la même pièce. Cette pièce où tous deux recevaient ses soins, et surtout ses conseils. Où tous deux se confiaient sur leurs vies... Les choses étaient différentes dans chacun des cas, évidemment, mais des entrecroisements d'événements comme celui-ci ne faisaient qu'attiser l'amusement teinté de curiosité au fond des yeux d'Hannibal. Lueur invisible et pourtant finement présente.
Posément, il analysa la situation et sa main vint naturellement – mais brièvement – trouver l'épaule de Spencer, désireux de ne pas le perdre si vite dans les méandres d'une culpabilité irrationnelle et écrasante. Ses yeux se posèrent sur sa main blessée, présentement plaquée sur l'une de ses oreill pour se protéger de voix audibles de lui seul, au creux de sa tête. Le psychiatre l'observa posément quelques instants, laissant s'étirer le flot de « pardons » étranglés qui se répercutèrent faiblement contre les murs de la pièce.

« Il n'y a aucune raison de vous excuser, Spencer. Je vous en prie, asseyez-vous. » déclara-t-il de sa voix habituelle : ferme mais calme.

Les doigts d'Hannibal vinrent de nouveau faire pression sur l'épaule du jeune homme, lui désignant un siège de sa main libre. Il se dirigea ensuite vers le fond de son bureau, ouvrant les portes vitrées d'une armoire pour en tirer une boîte où se trouvaient bandages et désinfectant, et attrapa également trois verres et une bouteille de vin.

« Je vous remercie d'avoir accompagné Spencer jusqu'ici, Will. Votre attirance pour les êtres éperdus et blessés est toujours intacte... Puis-je vous demander de servir le vin tandis que j'examine sa plaie ? »

Hannibal désigna également une carafe d'eau posée sur son bureau, il doutait que Spencer soit un consommateur assidu d'alcool, ou, en tout cas, qu'il puisse apprécier le goût du vin. Il s’accroupit ensuite à côté du siège de son patient et saisit délicatement sa main dans la sienne pour y appliquer le produit ; après quoi, il déposa à côté de lui les bandages pour le laisser se débrouiller. Il ne s'agissait pas d'un manque de considération pour sa blessure – peu profonde mais tout de même inquiétante –, mais plutôt une incitation à l'autonomie. Ils travaillaient dans cette optique depuis quelques temps déjà, après tout.
Un instant, Hannibal ferma les yeux ; diverses effluves parvinrent à ses narines. L'hiver se mêlant à la sueur contre des vêtements bons marchés, agrémenté d'une pointe amer dû au chocolat noir. Le psychiatre se redressa lentement, la tête toujours penchée en direction de Spencer, l'ombre d'un sourire accroché au coin de ses lèvres alors qu'il se remémorait l'une de leur ancienne conversation sur la cuisine.

« Avez-vous avancé dans vos exercices culinaires dernièrement, Spencer ? »

Hannibal s'avança vers la fenêtre et jeta un rapide coup d’œil dans la rue. Ses yeux tombèrent sur un plat brisé, dont le verre se reflétait à la lueur d'un réverbère et au contenu répandu sur le sol. Un muscle de sa mâchoire se contracta, mais rien ne parut sur son visage lorsqu'il se retourna vers ses deux visiteurs. Son regard se posa néanmoins sur Will, entre désapprobation et amusement alors qu'il s'avançait dans sa direction pour se placer à ses côtés, face à Spencer, comprenant mieux son anxiété à son arrivée.

« Il reste en effet quelques vestiges de votre rencontre en bas de mon cabinet. … Cela ne fait rien. » ajouta-t-il avant que Spencer ne s'emballe trop rapidement. D'ordinaire, le Dr. Lecter s'occupait lui-même du ménage de son bureau, et de sa maison, mais il songeait de plus en plus à embaucher quelqu'un en se qui concernait son lieu de travail. Néanmoins, il restait sceptique. Étant donné l'heure tardive, Hannibal aurait pu les inviter tout deux à dîner, intéressé par les réactions de Spencer en une situation inconnue et anxieuse, ajouté à la moindre dose prescrite de ses médicaments. « Je suis navré pour votre plat, Spencer. Peut-être puis-je tout deux vous inviter à dîner, l'heure tourne et je ne voudrais pas vous voir reprendre la route le ventre vide. Et cela vous donnerait l'occasion de recommencer pour le dessert. »

Hannibal trempa ses lèvres dans son verre de vin et en but une gorgée.
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MessageSujet: Re: Two guys, one psychiatrist [Pv Will] Sam 19 Mar 2016 - 16:05

Two guys, one psychiatrist
ft. Spencer Hawthorne


Il n’avait eu qu’une fraction de seconde pour regretter sa décision avant que la porte ne s’ouvre sur Hannibal ; une hésitation vite annihilée par la curiosité face à cette situation, somme toute assez inédite. Une part de lui avait néanmoins le sentiment de pousser Spencer dans la gueule du loup. Bien sûr, il n’avait pas attendu Will pour s’y jeter sans le savoir, et l’agent ne pouvait tout simplement pas protéger chaque âme égarée qui échouait dans le cabinet du docteur Lecter. Mais il éprouvait à présent une responsabilité vis-à-vis de cette âme-ci, alimentée par cette empathie qui lui était impossible de ne pas ressentir, à plus forte raison vis-à-vis du jeune homme, si aisé à lire, et si intense dans ses réactions.

Quant à lui aussi impassible et serviable qu’à son habitude, ce fut sans surprise qu’Hannibal les invita à rentrer, ignorant les protestations de Spencer, bien malgré lui placé dans une position délicate qui ne devait qu'accentuer le stress qu'il avait ressenti en se poussant à venir jusqu'ici. Légèrement en retrait, Will les laissa passer devant lui, observant avec intérêt l’attitude du psychiatre vis-à-vis de son patient, s’attardant légèrement sur la main qui avait trouvé l’épaule du jeune homme, une présence qui se voulait ferme mais non intrusive et qui lui laissait un goût de déjà vu. Dans les méandres de son esprit, incapable de distinguer le rêve de la réalité, ce contact s’était fait à plus d’une reprise un ancrage - un ancrage, comme il l'avait compris trop tard, non pas dans le présent mais dans une forme différente, plus lucide, de folie. Une manipulation subtile qui s’exerçait à un degré inconscient, d’apparence aussi innocente que l’utilisation répétée d’un prénom. Ce fut d'ailleurs en entendant le sien que Will revint à lui. Votre attirance pour les êtres éperdus et blessés est toujours intacte. Un léger rictus dépréciatif mais uniquement adressé à lui-même se dessina sur ses lèvres à ces mots. Il ne pouvait nier ressentir ce désir irrépressible de ramasser toutes les créatures brisées qu’il rencontrait sur sa route pour les sauver, mais l’attrait devait être mutuel, à en juger la façon dont il semblait les attirer.

Surveillant Spencer du regard, il n’offrit pas de réponse mais se dirigea vers le cabinet où il savait les verres rangés pour servir deux verres de vin rouge, et sous l’indication d’Hannibal, un verre d’eau. Revenant à leurs côtés pour déposer les coupes de cristal, il nota la façon dont Hannibal semblait humer l’air discrètement, et ne cacha pas son intérêt lorsqu'il évoqua les progrès culinaires du jeune homme, très certainement mis sur la voie par son odorat. Si Will ne s’en étonnait plus, il restait continuellement fasciné par la mémoire olfactive dont l’homme disposait ; un atout aussi utile qu’unique qu’il ne devait pas faire l’erreur de sous-estimer.

La plaie nettoyée, la tâche consistant à la panser fut abandonnée à Spencer, et il n’était pas difficile de comprendre pourquoi. Même hors des heures de consultation, Hannibal continuait à appliquer ses conseils et traitements sans faillir, et Will ne parvenait à distinguer aucune intention déguisée derrière ses mots et ses gestes – ce qui ne signifiait cependant pas qu’il n’en avait pas, il était bien placé pour le savoir.

Lorsque le psychiatre avança vers la fenêtre pour constater les dégâts avant de tourner un regard un tantinet réprobateur vers lui, il ne put que dissimuler tant bien que mal son sourire satisfait dans une gorgée de vin. Mais le sourire disparut bien vite à l’invitation qui leur était faite, et il croisa brièvement le regard d’Hannibal, sondant ses iris sombres comme pour y trouver la réponse à une question non formulée. Accepter l’offre revenait à perdre la neutralité du territoire ; ils n’étaient pas moins en danger ici qu’ils ne le seraient dans sa maison, mais en les invitant, Hannibal abattait sciemment les limites entre docteur et patient. S’il pouvait se cacher derrière le fait qu’officiellement, aucun lien professionnel ne l’avait jamais lié à Will, ce n’était probablement pas le cas de Spencer. Certainement pas sa première ni dernière brèche éthique, mais cela ne lui inspirait rien de bon. Il avait envie de préserver le jeune homme, autant de l’influence d’Hannibal que de l’origine des plus douteuses de sa viande. Mais décliner n’était pas sans risques non plus : manifester autre chose que de l’indifférence quant au sort de Spencer c’était donner au psychiatre une raison de le faire sortir de sa vie comme il l’avait fait pour tant d’autres – peu importait de quelle façon. Et il ne connaissait pas assez la relation que les deux entretenaient pour présumer de celle-ci.

« J’imagine que Spencer sera de mon avis lorsque je dis que nous ne souhaiterions pas nous imposer ainsi à l’improviste. »

Alors qu’une idée lui traversait l’esprit, un possible compromis, il ajouta :

« A vrai dire, le gâteau devait être un présent pour vous, et c’est indirectement de ma faute s’il est gâché, c’est donc plutôt à moi de soumettre une invitation. La route jusqu’à Wolf Trap risque d’être longue, mais je connais un restaurant sympathique assez peu fréquenté non loin d’ici. »

Une lueur de défi brillait dans ses yeux alors qu’il échangeait un nouveau regard avec Hannibal, parfaitement conscient de tester une fois de plus ses limites en le soumettant à une autre cuisine que la sienne – d’autant que les goûts de Will étant loin d’être aussi exigeants et aussi luxueux, il pouvait s’attendre très justement à ce que le restaurant en question soit plutôt simple – mais au moins il ne mentait pas sur la qualité de leur service. Se tournant enfin vers Spencer, à qui la décision finale revenait étant la seule raison de leur réunion présente, il reprit plus doucement :

« Le choix vous appartient. Nous pouvons également sortir d’ici en prenant des voies séparées si vous préférez. Il y a aura d’autres occasions pour refaire ce gâteau, je ne doute pas qu’il sera aussi bon que celui-ci. »

C’était probablement la meilleure option pour tous, mais Will était resté prudemment neutre, n’exerçant aucune pression quelle qu’elle fut, soucieux autant de ne pas piéger Spencer au milieu du terrain de jeu qu’Hannibal et lui s’étaient créé, que de respecter les frontière du dit terrain. Il avait beau flirter avec les limites, il savait quel était le prix à payer lorsqu’il les outrepassait. Il n’avait pas l’intention de pousser Spencer vers le même sort qu’Abigail ou Beverly avaient connues avant lui.




embrace the madness

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PUS
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MessageSujet: Re: Two guys, one psychiatrist [Pv Will] Dim 27 Mar 2016 - 21:55

Une main se posa sur son épaule. Un contact particulier auquel Spencer s'était habitué et qu'il ne repoussait pas. Tout comme Jacob, d'ailleurs. Deux êtres à qui il accordait une totale confiance, pour des raisons bien différentes. Lentement, le jeune homme cessa de presser ses mains sur ses oreilles, s'accrochant au timbre particulier du Dr Lecter et à son contact pour revenir pleinement dans la réalité.

Ne plus s'excuser. S'asseoir. D'accord. Docilement, Spencer s'exécuta, toujours aussi réceptif aux commandes de son psychiatre. Se balançant légèrement sur son siège, les yeux fermés, le jeune homme s'efforça de maîtriser sa respiration et de faire taire les injures et insultes qui pleuvaient dans son esprit. Non, il ne méritait pas de retourner à l'hôpital parce qu'il avait sali le porche du cabinet du Dr Lecter. Non, cela ne signifiait pas qu'il ferait mieux de mourir au lieu de continuer de polluer la vie de tout le monde. Spencer avait le droit d'être là, sur cette planète, comme n'importe qui d'autre. Il avait le droit de vivre.

Se concentrant sur ses propres pensées, Spencer avait fait abstraction du monde extérieur et ne s'était rouvert à ce dernier que lorsque le Dr Lecter était revenu à ses côtés, examinant sa main blessée avec attention. Le jeune homme adressa un sourire maladroit à son praticien, qui se transforma en grimace quand le produit fut appliqué sur son épiderme meurtri. Il resta pourtant immobile, désireux de ne pas déranger le docteur et de le laisser faire ce qu'il avait à faire.

Spencer haussa brièvement le sourcil lorsque le Dr Lecter se retira et déposa des bandages à ses côtés. Il lui fallut un court instant pour se rappeler de l'optique de leur thérapie et en déduire ce que le praticien attendait de lui : se prendre en charge. En toute autonomie. Un petit "Oh." de réalisation lui échappa, avant qu'il ne s'empare des bandages d'une main légèrement tremblante. Tant bien que mal, il s'efforça alors de prendre soin de sa plaie, se mordant la lèvre inconsciemment dans sa concentration.

Comme à leur habitude, ses doigts refusaient de lui obéir correctement. Sa main laissa échapper une première fois le rouleau de bandages, obligeant Spencer à le ramasser, les joues rouges d'embarras. Il n'osa pas lever la tête, craignant de déceler du mépris ou de la pitié dans les regards du Dr Lecter et de Will Graham. Allez... Un petit effort...

Le bandage était grossier, mais il faisait son office. Remerciant les deux hommes pour le verre d'eau, Spencer s'empara précautionneusement de sa coupe de cristal, tremblant à l'idée de la faire tomber. L'objet devait probablement valoir une fortune. Un bel ouvrage... Le mettre entre ses mains, c'était prendre un risque inconsidéré. Spencer en vida le contenu aussi rapidement que possible, manquant de s'étouffer, avant de reposer la coupe, aussi loin que possible de sa personne. Mieux valait éviter une énième catastrophe, à cause d'un mouvement malheureux...

Spencer hocha timidement la tête à la question du Dr Lecter, se mordant à nouveau la lèvre dans un geste contrarié. Techniquement, il s'était amélioré, oui. Il avait pu mener sa recette jusqu'au bout, même si le résultat était loin d'être à la hauteur. C'était bien plus que tout ce qu'il avait pu faire jusqu'alors. Mais tout cela avait été gâché par sa terrible maladresse. Encore.

La gorge serrée, Spencer peinait à prendre la parole. Il parvint toutefois à s'excuser une nouvelle fois quand Hannibal constata les dégâts, murmurant d'une voix tout juste audible :

"Je suis désolé. Je... euh... Je ferais mieux la prochaine fois. Je vous le promets."

Il tenta un nouveau sourire, avant de se ronger les ongles, contrarié. Il ne se sentait pas à sa place. Du peu qu'il avait pu voir, Will Graham et Dr Lecter semblaient partager plus qu'une simple relation patient/psychiatre. Spencer avait la sensation d'être intrusif et rêvait de se terrer dans un trou de souris, loin de tout et de tout le monde. Tous deux étaient hommes du monde, capables d'y explorer avec aisance, quand lui n'était encore qu'un gamin qui se demandait toujours quel sens pouvait bien avoir sa vie...

Ce pourquoi les derniers mots du Dr Lecter déclenchèrent chez lui une réaction spontanée, immédiate et, très certainement, des plus rudes :

"Non !"

Ses mains, qu'il avait reposé sur ses genoux, s'étaient crispées en poings, son corps secoué de brefs tremblements. Il lui fallut quelques instants pour réaliser ce qu'il venait de faire et, horrifié, il parvint tout juste à articuler un maigre "P-Pardon !". Il avait paniqué. Paniqué devant ce que le Dr Lecter lui proposait. Venir chez lui. Manger. Chez lui. Dans sa maison.

Ce n'était pas sa place. Ce n'était définitivement pas sa place. Il... Il allait faire tache et... et Will Graham et le Dr Lecter pourraient voir l'étendue de ses problèmes moteurs, de ses incapacités... Il ne pouvait pas supporter ça. Le profiler lui offrit d'ailleurs une porte de sortie, suggérant un restaurant peu fréquenté. L'idée était plus... acceptable. Spencer paierait son repas et n'aurait pas à être plus redevable qu'il ne l'était déjà envers le Dr Lecter. Il ne risquait pas de briser quoi que ce soit chez lui. Il... Il ne salirait rien par sa présence.

Inspiration. Expiration. Spencer retrouva suffisamment son calme pour parvenir à s'exprimer convenablement. Essuyant ses yeux humides d'un geste rapide, il souffla timidement, encore honteux de son explosion précédente :

"Je... euh... Dr Lecter, si... si cela ne vous dérange pas, je... je crois que le restaurant conviendrait mieux. Je... hem... Je n'ai pas ma place chez vous et je... Vous avez déjà fait tellement pour moi. Vous n'avez pas à cuisiner ou... ou à faire quoi que ce soit pour moi. Je suis désolé pour... pour mon attitude, Dr Lecter."

Il ne méritait pas ses sautes d'humeur. Le psychiatre avait tant fait pour lui... Et voilà comment il le remerciait. Spencer crispa à nouveau ses poings, résistant difficilement à l'envie urgente de se frapper. De se punir.



Spoiler:
 
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ETR
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MessageSujet: Re: Two guys, one psychiatrist [Pv Will] Mer 11 Mai 2016 - 18:11

Spencer, Will & Hannibal


Two guys, one psychiatrist




Immobile, Hannibal regarda les deux individus tour à tour. Refuser une invitation n'était pas de bon ton, mais cela ne l'étonnait ni de l'un, ni de l'autre. Spencer se montrait bien trop angoissé à l'idée de pénétrer dans sa maison, ne serait-ce que par peur de casser quelque chose. Quant à Will... Eh bien... Plus il se tenait éloigné de la cuisine du Dr. Lecter, mieux il se portait. La déclinaison avait pour mérite d'être courtoise, et la seconde proposition énoncée correspondait à un compromis envisageable. Ce fut seulement la lueur de défi qu'il vit briller dans les yeux de Will qui acheva de le convaincre, amusé. L'ombre d'un sourire étira finement les traits de son visage, laissant faiblement percevoir sa réaction. Il espérait simplement ne pas regretter ce choix, mais il en doutait car la soirée promettait au moins d'être intéressante. Si la cuisine n'était pas un détail, Hannibal avait cependant vécu pire insulte qu'un plat mal assaisonné. Ce qui ne l'empêcherait sûrement pas d'ajouter une carte de visite à sa collection, si jamais le service ne se montrait pas à la hauteur de ses attentes.

Hannibal tourna doucement la tête vers Spencer qui, après s'être écrié, semblait reprendre lentement sa respiration, l'affolement éloigné par la proposition neutre de Will. Le psychiatre passa ses mains derrière son dos, attendant l'humble décision de Spencer quant au déroulement de la soirée. Il allait sans dire qu'Hannibal ne forcerait personne à faire quoique se soit – l'avait-il déjà fait ? Il accepterait le refus avec un hochement de tête, une phrase de politesse énoncée du bout des lèvres, mais une contrariété bien présente. Au fond, il n'appréciait guère ce net refus, bien qu'il n'y ait rien de surprenant là-dedans. Ses yeux tombèrent sur les poings serrés de Spencer, sur le point d'exploser. Il pouvait sentir d'ici la tension qui s'opérait dans l'esprit du jeune homme, et les efforts qu'il fournissait pour ne pas céder à la tentation de se violenter.

Il fallait donc couper court.

« Votre proposition est tout à fait convenable, j'imagine. Il sera intéressant d'expérimenter d'autres horizons. » Culinaire. Ou social. Il s'avança vers Spencer et posa sa main sur son épaule, apaisant. « Je suis navré pour votre gâteau, vous trouverez aisément un autre jour pour vous exercer. Puis-je vous faire patienter quelques minutes ? » ajouta-t-il en s'adressant à ses deux interlocuteurs. « Je dois fermer mon cabinet. »

Hannibal les regarda tous deux s'éloigner. Il se hâta de nettoyer les verres utilisés, de les ranger à leur place, tout comme les quelques bandes médicales inutilisées, puis sortit dans le couloir. Le cabinet fut aussitôt plongé dans les ténèbres. La porte se referma sur les talons d'Hannibal en un claquement à peine audible. La clé tourna dans la serrure, rapide. Hannibal se redressa, attachant son manteau, se préparant à sortir dans l'atmosphère plus froide de l'hiver et descendit les marches le menant sur le perron. Il jeta un rapide coup d’œil au désordre qui régnait à présent devant la porte de son cabinet mais ne s'y attarda pas longtemps. Le gâteau serait rapidement nettoyé. Ce qui ne l'empêcha pourtant pas de grincer imperceptiblement des dents.

« Je vous suis, Will. » affirma-t-il alors, le laissant les conduire, leur montrer la voie. Il lui adressa un regard appuyé, avant de monter dans son propre véhicule, Spencer à côté de lui. Le jeune homme l'avait suivi, comme poussé par une quelconque habitude. Hannibal détacha son regard de Will, qu'il vit disparaître dans sa voiture, et reporta son attention sur son second patient. « Ne vous inquiétez pas pour tout ceci, Spencer. Voyez cela comme un nouvel exercice. »

Hannibal mit le contact et démarra, suivant la voiture de Will à travers le léger brouillard que formait les ténèbres après la pluie.
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