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 If it doesn't break you, it will make you. || Will. ♥

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ETR
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MessageSujet: If it doesn't break you, it will make you. || Will. ♥ Sam 19 Déc 2015 - 0:43

Will & Hannibal

Réveillon



La neige avait cessé de tomber. Lentement, pour ne pas réveiller la personne avec qui il partageait le lit, Hannibal tourna la tête vers l'une des fenêtres aux volets fermés. Une faible lueur, encore pâle et assoupie, filtrait paresseusement à travers la vitre. Les doigts du psychiatre remontèrent lentement le long des draps, et sa main alla se perdre dans la chaleur d'une fourrure canine. Doucement, il referma les yeux, laissant paraître au coin de ses lèvres un amusement des plus prononcé.

* * *

Le réveillon de noël était un jour saint, empli d'un délicat apaisement, une sérénité réconfortante. D'ordinaire, Hannibal Lecter aurait profité de l'occasion pour organiser une réception digne de ce nom, comme à l'ordinaire. Des huîtres en entrée, peut-être, ou bien des escargots, met très apprécié en France, accompagnées de toast présentés avec élégance et raffinement ; quelques viandes diverses, dinde (évidemment), mais aussi rognons ou rôti accompagnés de marrons chauds et de champignons... Pourtant, aujourd'hui, la cuisine était au repos. Seule l'odeur chocolatée d'un gâteau en train de cuir persistait au sein de la bâtisse du Dr. Lecter. D'un geste habitué, ce dernier ouvrit le four et trempa seulement la pointe d'un couteau dans le cœur fondant du dessert déjà appétissant. Avec soin, il sortit les deux pâtisseries de la fournaise et les déposa délicatement sur un plateau en argent. Il accompagna chaque préparation d'un coulis de caramel au beurre salé et plaça entre elles une gousse de vanille avant de les recouvrir d'une cloche en verre.

D'un regard, Hannibal balaya sa cuisine des yeux. Calme en une fin d'après-midi comme celle-ci. C'était sans nul doute l'une des première fois qu'il ne cuisinerait pas pour le réveillon de noël. Du moins pas de manière conventionnelle. Mais, après tout, lui-même avait le droit à un peu de repos. Qui plus est, la seule personne avec qui il souhaitait réellement partager cette soirée l'avait justement invité à dîner en sa compagnie. Recevoir une lettre de Will Graham, voilà qui sortait de l'ordinaire. Hannibal avait été surpris. Agréablement surpris. En d'autres circonstances, il se serait contenté de revêtir son costume habituel, de plaisanter avec quelques convives autour d'un repas préparé avec soin, et de déguster un vin de noël aux épices spécialement conservé pour l'occasion. Mais Will connaissait aussi bien que lui le poids de la solitude, même au milieu d'êtres d'apparence semblables. Tous deux n'étaient comme personne, se retrouver en une soirée comme celle-ci tombait sous le sens, du moins seulement pour eux. Hannibal appréciait cette nouvelle connexion entre eux. Ils n'avaient pas besoin de se mentir mutuellement, et cela avait un côté séduisant, attrayant, voire amusant. Jusqu'où irait Will ? Jusqu'où iraient-ils ensemble ? Il espérait ne pas être déçu, mais cela semblait improbable : la chenille devenait lentement papillon.

Le psychiatre attrapa sa veste, saisit ses clés, déposa le dessert et le vin sur le siège passager, et mit le contact. La distance entre lui et Will n'était que physique. Une ligne tracée sur une carte, rendue tangible et palpable avec le façonnement de l'homme sur l'environnement. Hormis cette ligne, il n'y avait pas de distance. Aucune limite. La connexion demeurait intacte, et leurs pensées tournées l'un vers l'autre. Ils connaissaient tous deux la solitude, mais il semblait qu'ils ne soient plus jamais voué à demeurer vraiment seuls à présent qu'ils se connaissaient, ou du moins commençaient à se connaître ; à présent qu'Hannibal abaissait le voile pour venir en envelopper Will, l'en recouvrir, lui montrer entièrement la face cachée du jeu qu'ils menaient mutuellement. Ne restait plus qu'à savoir de quelle manière la partie s'achèverait.
Avant de rompre la distance physique qui le séparait de son ami, Hannibal leva les yeux vers une fenêtre aux volets fermés, au premier étage de sa demeure. L'ombre d'un sourire étira les traits de son visage de manière subtile et gracieuse avant que la voiture ne s'engage sur la route, fendant la ligne horizontale d'un soleil couchant derrière de doux nuages d'hiver.

Lorsque Hannibal arrêta le moteur de sa voiture devant chez Will, il faisait presque nuit. La neige s'était doucement mise à tomber, recouvrant le paysage d'un manteau blanc et paisible. L'hiver était l'une des saison les plus tranquille et silencieuse Le Docteur Lecter ferma un instant les yeux, une main gantée posée sur le toit de son véhicule, avant de se laisser aller à un sourire en entendant les aboiements des chiens à l'intérieur de la demeure. Il attrapa le dessert et la boisson avant de se présenter devant la porte de son hôte et d'y frapper doucement quelques coups. Depuis sa première visite, rien n'avait physiquement changé. La maison demeurait la même, les arbres enracinés s'élevaient toujours de la même manière, le bois, bien que plus abîmé d'année en année, gardait une forme visuellement semblable. Seul Will échappait à la règle.
Après quelques instants, la porte s'ouvrit sur lui, et la tête de quelques uns de ses chiens intéressés. Hannibal sourit.

« Bonsoir Will. Puis-je entrer ? »

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Fonda
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MessageSujet: Re: If it doesn't break you, it will make you. || Will. ♥ Dim 20 Déc 2015 - 17:48


If it doesn't break you, it will make you
ft. Hannibal Lecter




Les flocons tourbillonnaient dans l’air avant de délicatement se poser sur le sol cotonneux, déjà recouvert d’une fine couche blanche qui s’étendait à perte de vue, immaculée à l’exception faite des empreintes canines qu’on trouvait aux abords de sa maison. Will observa d’un air amusé Winston tenter d’attraper des flocons au vol, tandis que Dakota se roulait dans la neige avec délectation. Décidant de couper court aux festivités avant d’être forcé de faire prendre un bain à chacun, il siffla pour les faire revenir et les laissa se secouer sur le perron avant de retourner à la douce chaleur intérieure.

Ce n’était plus qu’une affaire de minutes avant qu’Hannibal n’arrive. Will n’aurait su dire ce qui l’avait ainsi poussé à l’inviter chez lui. Il n’avait pas d’idée derrière la tête, pas même pour mieux cémenter le jeu de séduction et de manipulation qui s’était instauré entre eux. Pas à Noël. Non pas qu’il fut particulièrement croyant, ni même attaché sentimentalement à cette fête, mais il avait été éduqué dans les valeurs américaines, et il n’avait aucun désir d’être seul en ce réveillon. Un problème que ne devait probablement pas rencontrer Hannibal, habitué à baigner dans les mondanités. Et il avait Alana. Will coupa aussitôt ce fil de pensée. Les relations du docteur n’étaient que poussière aux yeux ; derrière les réceptions et les soirées en société se cachait un homme aussi esseulé qu’il était. Il avait compté là-dessus en l’invitant. Certes, son dîner ne ferait pas pâlir d’envie la haute société de Baltimore, et nul doute que sa maison faisait un piètre décor à côté des bals dansants qui s’y tenaient, mais il savait qu’il s’agissait là de menus sacrifices pour Hannibal.

Il n’avait pas tenté d’être ce qu’il n’était pas : son repas n’avait pas la prétention d’égaler ceux du psychiatre, ni en présentation ni en exotisme, mais Will ne répondait pas vraiment au cliché du célibataire dont le frigo était rempli de pizzas et de bières non plus, et il savait suffisamment se débrouiller pour préparer une dinde dans la tradition sans encombres. Il acheva de mettre le couvert sur la table présentée de façon simple mais élégante, et vérifia une dernière fois la viande dans le four avant de retourner au salon où le feu de cheminée dessinait des ombres mouvantes sur les murs tout en crépitant doucement. Il avait même, pour l’occasion, mis en place un sapin décoré dans un coin de la pièce. Il était de taille modeste (en grande partie à cause des chiens qui ne faisaient guère la différence entre boules de noël et balles de jeu), mais apportait indubitablement une touche chaleureuse à son intérieur. Il ne se souvenait pas de la dernière fois qu’il s’était donné autant de peine pour le réveillon. Il y avait quelque chose d’ironique dans le fait que, d’entre tous, ce fut pour Hannibal. Il n’avait pas abandonné l’idée de le stopper, de mettre un terme à ses meurtres. Il n’avait pas non plus oublié ce que l’homme lui avait fait subir. Mais ce n’était qu’une facette de leur relation, et nier le reste aurait été se voiler la face. Il appréciait sa compagnie, et avait l’intention passer une bonne soirée à ses côtés. Une parenthèse au milieu du carnage, un armistice temporaire.

En fond sonore, la radio grésillait de vieux airs de Noël – il reconnut sans peine la voix enjouée de Frank Sinatra qui fredonnait Have Yourself a Merry Little Christmas. Presque malgré lui, Will adressa un léger sourire à Cooper, endormi à ses pieds, profitant de la chaleur du feu après avoir dépensé son énergie dans la neige. Il y avait un certain charme à cette ambiance que même lui ne pouvait nier, un esprit de convivialité oublié après trop d’années à jouer les ermites. Lorsque ses chiens s’éveillèrent gaiement au son d’un moteur approchant, ce fut avec le cœur léger pour la première fois depuis longtemps que Will s’avança vers la porte d’entrée pour accueillir son invité.

« Bonsoir, docteur. »

Il s’effaça du seuil pour le laisser entrer, intimant aussitôt à ses compagnons canins de retourner à leur place.

« Je vous débarrasse », offrit-il tout en s’emparant des affaires d’Hannibal d’une main, les desserts de l’autre. Il accorda un bref regard à la bouteille de vin qu’il n’avait pas besoin de reconnaître pour deviner qu’elle valait une petite fortune, et inclina le menton en direction de la table basse et des fauteuils qu’il avait rapproché de la cheminée.

« Prenez place. Il y a des verres et un tire-bouchon sur la table, si vous voulez bien servir. »

Il n’attendit pas de réponse avant de disparaître dans le couloir pour accrocher le manteau et déposer le dessert dans la cuisine. Un bref coup d’œil lui assura que la dinde était presque prête et il revint dans le salon pour voir Hannibal servir les verres, avec, posée sur ses genoux, la tête de Winston qui attendait bravement des caresses. Will s’interrompit un instant, saisi par l’étrangeté de ce spectacle. Etrange parce que banal, le genre de normalité que sa vie n’avait pas permis depuis ce qui lui paraissait être une éternité. Quittant sa transe, il les rejoint d’un air vaguement amusé, mais n’eut pas le cœur à faire partir Winston, d’autant que ses chiens étaient bien éduqués et qu’Hannibal savait parfaitement s’en faire respecter.

« J’imagine que cette soirée ne bouscule pas que mes habitudes. » Une personne de plus qu’aux réveillons auxquels il était habitué et… plusieurs dizaines de moins en ce qui concernait Hannibal, probablement. « Un changement symbolique, pour vous comme pour moi. » Il se pencha pour s’emparer de son verre, ajoutant presque pour lui-même : « Je mentirais si je disais qu’il n’était pas bienvenu. »

S’enfonçant un peu plus dans son fauteuil, il contempla pensivement les reflets écarlates que le feu de cheminée faisait ressortir dans son verre avant de reprendre avec la même honnêteté :

« J’ai vainement tenté de vous tenir éloigné de ces murs. Mais c’était dérisoire de m’accrocher à cela alors que vous vous étiez déjà immiscé dans tous les autres aspects de ma vie. Autant vous y faire une place. » Son regard remonta vers celui d’Hannibal, mordoré à la lueur des flammes. « Vous l’occupez étrangement bien. »




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MessageSujet: Re: If it doesn't break you, it will make you. || Will. ♥ Mer 23 Déc 2015 - 3:39

Will & Hannibal

Réveillon



D'un pas, Hannibal entra sous l'invitation silencieuse de Will. Ce fut l'odeur qui, en premier, l'assaillit. La cire de quelques bougies, la sève d'un sapin, les effluves d'un repas simple mais certainement goûteux. Des senteurs qui intimaient au bien être chaleureux d'une douce soirée en perspective. D'un geste, le psychiatre tendit le dessert et son manteau à son hôte qui s'en occupa aussitôt, avant de lui indiquer où il pourrait déboucher le vin. Silencieux, Hannibal se dirigea vers la table basse et s'installa délicatement sur l'un des fauteuils. D'un geste, il attrapa le tire-bouchon et leur servit deux verres tout en détaillant du regard chaque centimètres de la pièce. Will avait visiblement fourni un effort pour décorer le salon sans pour autant surcharger la pièce. Quelques éléments discrets, mais appréciables. Cela donnait un charme reposant, hors du temps. La soirée se profilait après tout comme tel : à part. Une pause. Un entracte. Lentement, Hannibal remua l'un des deux verres pour observer la couleur rouge se refléter à la lumière de la lampe. A travers, il pouvait distinguer les flammes dans la cheminée, étincelantes.

Winston vint lentement poser sa tête sur l'une des cuisses d'Hannibal, les yeux rivés sur lui, en attente d'une caresse. Le psychiatre reposa le verre sur la table basse et sa main s'enfouit légèrement dans le pelage de l'animal. Ses doigts descendirent lentement jusqu'à son museau tandis que son regard s'ancrait dans le sien, affirmant une certaine domination que Winston reconnaissait. Si sa mémoire ne lui faisait pas défaut – ce qui était rarement le cas –, il s'agissait du plus fidèle de tous les chiens qui possédait Will. Loyal et aimant. Récupérant sa main, et rompant le contact visuel établit avec la bête, il acheva de servir les verres de vin et leva la tête en direction de son hôte qui revenait dans le salon.
Un léger sourire fleurit sur les lèvres du psychiatre à la remarque de son interlocuteur. Les habitudes évoluaient, comme évoluait Will et son rapport aux choses et au monde. Tout comme évoluait leur relation. Hannibal les espérait capable du meilleur. Les croyait capable du meilleur. Il ne comptait pas amener de fantômes à leur table, cette fois-ci, et espérait que Will lui rendrait la courtoisie.

Leur regard se croisèrent, par-dessus leur verre de vin respectif. Les flammes faisaient danser des ombres sur le visage de Will, jusque dans ses yeux pâles, obscurcissant certains de ses traits. Hannibal leva légèrement son verre de vin dans sa direction. Will partageait aussi chaque aspect de sa vie. Il était donc flatté – heureux – de constater que l'inverse était également vrai. Le jeune homme tenait une place de choix dans certaines pièces de son palais de mémoire, elles leur étaient communes, partagées. Que cette maison, ce salon, en fasse également partie réjouissait le psychiatre ; il s'agissait d'un refuge, pour Will, un endroit où il avait longtemps pu se retrouver seul, en compagnie de lui-même, et de ses chiens. Un endroit qu'ils partageraient désormais autant que le reste.
D'un sifflement presque inaudible, Hannibal incita Winston à retourner se coucher auprès de l'âtre, ce qu'il fit, non sans un petit grognement plaintif.

« Je suis heureux d'occuper cette place. Les murs de nos palais de mémoire respectifs n'ont de cesse de s'agrandir pour se croiser les uns les autres. Vous avez une place dans le mien, tout comme j'ai désormais une place dans le vôtre. »

Hannibal trempa les lèvres dans son verre. L'espace d'un instant, il ferma les yeux, savourant le goût de l'orange, du pamplemousse, et des épices se mêler à la saveur du vin. Lorsqu'il les rouvrit, ce fut pour admirer l'éclat orangé que faisaient naître les flammes aux fond du regard de Will. L'image était saisissante, unique. Le psychiatre reposa son verre en se léchant lentement les lèvres, joignant ses mains entre elles.

« Je vous remercie de m'avoir invité, Will. Je dois admettre que la perspective d'une réception ne m'enchantait guère, ce soir. Je n'avais pas le cœur à partager un dîner avec quelqu'un d'autre. »

Quelqu'un d'autre que Will, en tout cas. Pas même Alana. La jeune femme était un passe-temps approprié, et l'avoir à ses côtés obligeait son ami ici présent à couper tout contact avec elle. Indirectement, ils étaient tous les deux passé à autre chose, laissant la place à Will d'éclore dans toute sa splendeur.
Hannibal se leva en se rappelant qu'il n'avait pas amené seulement le dessert et le vin. Après avoir reçu l'invitation de Will, le psychiatre avait jugé approprié d'également lui acheter un cadeau, bien que rien ne l'y obligeât. Il fouilla un instant dans la poche de sa veste pour en tirer un petit paquet cadeau dans lequel était emballé une bouteille d'aftershave.

« Je vous ai pris quelque chose, j'espère que cela sera approprié. »

Hannibal tendit le paquet à son interlocuteur, ses yeux reflétaient une certaine malice, tandis que l'ombre d'un sourire prenait place sur ses lèvres, appréciant d'avance la plaisanterie partagée. Will lui avait un jour dit que son après-rasage était ce qu'il s'offrait généralement à noël. Le psychiatre saisit son verre de vin en regardant son ami du coin de l’œil, à demi tourné en direction de la cheminée.

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MessageSujet: Re: If it doesn't break you, it will make you. || Will. ♥ Ven 1 Jan 2016 - 23:49


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L’odeur du vin était épicée, délicatement fruitée, et si Will reconnaissait et pouvait nommer certains de ces arômes, la plupart lui étaient parfaitement inconnus, même au palais. Il était bien loin du whisky bon marché qu’il avait pour habitude de boire – y compris à Noël. Ses compagnons canins profitaient habituellement plus des fêtes de fin d’année que lui-même. Mais après l’année qu’il venait de passer, il méritait probablement lui aussi un traitement de faveur.

Il considéra d’un air à la fois pensif et légèrement amusé les propos d’Hannibal, se demandant s’il existait seulement encore des murs entre leurs palais mémoriels respectifs. La différence, bien sûr, residait dans la façon dont chacun s’était invité dans celui de l’autre : Hannibal avait de lui-même fait de la place pour Will Graham dans sa vie, mais l’inverse était loin d’être vrai. Si la comparaison n’avait pas manqué autant de finesse pour décrire les méthodes du docteur, il aurait été aisé de dire qu’il avait abattu avec un marteau les murs dans l’esprit de Will dans le seul but d’y pénétrer. Ce n’était pas totalement exact non plus, cependant. Pour méfiant qu’il ait pu être (clairement pas assez), il n’avait pas vraiment opposé un refus farouche à Hannibal aux débuts de leur relation : il se sentait aussi seul que ce dernier, et s’était ainsi très vite appuyé sur lui. D’abord en tant que consultant au FBI, puis en tant que psychiatre, et enfin en tant qu’ami. Et n’était-ce pas là toute la complexité de la chose ? A sa façon bien singulière, Hannibal n’avait jamais cessé d’être un ami, ni de considérer Will comme tel. Et plus, même : il avait tenté de construire une famille avec lui, après tout. Will ne l'oubliait pas.

Il arqua un sourcil lorsqu’Hannibal mentionna l’idée de partager un dîner avec quelqu’un d’autre. Le nom d’Alana circula silencieusement entre eux, mais ne fut pas évoqué. Cette conversation là avait déjà eu lieu, et porté tous les fruits qu’elle pouvait porter, si réellement il y en avait. Will n’avait aucun désir de la remettre sur le tapis. Il se contenta d’acquiescer d’un air entendu, pas simplement en guise de compréhension mais aussi de réciprocation. Son alternative impliquait bien moins d’interactions sociales, mais n’était guère plus invitante. Au fond ils étaient l’un et l’autre exactement où ils étaient supposés être ce soir.

Il accepta le paquet tendu avec un sourire, pas le moins surpris du monde. Il ne s’était pas attendu à voir Hannibal venir les mains vides. Reposant son verre, il se leva pour aller déposer le cadeau encore emballé sous son sapin d’infortune.

« J’ai aussi quelque chose pour vous, mais je propose que nous attendions minuit, dans le respect des traditions. »

Traditions qu’il avait cessé de suivre depuis bien longtemps, s’il les avait jamais suivies, mais il était certain qu’Hannibal apprécierait l’intention. En dépit de ses propos, les seuls paquets qui se trouvaient sous le sapin avait une forme suspicieuse d’os à mâcher et se comptaient au nombre de sept, laissant peu de place au doute quant à leurs destinataires. Les yeux brillants avec une lueur qui ressemblait bien à de la malice et le rajeunissait étrangement en dépit des ombres dessinées sur son visage par le feu de cheminée, il se retint d’ajouter quoique ce soit qui eut pu mettre Hannibal sur la voie, cultivant l’effet de surprise.

« Le repas devrait être prêt afin de nous aider à patienter d’ici là. »

Venant retrouver son verre de vin, il invita d’un geste Hannibal à le suivre jusque dans la cuisine, plus modeste en taille aussi bien qu’en équipement que celle du psychiatre, mais bien rangée et chaleureuse. Cela ne valait pas non plus un repas dans une salle à manger, mais habitué à vivre seul et à ne recevoir personne, encore moins pour dîner, ce besoin là ne s’était jamais fait sentir. La place n’aurait pourtant pas manqué s’il avait fait son nid à l’étage, mais même avant que Jack Crawford ne s’immisce dans sa salle de classe, Will en avait vu et vécu assez pour ne pouvoir dormir ailleurs qu’à quelques mètres de la porte d’entrée, et ainsi le canapé avait laissé place à un lit tandis que l’étage supérieur était relégué à la poussière.

Il laissa Hannibal prendre place tandis qu’il sortait la dinde du four, accompagnée en toute simplicité de pommes de terre et de quelques légumes, avant de servir les assiettes. Rien d’extravagant dans la présentation non plus, mais il ne s’attendait pas à ce que son invité s’en formalise d’aucune façon. Il savait recevoir aussi gracieusement qu’être reçu, Will n’en doutait pas. Il était conscient également de la façon dont un tel repas pouvait être connoté : un dîner en tête à tête un soir de Noël, vin rouge et bougies, il n’en fallait pas plus pour que des amalgames soient faites. Il ne pouvait pas prétendre s’en soucier ; sa relation avec Hannibal ne souffrait pas vraiment de comparaisons aussi simples, étant loin de pouvoir se définir avec des critères qui auraient été jugés acceptables ou normales par la société.

Posant les deux assiettes sur la table sans plus de cérémonie, il avoua :

« Je n’espère pas être à la hauteur de votre cuisine, si je n’y fais pas offense ce sera déjà plus que je ne peux en demander. Dans le pire des cas, il y aura toujours le dessert pour se rattraper. » Prenant place en face de lui, il ajouta d’une voix plus douce : « Bon appétit, Hannibal. »




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MessageSujet: Re: If it doesn't break you, it will make you. || Will. ♥ Ven 8 Jan 2016 - 23:20

Will & Hannibal

Réveillon


La tradition, bien sûr. Hannibal hocha brièvement la tête, en guise d'unique réponse. Sa curiosité était piquée, il ne s'attendait guère à recevoir un cadeau de la part de Will ; l'avoir invité avait déjà du lui demander certaines concessions. Un fin sourire vint ourler ses lèvres alors que son regard, dardé sur son hôte, partageait l'amusement qu'il pouvait voir naître sur son visage. Les flammes crépitèrent, rompant le silence s'étant instauré entre eux. Silence agréable, où ne pesait pas de tentions, ni même d'hostilité ou de demis-mots. Cela réjouissait le psychiatre qui pouvait voir les ombres grandir sur les traits de son interlocuteur, à l'instar de celles qui grandissaient en son sein. D'un même geste que Will, il se saisit de son propre verre de vin et suivit le mouvement jusque dans la cuisine, où une table avait soigneusement été dressé. Le docteur Lecter n'était pas étranger à la maison de son ami, bien que n'y étant pas retourné depuis peut-être des mois, maintenant. Les murs tombaient, de nouveaux prenaient leur place. Plus solides, plus spacieux, plus grandioses.

Hannibal s'installa à ce qui apparut être sa place. Si le repas semblait des plus simple, il n'en paraissait pas moins délectable, et la simplicité recelait, elle aussi, de bien des beautés. Will n'était pas un mauvais cuisinier, de surcroît, Hannibal ne s'attendait donc à aucune déception. A dire vrai, il ne pensait pas pouvoir être désappointé en de telles circonstances. En aucune façon. Pas en sa compagnie. Que cela prenne des jours, des mois, des années, il ne pourrait pas ignorer indéfiniment ce qui grandissait en lui, ce qui avait pris racine et s'était logé au creux de son ventre, s'épanouissant comme une fleur bourgeonnante. Hannibal avait une confiance inébranlable en cela, et de ce fait, en Will. Il fondait de solides croyances sur son devenir et ne pouvait qu'attendre et observer, tout en projetant déjà l'avenir qu'il leur réservait. Pour eux, pour Abigail.

« Je suis certain que ce repas sera à la hauteur de toute espérance. » lui assura Hannibal, en retour à sa confession. « Bon appétit Will. »

Et ce fut vrai : le repas était tout à fait délectable. Mais peut-être les sens du psychiatre s'enivraient-ils trop intensément de la situation, de son interlocuteur lui-même, ou de leur conversation, engendrant une erreur de jugement. La viande était fine, les pommes de terre fondantes, et la sauce légèrement épicée. Il manquait sans doute d'une entrée plus légère, pour parfaire le tableau, mais Hannibal n'était pas là pour se formaliser des détails. Pas ce soir ; il comptait profiter de la vue d'ensemble que lui procurait ce tableau. Si les détails avaient toutes leurs importances – Hannibal prônait particulièrement ce fait –, l'assortiment dissimulait, lui aussi, bien des charmes. Des charmes plus légers, et souvent très plaisants.

La conversation glissa, délicieusement banale, les demis-mots effacés, remplacés par des sujets moins astreignants, moins tendus, moins brusques et violents. Ni pêche, ni chasse. Ils parlèrent de la neige, qui ne cessait de tomber depuis l'arrivée du psychiatre, des grands froids, de différents hivers qu'ils avaient pu connaître, et des différents noël qu'ils avaient déjà vécus. Il apparut à Hannibal que leurs sujets de discussions ne se tarissaient que très peu, et que tout ce qui pouvait lui confier Will l'intéressait plus vivement que toutes autres conversations qu'il avait un jour pu mener, en compagnie de personnes pourtant toutes aussi intéressantes. Il s'agissait d'un jeu dangereux, Hannibal en avait conscience. En plaçant Will dans cette position, en laissant grandir cette étrange adoration... Will devenait lui-même dangereux. La situation en elle-même brûlait déjà ses doigts, il pouvait sentir la chaleur des flammes lécher ses ongles avec avidité. Mais, une fois de plus, Hannibal comptait se dresser au-dessus de l'enfer, lui-même curieux de savoir où cela le mènerait. Les mènerait.

Le dessert arriva finalement rapidement. Les assiettes furent débarrassées, et Hannibal servit lui-même les gâteaux qu'il avait apporté. La conclusion de ce repas s'alliait étrangement bien au reste de l'atmosphère.
Finalement, le silence retomba en même temps que les cuillères sur le bord de l'assiette, s'étirant agréablement entre eux, se touchant, se mélangeant. Même leur absence de parole semblait s'allier, se mêler. Les yeux d'Hannibal ne cessaient de fixer Will, sans le dévisager pour autant. Il s'agissait d'un regard courtois, révérant et amusé. Finalement, il reprit lui-même la parole après un temps indéfini :

« C'était un très bon repas, Will, et sa simplicité était bienvenue. » le complimenta-t-il sincèrement. D'un regard, il s'informa rapidement de l'heure et fut surpris de constater que l'horloge indiquait presque minuit. « J'ai l'impression que nos conversations nous ont tenu à table bien plus que de mesure. » s'amusa-t-il, sous-entendant l'agréable moment qu'ils avaient partagé. Il n'en dit pas d'avantage, laissant à Will le plaisir de jouer son rôle d'hôte à son convenance.
Lorsque le carillon sonna, cela ne fit que renforcer l'éclat d'amusement au fond des yeux d'Hannibal. Comment résister à un sourire ? Célébrer la naissance du Christ, l'ironie était à son comble.

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MessageSujet: Re: If it doesn't break you, it will make you. || Will. ♥ Dim 10 Jan 2016 - 2:47


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Le dîner s’était passé dans la quiétude et la convivialité, et Will, pourtant peu habitué à cuisiner pour d’autres personnes que lui-même (et ses chiens), devait admettre qu’il était plutôt satisfait de son repas. La scène avait eu quelque chose de terriblement banal, mais d’une bonne façon. C’était un de ces moments où il était facile d’oublier que leur relation ne se résumait pas à deux amis partageant ensemble un repas de Noël, et plus facile encore d’oublier qu’Hannibal n’était pas que l’homme qu’il présentait à la face du monde. Il ne s’agissait pourtant pas de se cacher l’un de l’autre, ou d’ignorer le reste. Il savait qu’Hannibal aurait détesté cette idée qui tenait trop du déni après avoir tant aspiré à l’honnêteté entre eux, à une transparence presque inconfortable tant ils pouvaient l’un et l’autre lire dans leur cœur respectif. Il s’agissait simplement d’apprécier un aspect de leur relation que toutes les autres n’avaient, finalement, su entacher. Ils avaient toujours ça. Cette entente, cette aisance à échanger, même entre les questions amusées de l’un et les réponses sarcastiques de l’autre. Ils rebondissaient aisément sur les propos l’un de l’autre, étirant la discussion dans diverses directions, plus ou moins personnelles, plus ou moins profondes. Et Will passait un bon moment. Sans « mais », sans « malgré », juste un bon moment.

La relativité étant ce qu’elle était, le repas sembla passer à toute vitesse alors que plusieurs heures s’écoulèrent en réalité. Lorsqu’Hannibal souligna l’heure qu’il était, il fut surpris sans l’être, et se releva pour débarrasser la table et abandonner la vaisselle sale à l’intérieur de son évier. Loin d’être aussi méticuleux que le psychiatre, il n’avait aucun scrupules à laisser là les assiettes jusqu’au lendemain. Et puisque l’horloge sonnait minuit…

« Place au deuxième acte. »

Il retourna dans la pièce principale en faisant signe à Hannibal de lui emboîter le pas, et sans se presser, commença par offrir à chacun de ses chiens un os bien mérité après avoir passé des heures au calme sans les importuner. Lorsqu’il ne resta plus que son propre cadeau sous le sapin, il s’en empara, le soupesant d’un air songeur, puis se décida enfin à l’ouvrir, prenant les devants. Il découvrit avec amusement un après-rasage – de qualité, à n’en pas douter – et sourit légèrement en se remémorant les innombrables fois où Hannibal avait manifesté sa désapprobation quant à l’odeur de son après rasage actuel, un produit bon marché qu’il recevait habituellement pour Noël. Et peut-être poussait-il la lecture trop loin, mais il y avait dans le fait de s’imprégner d’un parfum que le docteur avait spécialement choisi pour lui une marque de possession, quelque chose de presque primal qui ne le dérangeait pas autant que cela l'aurait dû.

« Un cadeau autant à votre bénéfice qu’au mien, je suppose. »

Toujours souriant, il se penchant en avant comme pour embrasser la joue d’Hannibal, et glissa à son oreille un « merci » chuchoté. Puis, se redressant pour aller éteindre la radio et poser son présent, il ajouta :

« J’ai longuement réfléchi à ce que je pourrais vous offrir. Que pourrait souhaiter Hannibal Lecter qu’il ne possède déjà, ou soit en mesure de posséder ? Rien, ou en tout cas rien de matériel. Bien sûr, sur un plan plus abstrait, les idées ne manquaient pas. »

Un regard sombre mais sans dureté, trahissant aisément ce qui avait pu lui venir alors à l’esprit et qui aurait sans nul doute comblé le docteur. Mais non, rien de tel : Randall Tier avait déjà servi d’offrande, et pour qu’elle soit à la hauteur, il fallait qu’elle soit sincère, et Will n’était pas, ou pas encore, le tueur qu’Hannibal croyait voir en lui.

« Mais il a fallu du temps pour avoir une illumination, et elle m’est venue tout à fait par hasard. »

Avec une légère inspiration, il se dirigea vers le piano qui trônait dans un coin de la pièce, inutilisé depuis des années, ou du moins était-ce encore le cas quelques semaines auparavant. Will l’avait fait réaccorder pour l’occasion, et avait passé de longues heures penché au-dessus des touches avant de trouver le courage d’y poser les doigts.

« Je ne suis pas particulièrement talentueux, et je n’ai pas voulu vous faire l’offense de massacrer une composition connue, d’autant que je connais vos attentes en la matière… mais j’espère que la sincérité de la démarche compensera mon manque d’habileté. Je n’ai pas encore trouvé de titre, mais peut-être que vous pourrez m’aider. »

Prenant place sur le banc, il laissa suffisamment d’espace à ses côtés pour qu’Hannibal le rejoigne, et laissa ses doigts frôler le clavier sans presser les touches. Ce n’était pas de la fausse modestie lorsqu’il confessait ne pas être particulièrement doué, d’autant qu’il n’avait pas pratiqué depuis longtemps et qu’il était clairement rouillé. Ce n’étaient pas les quelques heures par semaine qu’il avait pu passer étant enfant chez une voisine de Nouvelle Orléans à pratiquer le piano qui pouvaient suffirent à prétendre maîtriser un tel instrument, mais les trois années qu’il avait passé là-bas avec son père étaient les meilleurs souvenirs de son enfance. Il avait découvert que la musique était une bonne façon pour lui de dévier les émotions qu’il absorbait et ne comprenait pas toujours, et si sa voisine déplorait son manque de rigueur concernant le solfège, elle avait toujours loué la façon instinctive dont ses doigts bougeaient sur les touches.

Lorsqu’il avait acheté la maison à Wolf Trap, le piano avait fait partie des fournitures ; il n’avait pas eu l’intention d’en acheter un, mais avait rapidement cédé à la tentation d’y jouer. Et puis il y avait eu son fiasco dans la police. Une épaule poignardée, un bras peu coopératif et des pensées sombres l’avaient tenu éloigné de l'instrument, et celui-ci s’était peu à peu couvert d’une fine couche de poussière tandis qu’aucune note ne résonnait plus dans la maison.

Il marqua une légère pause, l’air hésitant, puis, sans se laisser le temps de réellement douter, se mit à jouer. Sa technique n’était pas parfaite, d’autant qu’il n’y avait nulle feuille de partition devant lui (le solfège n’était réellement pas son fort), mais il y avait une émotion indéniable dans sa musique, quelque chose de doux et poignant, de sombre et léger à la fois qui s’exprimait à travers lui, comme impossible à contenir. Une fois lancé, il ne marqua plus aucune hésitation, laissant en revanche le loisir à Hannibal d’ajouter sa touche à la composition s’il le désirait afin de mêler leurs univers respectifs. Et au fond, n’était-ce pas là aussi quelque chose qu’il voulait, quelqu’un avec qui composer des airs à quatre mains ?



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MessageSujet: Re: If it doesn't break you, it will make you. || Will. ♥ Sam 16 Jan 2016 - 20:47

Will & Hannibal

Réveillon


Lentement, Hannibal reprit place dans le fauteuil qu'il avait abandonné quelques heures auparavant pour le dîner, regardant Will distribuer ses présents à ses chiens. Un rituel tout à fait excentrique, ancrant plus que jamais le jeune homme dans sa solitude et son isolement social volontaire. Le psychiatre profita de cette pause, entre les deux actes, pour profiter un peu plus longtemps de l'atmosphère apaisante de la pièce. De l'odeur des bougies. De la senteur des branches de sapin. De la vision des flammes tremblotantes projetant leurs ombres amplifiées sur les murs. De cette version de Will, si rare à observer, mais de compagnie plaisante cependant. Sous les touches allegro d'une sonate, Hannibal se demanda comment s'achèverait l'évolution complète de Will. Il ne pouvait qu'imaginer, pour le moment, ce que la réalité pourrait probablement bientôt lui dévoiler.
Le déchirement d'un paquet le tira de ses pensées et ses yeux tombèrent avec amusement sur le cadeau déballé que Will tenait en mains. Ce dernier sembla goûter à la plaisanterie également, et Hannibal espérait le voir porter de cet après-rasage plus souvent que l'ancien. Le psychiatre ne se formalisait guère des apparences et des habitudes de Will Graham, dont il savait la vie plus modeste, mais à présent son odeur naturelle se mélangerait à un relent plus subtile qu'il lui aurait lui-même choisi. Un cadeau moindre. Bien moindre que tout le reste ; comme ce qu'il avait accepté de lui offrir à la reprise de sa thérapie. Ce qu'il avait accepté de dévoiler, petit à petit, en laissant tomber son voile au fur et à mesure. Bientôt, les dés seraient jetés. L'après-rasage n'était qu'un bien matériel, bien qu'une forme de satisfaction le gonfla d'un certain plaisir.

Le souffle de Will contre sa peau, au creux de son oreille, le fit lentement lever les yeux vers lui, et l'ombre d'un sourire vint étirer le coin de ses lèvres d'une manière indéchiffrable. Cette soirée recelait encore bien des surprises. Intrigué quant à la déclaration de Will, Hannibal se pencha légèrement en avant, les jambes croisées, réellement curieux. La vision d'un corps, au regard de Will, le fit presque sourire. Il doutait cependant que son interlocuteur et ami ait cédé à cette forme de tentation là. La vision aurait été délectable, bienvenue, mais aurait tintée comme une faute note en cette soirée qui résonnait plus comme un entracte que comme une scène en elle-même, contre chaque mur de la maison. Un meurtre ne viendrait pas, de rouge, habiller noël cette année.

Des yeux, le psychiatre choisit plutôt de suivre silencieusement le mouvement de Will qui s'arrêta devant le piano. Hannibal fut premièrement froidement perplexe, mais il n'en laissa rien paraître, dans sa retenue habituelle. A sa connaissance, Will ne jouait d'aucun instrument, ou, en tout cas, pas de piano. Lors de sa première visite, les touches étaient par ailleurs désaccordées. Mais peut-être en avait-il un jour lointain pratiqué ? Ce fut néanmoins la curiosité qui prit le pas sur le scepticisme. La curiosité et une forme de flatterie. Si Will ne jouait pas, ou en avait perdu l'habitude, il avait pris la peine de s'intéresser à l'instrument, pour ce soir en particulier. Le doute n'était, en cela, pas permis. Un sourire courtois vint donc ourler les lèvres d'Hannibal qui, attentif, se redressa légèrement.

Le silence s'installa brusquement, complet, tandis que Will, au-dessus des touches, prenait une inspiration. Hannibal retint captive la sienne. La perplexité s'envola définitivement dès les premières notes. Aussitôt, ses pupilles se dilatèrent, sombres et profondes. Les vibrations de l'instrument marquèrent dans l'air des émotions et des touches de couleurs qui frappèrent Hannibal au cœur et à l'esprit. Ses yeux se fermèrent instinctivement. Si quelques notes imparfaites s'attardèrent dans l'air, il n'en tint pas compte. Par les touches noires et blanches de l'instrument, Will dévoilait brusquement bien plus que ce que des mots auraient pu faire. Une vive émotion s'empara d'Hannibal. Ce cadeau dépassait tout entendement. Ou, peut-être, n'était-ce qu'un rendu ? Rendu de ce que le psychiatre dévoilait lui aussi, petit à petit, plus qu'il ne l'avait jamais fait auparavant. Rendu, présent... Tout se mêlait en l'harmonie maladroite et mélodieuse que formait le jeune homme à travers sa composition.
Hannibal se redressa. Ses pas se firent silencieux sur le plancher, et ce fut tout aussi discrètement qu'il prit place aux côtés de Will qui, volontairement, lui en avait laissé l'espace. Ses yeux s'attardèrent sur ces doigts qui glissaient sur le clavier. Nulle partition n'ornait le pupitre : cela ajoutait un poids supplémentaire au geste. Son regard remonta le long des bras agités de son compagnon, jusqu'à son visage emporté par sa propre mélodie. Hannibal ferma une nouvelle fois les yeux, posant à son tour ses mains sur l'instrument.

*
Hannibal, debout derrière Will, tenait ses poignets au creux de ses mains. Les bras du jeune homme tremblaient, et pourtant il se tenait droit contre sa poitrine. La lame du couteau se refléta sous les rayons d'une aube nouvelle, mélangeant ténèbres et clarté en un tourbillon de couleurs sombres et chatoyantes. La joue d'Hannibal vint s'appuyer contre la tête de Will, son souffle balayant régulièrement les mèches de ses boucles foncées.
D'un même mouvement, ils s'attaquèrent à leur proie. Leur position ne changea pas. Will trouvait appuie contre lui, réassurance dans le déploiement de ses propres ailes, tandis qu'Hannibal guidait simplement sa lame sans lâcher ses poignets qu'il tenait assez fermement pour accomplir le geste en sa compagnie, mais pas suffisamment pour le retenir prisonnier.
Le coup trancha une artère. Le sang se refléta à la lueur des premiers rayons du soleil avant que le cadavre ne se fende en un nuage de papillons qui, les ailes déployées, prirent leur envole d'un même mouvement gracieux de leurs immenses ailes.


*

La touche finale de la composition se fit instinctivement, au moment même où la vision s'estompait, lointaine, et pourtant présente dans toutes les fibres d'Hannibal qui garda les yeux fermés, la tête légèrement rejetée vers l'arrière pour s'emparer des derniers instants de ce cadeau unique. Le psychiatre ne pouvait y trouver comparaison égale. Lentement, ses mains retombèrent sur ses cuisses alors qu'il rouvrait les yeux. Il baissa la tête, et son regard vint s'ancrer dans celui de Will. Avec précaution, il laissa transparaître dans ses yeux les vives émotions qui avaient pu le transpercer, de part et d'autre, au moment de cet échange incommensurable. Il s'en mêlait beaucoup trop. Beaucoup trop pour que lui-même s'en saisisse ; cela vint juste confirmer ses pensées précédentes : tout cela devenait dangereux, et il sut alors qu'il ne maîtrisait déjà plus une part de ce qu'il pensait ne jamais voir ressurgir dans cette vie.
Il venait de se faire séduire de la manière la plus saisissante. Et il ne chercha pas aller à l'encontre de ce fait.
Ses yeux ne cessèrent de briller, malgré la contenance assez vite retrouvée.

« L'Aurore. » souffla-t-il, suggérant le titre de cette composition. « Il s'agit d'une espèce de papillons blancs dont les ailes supérieures sont orangées, et dont les ailes inférieures sont tâchées de noires. »

Ainsi que du levé du jour. Si Hannibal pouvait se complaire dans les ténèbres et n'en avait plus peur depuis longtemps, la lumière, l'aube, n'en était pas moins symbolique dans ce que Will et lui complétaient. Une œuvre commune dans laquelle se mêlaient des teintes bien trop variées pour demeurer fixes. En reportant son attention sur Will alors qu'il se redressait, Hannibal vit en lui un égal, plus que jamais auparavant.
Bientôt.

]« Vous venez de me faire un cadeau des plus précieux, et je vous en remercie, Will. Comptez-vous me dévoiler d'autres talents demeurés cachés ? »

Hannibal plongea son regard dans celui de Will, amusé. Sans doute pas ce soir, mais un jour, oui, cela allait sans dire. N'est-ce pas ? Sans se mentir, ils se cachaient encore bien des choses, l'un comme l'autre. Hannibal pouvait-il lui en vouloir tandis qu'il cachait son propre cadeau dans la cave de sa maison ? Non. Il ne lui en tenait pas rigueur.
Le psychiatre reposa ses mains sur le clavier, prêtant, cette fois-ci, à l'atmosphère plus une musique ambiante, un fond sonore plus agréable que les chants à la radio. L'Ave Maria de Schubert semblait approprié en une pareille circonstance. Hannibal interrogea Will du regard ; ne s'y lisait plus, désormais, que ce délassement quasi-habituel. Pourtant, les vibrations n'avaient pas quitté ses doigts, ni ses oreilles, et encore moins son cœur.

« Je ne savais pas que vous pratiquiez le piano. Ou à une époque, en tout cas. Vos mains sont fines, et excellentes pour la pratique d'un instrument... Et votre oreille est plus musicale qu'elle n'y paraît. » déclara-t-il sans cesser de jouer.

Hannibal aurait pu parler d'Abigail, une fois de plus. Souligner comme il aurait été plaisant de lui enseigner le clavecin, elle qui avait d'aussi belles mains que lui, si ce n'était plus. Un terrain glissant entre eux, mais qui amusait le psychiatre peut-être plus que tout le reste. Que serait une pièce sans son coup de théâtre ? Mais, ce soir, nul fantômes. Nulle douleur vivifiante. Un Noël comme nul autre semblable.
Hannibal dû cependant s'arrêter abruptement de jouer au bruit retentissant qui fendit l'air comme un éclair en plein orage. C'est à cet instant que le psychiatre reprit pleinement conscience du monde réel, en dehors de Will, du piano et de lui-même. Le vent sifflait et, au vu de ce que la lumière du porche reflétait, des branches d'arbres s'étaient fendus, retombant dans une neige poudreuse mais épaisse. Hannibal haussa légèrement l'un de ses fins sourcils. L'intérêt de la soirée montait de minute en minute. Cependant, le temps s'apaiserait sûrement bientôt. Les tempêtes ne duraient jamais longtemps.

« Il semblerait bien que je sois votre prisonnier pour quelques heures encore, Will. » laissa tomber Hannibal, sur le ton de la plaisanterie. « J'espère que ma compagnie ne commence pas à vous encombrer. »

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MessageSujet: Re: If it doesn't break you, it will make you. || Will. ♥ Mar 2 Fév 2016 - 15:48


If it doesn't break you, it will make you
ft. Hannibal Lecter


Lorsque la dernière note retentit, Will retira ses doigts des touches du piano comme si ces dernières l’avaient brûlé. Ce n’était qu’à présent que le moment était passé qu’il réalisait combien ce qu’il venait de partage était intime, et intense. Si son seul but avait été de charmer un peu plus Hannibal, le résultat excédait ses attentes. Mais ce n’était pas le cas. A aucun moment cette pensée n’avait été dans son esprit lorsqu’il avait composé cet air. Il aurait été pourtant aisé de se réfugier derrière ce prétexte, mais rien dans ses plans pour arrêter Hannibal Lecter n’avait exigé une telle chose de sa part. Il avait donné plus que l’autre homme n’attendait de lui, et il l’avait fait de sa propre volonté. Le fourmillement dans ses doigts se répandit peu à peu, se propageant tel un frisson le long de son corps. La gorge nouée par une soudaine émotion, il ne parvint pas à énoncer le moindre mot. A ses côtés, Hannibal avait la tête renversée, les yeux fermés, savourant un instant qui se terminait déjà, l’inscrivant probablement dans sa mémoire, y dédiant peut-être même une pièce dans son palais mental ; un endroit qu’il pourrait revisiter à tout moment pour le revoir, et surtout le rejouer. Lorsqu’il rouvrit les yeux, l’émotion qu’il y laissait paraître était si vive que le cœur de Will se serra, ravivant le conflit qui ne se taisait plus en lui, ce dilemme qui le tenait éveillé chaque nuit. Les frontières entre raison et sentiment se brouillaient un peu plus chaque jour, et chaque jour il cédait à Hannibal un peu plus de lui-même. Un jeu qui devenait trop dangereux pour qu’il ne s’y brûle pas lui aussi : inextricablement liés, la chute de l’un entraînerait tôt ou tard celle de l’autre, et il commençait à en prendre conscience ; une réalisation aussi inévitable que cruelle.

Il acquiesça muettement à la suggestion d’Hannibal et au symbolisme qui s’y cachait. Le papillon. Emergeant de sa chrysalide métamorphosé et déployant ses ailes délicates pour la première fois. L’aurore évoquait quant à elle un jour nouveau, une renaissance, trahissant un désir dont l’homme ne s’était jamais caché face à lui. Ironique, que là où il voyait - ou espérait voir - un début, Will ne voyait qu’une fin. Un crépuscule éblouissant mais où les ténèbres finissaient par triompher de l’astre diurne, éclipsant les traînées d’or du soleil mourant dans un voile de noirceur. Il n’entrevoyait pas, pour eux, un futur autre que baignant dans le sang et les larmes.

Il laissa Hannibal entamer un nouveau morceau tandis que lui-même se relevait, comme poussé par le désir de remettre un peu de distance entre eux après une telle expérience. Il ne s’éloigna cependant pas beaucoup, se postant simplement plus près du feu de cheminée.

« Je n’avais pas touché ce piano depuis des années. Ma première impulsion était simplement de vous surprendre, et je suppose que j’ai fini par me prendre au jeu plus que je ne l’avais anticipé. »

Dos tourné à Hannibal, il laissa une légère grimace étirer ses lèvres à la double lecture pas totalement involontaire de ses paroles. C’était pourtant la stricte vérité : ce qui n’avait été au départ qu’une idée un peu saugrenue était devenu un challenge, et avait petit à petit pris vie sous ses doigts tandis qu’il versait dans la musique des choses qu’il n’aurait pu exprimer autrement. Des émotions qui vibraient et résonnaient en lui - en eux, à présent.

Interpellé à son tour par un grondement sourd qui vint les interrompre, il alla se poster devant une fenêtre, accueilli par une tempête de flocons si épaisse qu’il était difficile de voir à plus de quelques mètres devant soi, une visibilité encore réduite par l’obscurité. Plusieurs centimètres de neige épaisse recouvraient le sol, et un arbre s’était fendu non loin de son hangar. Hannibal semblait amusé par la situation, et bien sûr qu’il l’était. Ils savaient tout deux que Will ne pouvait décemment pas l’envoyer faire une heure de route avec un temps pareil - ce serait même un miracle s’il parvenait à faire démarrer sa voiture. Un retournement de situation qu’il n’avait pas vraiment anticipé. Il fronça légèrement les sourcils avant de se retourner vers le psychiatre.

« Je n’ai qu’un seul lit. Mes nuits sont le plus souvent très agitées. Et les chiens préfèrent en général dormir sur le lit qu’à côté. Autant que vous soyez prévenu. »

De la part de quelqu’un d’autre, cela n’aurait pu être qu’une blague. Il possédait après tout une grande maison avec un étage supérieur et largement assez de pièces pour avoir sa propre chambre et une chambre d’amis en plus. Ce n’était pas le cas. Avoir placé son lit dans la salle principale, non loin de l’entrée, en disant long sur ses priorités lorsqu’il s’était installé dans cette maison. L’étage du dessus restait quant à lui complètement inoccupé, rempli seulement de vieilles fournitures, de cartons et de meubles recouverts d’un drap et d’une bonne couche de poussière. Ce n’était pas exactement comme s’il avait anticipé un jour avoir de la compagnie, ou certainement pas une compagnie de plus quelques heures. Il se passa la main sur le visage. Inviter Hannibal chez lui était une chose, l’inviter dans son lit, quelles qu’en soient les raisons, en était une autre. C’était moins le caractère ambigu de la situation qui le gênait que le fait de laisser l’homme entrer un peu plus dans sa vie, de s’exposer à lui dans son sommeil où, comme tout un chacun, il était à son plus vulnérable. C’était sans parler de ses expériences fâcheuses et encore pas si lointaines en matière de somnambulisme, et des cauchemars qui le tourmentaient régulièrement et le faisaient se réveiller pantelant et en sueur au beau milieu de la nuit. Se détachant de la fenêtre il lança un bref un coup d’œil au costume trois pièces d’Hannibal et ajouta avant de disparaître :

« Je vais voir si je trouve quelque chose à vous prêter pour dormir. »

Etrange perspective, celle-ci aussi : voir Hannibal dans certains de ses vêtements. Il s’efforça de ne pas trop y penser en fouillant dans ses affaires pour finalement trouver un pyjama – un vrai – qui paraissait confortable et en bon état, Will étant lui-même plus habitué à se contenter d’un t-shirt et d’un caleçon, bien plus adéquats à sa situation d’autant que le t-shirt passait rarement toute la nuit sur son dos. Ce pyjama était habituellement un peu grand pour lui, et considérant que leur différence de taille n’était pas bien grande, il ferait probablement l’affaire. Il retourna donc l’apporter à Hannibal, un sourire à la fois amusé et faussement contrit sur les lèvres alors qu’il le lui remettait en main, imaginant l’autre homme plus habitué à porter du satin sombre ou quelque chose d’également prétentieux plutôt qu’un pyjama en coton à carreaux.

« A la réflexion, je crois qu’il vous faut endurer plus que moi dans cette situation. » Il marqua une brève pause avant d’indiquer le couloir d’où il venait : « La salle de bain est sur votre droite. »




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MessageSujet: Re: If it doesn't break you, it will make you. || Will. ♥ Sam 12 Mar 2016 - 2:15

Will & Hannibal

Réveillon



Légèrement, Hannibal haussa un sourcil. Il ne s'était pas attendu à une proposition aussi directe, Will ne cessait de l'étonner ; cette soirée était pleine de surprises. Il se contenta donc de hocher la tête et de passer les mains derrière son dos, attendant posément la suite, laissant à son hôte le bon soin de garder les commandes. Ses yeux se posèrent seulement sur le lit, étudiant silencieusement ce dans quoi il allait devoir dormir. Il ne semblait pas très grand, mais cela serait suffisant pour deux... Si Hannibal n'avait pas trouvé la situation aussi amusante, il aurait sans doute préféré aller dormir dans sa voiture. Il ne dépréciait pas le lieu de vie de son ami, mais ils n'avaient pas les mêmes habitudes quotidiennes. Cependant, la soirée était devenue trop intéressante pour qu'il songe à quitter les lieux.... Il aurait très bien pu se contenter d'un fauteuil, et veiller la nuit durant en compagnie de quelques livres, gardant un œil sur Will et sur ses rêves agités, mais il doutait que cela aurait convenu aux deux partis. Et bien que d'autres solutions subsistaient, c'était cette décision qu'avait choisi de prendre Will. Pour d'autres, cela aurait paru anodin, mais pas pour eux. Par ce fait, il s'offrait à lui, vulnérable dans son sommeil. Aux yeux d'Hannibal, cela signifiait tout.

Lorsqu'il Will disparut dans une pièce adjacente, Hannibal reporta son attention sur la fenêtre, les yeux perdus dans les lointaines ténèbres qui enveloppaient l'étendue immaculée. La lune brillait à travers les nuages, illuminant quelques monticules de neige ; les cristaux de glace brillaient, sous sa lumière argentée. Un sourire naquit sur les lèvres du psychiatre qui tira doucement les rideaux. Fin de l'acte quatre. Place au final. Il entendit Will revenir dans la pièce et se tourna vers lui. Ses mains étaient chargées d'un pyjama qu'il lui tendit. A en juger par l'expression du jeune homme, la situation l'amusait, et il prenait un certain plaisir à l'imaginer dans de tels vêtements. Étrangement, Hannibal goûta à cette plaisanterie en même temps que lui. Quel provocateur êtes-vous, mon cher Will. Doucement, le psychiatre attrapa le pyjama. La texture n'était pas désagréable, du coton. Cela ferait l'affaire pour un soir, ses conditions avaient déjà été bien pire. Si un certain train de vie le suivait, il était capable d'adaptation, comme tout à chacun. Le propre de l'homme.

« Ne vous en faites pas pour moi, Will, mon cœur est encore solide, je pense que je saurais survivre à cette nuit. » Qui sait ? Hannibal croisa le regard de son interlocuteur, entendu sur le sujet. Si Will, avec sa proposition, offrait une partie de sa vulnérabilité la plus profonde, Hannibal, en acceptant, le faisait aussi. « Merci. » ajouta-t-il en se dirigeant vers la salle de bain pour se changer.

Au fond, cela faisait partie du jeu de la soirée. Le pyjama, le lit de Will, sa maison n'étaient que des détails. Un juste prix à payer, peut-être, pour ce qu'ils venaient de partager par un morceau de piano à quatre mains. Hannibal redressa la tête et croisa son image dans le miroir tandis qu'il pliait soigneusement ses vêtements pour ne pas les froisser. Le pyjama que son hôte lui avait prêté sentait le renfermé, le vieux bois, et le chien. Un soupir inaudible franchit ses lèvres, mais il se plia à l'exercice de bonne grâce, bien que plus à son aise dans ses propres tenues. A dire vrai, il préférait dormir nu. Il doutait cependant qu'en de telles circonstances, cela soit conventionnel, bien évidemment.
Le pyjama n'était pas parfaitement à sa taille, les manches des bras et des jambes demeuraient trop courtes, mais, au point où il en était, cela ne faisait pas grande différence. Lentement, il se redressa et épousseta quelques grains de poussières s'y étant installés, fit un dernier brin de toilette puis, enfin, en sortit. Il se sentait outrageusement ridicule dans de tels apparats, mais tant pis. La soirée n'avait, après tout, rien de conventionnel.

« Je ne suis pas sûr que cela soit très élégant. » Hannibal pencha humblement la tête sur le côté avant de sourire, laissant une mèche de ses cheveux tomber devant ses yeux. Il allait devoir songer à bientôt les couper. « Votre invitation est surprenante, vous êtes un homme plein de surprises. Mais je vous en remercie. »

Hannibal ne faisait pas seulement référence à la généreuse invitation de son hôte. Ce n'était peut-être une forme consciente de confiance. Peut-être la soirée devait-elle fatalement se clore de cette façon, achevant la paisible normalité s'étant installé entre eux au court de ce dîner. Loin des corps et des cadavres de la police, loin de leurs discussions, loin de tout, loin du monde. Juste eux, entouré d'une fragile bulle de savon trop lisse.

« Puis-je ? » s'enquit-il en désignant le lit d'un regard. Quelle curieuse situation, vraiment.

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MessageSujet: Re: If it doesn't break you, it will make you. || Will. ♥ Ven 20 Mai 2016 - 18:39


If it doesn't break you, it will make you
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Ce n’était pas exactement ainsi qu’il avait prévu de terminer la soirée. Will n’avait jamais été une créature très sociale ; après avoir partagé un dîner avec quelqu’un, son premier souhait était de retourner à la solitude. Bien sûr, les choses étaient quelque peu différentes concernant Hannibal. Il aurait été plus simple de penser qu’il était pressé de se débarrasser de lui, mais rien n’était jamais simple entre eux. Il avait passé une bonne soirée, et peut-être que dans d’autres circonstances la perspective d’étirer ce moment aurait pu être plaisante – juste plaisante, sans « mais » derrière. Ce n’était malheureusement pas le cas. Il y avait des non-dits, et des enjeux, et des choses plus sombres tapies derrière ce qui n’avait été en apparence qu’un innocent repas entre deux amis. Rien n’était innocent lorsqu’il s’agissait d’Hannibal. Dire que ses sentiments face à la situation étaient conflictuels était un bel euphémisme.

Pourtant, l’offre de Will avait été directe, sans détours, n’offrant pas vraiment d’alternatives. Il aimait autant éviter une longue discussion qui mènerait inévitablement à la même conclusion, d’autant qu’ils étaient deux adultes, capables d’appréhender les choses avec recul. Et très honnêtement, il n’avait ni la force ni l’envie de se lancer dans un quelconque débat. Le vin qu’ils avaient bu, sans lui faire tourner la tête, répandait une chaleur agréable dans son corps, et il se sentait détendu pour la première fois depuis longtemps. La fatigue commençait tout doucement à clamer ses droits elle aussi et au fond il se souciait assez peu de où, quand, comment, ou avec qui il allait dormir du moment qu’on ne l’en empêchait pas. Ce n’était pas comme si Hannibal risquait de lui faire quoique ce soit de pire qu’il n’ait déjà fait (le tuer mis à part, et Will était relativement convaincu que ce n’était pas une option s’il pouvait l’éviter), et bloqué à Wolf Trap, il ne pourrait faire de mal ailleurs non plus. En un sens, c’était une pensée réconfortante.

Il profita de l’absence d’Hannibal pour remettre un peu d’ordre dans la pièce et lorsque le psychiatre revint, affublé du pyjama qui lui avait été prêté, un sourire amusé joua sur les lèvres de Will qui le détailla de haut en bas. Un costume trois pièces était une armure comme une autre. Un déguisement, une affirmation. Les apparences ne définissaient certes pas une personne, mais le choix de se présenter d’une façon ou d’une autre en disait long sur elle. Ce n’était pas pour rien qu’à sa sortie de prison, avant de reprendre ses rendez-vous avec le docteur, Will avait adopté pour un style vestimentaire plus élégant, en accord avec les goûts d’Hannibal. Il avait s’agit de véhiculer un message. Dépourvu de cette armure qu’il s’était construite, dans ces vêtements modestes et quelques peu mal adaptés à sa taille, l’homme semblait soudain plus humain. Moins redoutable. S’y fier était une erreur, bien entendu, mais c’était un changement agréable. Et il y avait quelque chose d’incroyablement familier, presque domestique, dans le fait de le voir dans ses propres vêtements qui lui donnait une sensation étrange.

« Je ne pense pas que Morphée vous en tiendra rigueur. »

La vérité était qu’Hannibal aurait probablement réussi à paraître élégant dans un pagne. C’était moins une question d’accoutrement que de contenance, et son attitude n’était rien sinon distinguée.

Les paroles de ce dernier le plongèrent momentanément dans le silence, conscient qu’il ne le remerciait pas simplement pour l’invitation prolongée, ou pas en tant que telle. Le psychiatre ne se souciait pas d’avoir un lit à dormir, et il y avait fort à parier que, la situation l’eût-elle requis, il serait resté éveillé toute la nuit sans difficultés. Ce qui lui importait, en revanche, c’était de savoir que Will l’acceptait chez lui sans hésitations et bien au-delà des limites que la bienséance aurait pu fixer. Qu’il acceptait de le laisser gagner un peu plus de terrain dans sa vie, et un peu plus de pouvoir sur lui. Il n’y avait rien d’anodin dans cette offre. C’était une chose de confronter l’homme à la lumière du jour, dans un cadre défini, et une toute autre de s’exposer à lui dans toute la vulnérabilité propre au sommeil au sein de sa propre maison. Il y avait une affaire de confiance là-dedans.

« Est-ce vraiment surprenant ? »

La question, pensive, semblait plus adressée à lui-même qu’à Hannibal. Ce dernier n’avait-il pas tout fait pour en arriver là, après tout ? A ce stade où leurs existences étaient si emmêlées qu’il était impossible de les dépêtrer ? Will ne pouvait pas se mentir ; il avait vu les choses venir, et il y avait foncé tête baissée. A quel moment son « plan » ne suffisait plus à justifier ses actes ? A quel moment désir et devoir cessaient de se rejoindre pour former deux voies bien distinctes ?

L’air absent, il laissa glisser sa main sur la couverture du lit, avant de se redresser, coupé dans ses pensées par la question d’Hannibal. Il acquiesça tout en désignant le matelas, et disparut avant d’avoir pu s’attarder sur le spectacle décidément étrange qu’était son psychiatre se glissant dans son lit. Il se changea rapidement, les gestes presque robotiques, et se brossa les dents tout en fixant les vêtements d’Hannibal, parfaitement pliés dans un coin, comme si là avait toujours été leur place. Cette pensée était absurde et pourtant elle sonnait juste. Will chassa ce fil de réflexions en se passant de l’eau froide sur le visage avant de retourner dans le salon qui faisait office de chambre.

A son tour, il se glissa sous les draps, réconforté par la présence de Buster qui aussitôt se roula en boule à ses pieds. Avoir quelqu’un à ses côtés était troublant, mais pas autant que le fait de savoir qui était cette personne. Il se tourna vers Hannibal, le considéra un instant sans un mot, puis se pencha pour éteindre la lumière, ne laissant plus que la lueur des dernières braises éclairer la pièce. Il s’installa confortablement, et après un nouveau silence murmura simplement :

« Bonne nuit, Hannibal. »



Spoiler:
 



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ETR
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MessageSujet: Re: If it doesn't break you, it will make you. || Will. ♥ Mer 1 Juin 2016 - 0:03

Will & Hannibal

Réveillon



Bonne nuit. Hannibal regarda Will un instant, même après que les lumières eurent été éteintes. Cette étrange situation aurait pu être parfaitement banale en toute autre circonstance. Deux amis se dépannant une nuit de tempête n'était sûrement pas rare...
Un sourire amusé étira les traits du psychiatre qui détourna la tête, fixant le plafond et les ombres que les flammes projetaient sur celui-ci. Le silence s'étira, pourtant il était certain que ni l'un ni l'autre ne dormirait avant un moment. Inutile d'entamer une conversation cependant, Hannibal se doutait que Will serait peu enclin à la pousser aussi loin que dans leur cadre habituel (dans son cabinet, ou à table). Il s'agissait, ici, d'un nouvel espace, d'un nouveau confinement ; cela avait forcément un tout autre impacte, une portée plus intime, plus profonde. Will avait-il peur ? Peur en jouant avec les limites ? Peur de franchir la ligne si froidement tracée, et pourtant sans cesse défiée ?

Hannibal baissa les yeux sur l'un des chiens de Will, roulé en boule aux pieds de son maître. Partager un lit avec son ami ne le dérangeait pas, mais avec ses compagnons canins il s'agissait d'une toute autre histoire. Leurs regards se croisèrent dans la pénombre, et le psychiatre le fixa longuement, jusqu'à ce que le chien détourne la tête et descende du lit pour aller se blottir aux côtés de ses semblables. Satisfait, Hannibal ferma les yeux, refusant de laisser le sommeil gagner son état de conscience. Alerte, il décida de laisser ses sens prendre les devants, écoutant la respiration de Will, le léger froissement des draps et le crépitement du feu qui, lentement, s'éteignait. Le vent, à l'extérieur faisait rage, sifflant dans le conduit de la cheminée, faisant trembler les fenêtres, leur donnant l'impression de se retrouver au milieu d'un petit abri précaire pourtant solide et rassurant.

L'un comme l'autre, ils n'avaient guère l'habitude de partager un lit. Si depuis peu Hannibal et Alana entretenaient une relation plus intime qu'auparavant, le psychiatre prenait soin de ne jamais rester avec elle plusieurs nuits d'affilée. S'il était plaisant de passer du temps en sa compagnie, il avait également besoin d'un espace privé, espace dans lequel personne n'était capable de pénétrer, Will mis à part peut-être, avec le temps. Un temps qu'ils ne posséderaient pas indéfiniment, mais suffisamment pour continuer leur jeu de force et de persuasion. Hannibal escomptait bien l'achever, parvenir à son but, comme toujours. Lentement mais sûrement, à la manière de n'importe quel prédateur.
Au bout d'un certain temps, Hannibal sentit la respiration de Will devenir plus profonde, plus régulière. Le psychiatre tourna lentement la tête dans sa direction, et son habituel sourire amusé vint creuser une ombre au coin de ses lèvres. Il aurait été facile de lui faire n'importe quoi. L'étouffer. Lui trancher la gorge. L'étrangler, peut-être. Hannibal n'en ressentait pourtant aucun désir, aucune envie particulière. Cela aurait été pur gâchis, ses ambitions étaient toutes autres à son égard. Il gratifia la silhouette endormie d'un autre sourire, celui-ci empli d'une certaine affection et de fierté.

Finalement, Hannibal finit lui aussi par fermer les yeux, après avoir longuement détailler la silhouette endormie, un peu déçu qu'il ne se retrouve pas face à lui, où les traits de son visage apaisé auraient été saisissant à redessiner par la suite, entouré des ténèbres nocturnes et sujet à une vulnérabilité plus qu'évidente. Dangereuse, même.
Le psychiatre n'eut pas loisir à s'endormir, cependant. Alors qu'il commençait à se perdre dans les dédales de son palais mental, il sentit le corps à côté de lui se tendre brusquement. Lentement, Hannibal ouvrit les yeux, observant la silhouette désormais agitée par un mauvais rêve. Quelle chimère était entrain de déranger l'esprit embrumé et inconscient de Will Graham à cet instant ? Un sinistre tableau empli de fantômes ? Hannibal ne le réveilla pas tout de suite, préférant détailler chacune de ses réactions, chacun de ses gestes parfois spasmodiques, et le coin de ses lèvres qui s'agitait en un souffle presque étranglé. Ce ne fut que lorsque les chiens commencèrent à geindre qu'Hannibal, très lentement, se redressa et posa une main sur le front de son patient, vérifiant ainsi que la fièvre ne l'avait pas gagné. Il laissa ensuite glisser ses doigts jusqu'à ses joues, et l'appela d'une voix ferme :

« Will ? Will. Réveillez-vous, vous faites un cauchemar. » Hannibal attendit que Will ouvre les yeux pour se reculer légèrement, gardant néanmoins une main appuyée sur son épaule. « Votre esprit vous laisse visiblement très peu de répits. »

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