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 And then, there were none. [PV Hanni & Spencer]

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MessageSujet: And then, there were none. [PV Hanni & Spencer] Lun 15 Fév 2016 - 23:30

Daniel leva le nez de ses dossiers pour jeter un regard à la pendule. Dix minutes avant qu’elle ne sonne le coup des dix heures – dix minutes avant son prochain rendez-vous, qu’il soupçonnait d’avance d’être… spécial. Après tout, ce n’était pas tous les jours qu’un éminent confrère comme le docteur Lecter amenait un patient à son non moins éminent confrère neurologue, mais il se doutait que si Lecter consultait, c’était qu’il avait affaire à un cas particulièrement intéressant. Ou coriace. Mais ça n’avait pas l’air d’être le genre de chose qui effrayait Lecter, si tant était que Lecter pouvait être effrayé par un cas. Daniel se laissa aller contre le dossier de son fauteuil, faisant nonchalamment tourner son stylo entre ses longs doigts fins, ses yeux bleus perçants songeusement fixés sur la porte qui ne saurait tarder de s’ouvrir. Un cas de schizophrénie, lui avait expliqué Lecter au téléphone. Le genre de cas qui intéressait le docteur Frost, bien entendu – quel neurologue ne s’intéressait pas à ce genre de trouble qui laissait perplexe même les plus talentueux des médecins de l’esprit ? Daniel n’était pas un chercheur, il n’avait jamais particulièrement apprécié l’environnement de la recherche des universités, mais il écrivait de temps à autre des papiers sur des sujets qui lui tenaient à cœur, et la schizophrénie pouvait bien faire partie de ces quelques sujets particulièrement piquants sur lesquels il souhaitait travailler. Surtout avec un type comme Lecter, qu’il tenait en haute estime et dont le jugement paraissait sans faille. Paraissait, bien entendu. Daniel avait assez de jugeotte pour savoir que même les meilleurs pouvaient se tromper. Mais quel mal y avait-il à lui présenter un patient et quérir son conseil ? Qui sait, quelque chose de positif pourrait peut-être sortir de tout ça. Y compris pour le patient.

Reposant son stylo sur son bureau, incapable de se concentrer plus avant sur le dossier de Mrs Mathewsen, souffrant –pauvre femme- d’un début d’Alzheimer, il referma la pochette en carton et la remit sur la pile bien ordonnée à côté de son ordinateur. Puis il posa les coudes sur les accoudoirs de son fauteuil et joignit les mains, dans une attitude de réflexion que les autres docteurs et infirmiers de l’hôpital lui connaissaient bien. Daniel Frost était un homme économe de ses mouvements, qui restait la plupart du temps aussi immobile qu’une statue, et ne bougeait son immense carcasse qu’en cas d’extrême nécessité. Les patients appréciaient le calme et la maîtrise que cette attitude avait l’air de refléter, et Daniel savait en jouer, en particulier auprès de patients agités qui n’avaient pas besoin d’être contaminés par une nervosité supplémentaire. Il n’était pas surprenant que ce soit lui qu’on contacte pour s’occuper des patients les plus chaotiques ou menaçants. Son calme souverain avait quelque chose de désarmant. Etait-ce pour cette raison que Lecter avait fait appel à lui, lui aussi ? Il ne lui avait guère donné de détails au téléphone, préférant le laisser se former une opinion du patient par lui-même. C’était tout à son honneur, avait songé Daniel. Sans compter qu’il avait réussi à piquer sa curiosité.

Lorsqu’on frappa à la porte, Daniel se contenta de lever les yeux et de légèrement relever la tête en intimant à la personne d’entrer. Une secrétaire médicale passa sa tête dans l’entrebâillement de la porte.

« Le docteur Lecter et Mr Hawthorne sont là pour vous voir, docteur. »
« Merci Melinda. Vous pouvez les faire entrer. »

La jeune femme hocha la tête et disparut. Daniel suivit le cliquetis de ses pas jusqu’à ce qu’ils ne s’évanouissent au coin du couloir, puis il déploya ses longues jambes et se décida enfin à se relever, redressant son corps à la trop haute silhouette accentuée par la blouse blanche qu’il arborait. Du bout du majeur, il repoussa ses fines lunettes sur son nez aquilin et enfouit les mains dans les poches de sa blouse, ses épaules éternellement voûtées lui donnant un étrange air de Dr Frankenstein après des années d’expériences douteuses. Il espérait avoir un peu plus de sens moral que le brave docteur, tout de même.

Quoique.

Les pas de Melinda se firent à nouveau entendre, avec deux paires de pas supplémentaires sur ses talons. La porte s’ouvrit de nouveau et la secrétaire laissa le passage au docteur Lecter et à son patient. Le visage de Daniel s’illumina d’un sourire courtois et chaleureux, et il tendit la main à son collègue.

« Docteur Lecter. C’est toujours un plaisir de vous revoir. » dit-il simplement, avant de diriger son attention vers le jeune homme qui le suivait. Intéressant spécimen, songea-t-il en détaillant sans insistance le fameux Spencer Hawthorne. Un garçon visiblement perturbé ; même sous traitement, Daniel avait suffisamment l’expérience des maladies mentales en tout genre pour savoir identifier les signes qui ne trompent pas. Il garda soigneusement ses notes mentales pour lui, et tendit la main à Spencer – sans forcément s’attendre à ce qu’il la prenne, mais il avait pour habitude de traiter ses nouveaux patients comme s’il ne savait absolument pas ce qui les amenait dans son bureau. Il préférait démarrer d’une page blanche. Il avait toujours trouvé cette méthode plus efficace, plus claire, plus directe. « Mr Hawthorne. Je suis le docteur Daniel Frost, heureux de vous rencontrer. Je vous en prie, mettez-vous à l’aise. » ajouta-t-il en désignant les deux fauteuils en face de son bureau. La pièce était bien entendu un lieu médical, mais Daniel n’y avait gardé que le strict minimum en termes de seringues, outils médicaux, et autres objets intimidants. Seule la table d’auscultation était clairement identifiable – autour d’eux, des tableaux joliment sobre ornaient les murs, et le décor n’avait, il l’espérait, rien de menaçant ni d’oppressant. Il retourna derrière son bureau, joignant les deux mains sur la table en s’asseyant, comme dans une prière muette.

« Le docteur Lecter m’a un peu parlé de vous, jeune homme. J’ai cru comprendre que je pourrais vous êtes utile, et si c’est le cas, je serais heureux d’apporter mon assistance au docteur Lecter en quelque capacité que ce soit. » Il observa les deux hommes, l’un après l’autre, amusé par le contraste visible qu’ils formaient, tous les deux. Puis il lança, sans s’adresser à aucun des deux en particulier, curieux de voir qui ouvrirait le jeu : « Je vous écoute, messieurs. En quoi puis-je vous aider ? »
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PUS
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MessageSujet: Re: And then, there were none. [PV Hanni & Spencer] Mar 16 Fév 2016 - 20:00

C'était le grand jour. Profondément nerveux, il avait à peine réussi à articuler un "Bonjour." à l'adresse du Dr Lecter lorsqu'ils s'étaient retrouvés, les mots demeurant coincés dans sa gorge serrée. La nuit dernière avait été affreuse.

Lorsqu'il était enfin parvenu à s'endormir, son esprit avait été assailli par les cauchemars et il s'était réveillé debout, tremblant sur ses jambes, en train de frapper son crâne contre la porte de sa chambre. Le sommeil n'était plus venu et il avait passé le reste de la nuit à chasser des pensées insidieuses, des craintes exacerbées, des angoisses profondes... Et s'il se comportait mal ? Si quelque chose poussait le Dr Lecter à changer d'avis et à l'interner ? Peut-être que tout cela n'était qu'un piège pour le conduire dans un hôpital psychiatrique sans rencontrer d'obstacles...

Spencer était resté mutique pendant le trajet qui les conduisait à l'hôpital, triturant maladroitement son Rubik's Cube afin de focaliser ses pensées sur cette activité inoffensive plutôt que sur ce qui l'attendait. Il n'avait même pas songé à annoncer au docteur qu'il avait trouvé un nouveau travail, trop occupé à lutter contre lui-même. Il devait conserver son calme... Ne pas laisser sa peur s'emparer de ce qu'il avait de meilleur en lui... Calme, calme...

Quand l'hôpital John Hopkins se révéla à ses yeux, Spencer ne put réprimer un profond frisson. Il se rappelait parfaitement de cet établissement, pour y avoir passé un certain temps et, surtout, avoir rencontré Jacob. L'arrivée de l'écrivain dans son existence était certainement la meilleure chose qui ait pu lui arriver, mais cela n'empêchait pas que ce lieu était gorgé de mauvais souvenirs. De ces instants où Spencer avait été confronté à ses peurs les plus profondes, où il avait été incapable de protéger son ami, où il avait même contribué à l'échec de leur tentative d'évasion...

A ce jour, bien qu'il comprenait que cela valait mieux pour eux, plus particulièrement pour lui, que cette évasion n'ait pas réussie, il ne pouvait pas s'empêcher de ressentir une profonde culpabilité. Peut-être que Jacob avait raté une chance de retrouver les siens par sa faute... Même si, égoïstement, il préférait que l'écrivain demeure à ses côtés. Qu'il ne le laisse pas derrière, tout seul.

Spencer se mordit la lèvre, une légère douleur qui le tira alors de sa profonde introspection. Une main lui fut tendue et il recula instinctivement, son corps agité d'un sursaut. Il lui fallut quelques secondes pour reprendre son calme et réaliser dans quelle situation il pouvait se trouver. Visiblement, son corps s'était mis en pilote automatique et le Dr Lecter et lui-même faisaient à présent face au neurologue avec lequel ils avaient rendez-vous.

Embarrassé par sa distraction, Spencer, après avoir rangé son Rubik's Cube dans sa poche, serra rapidement la main du Dr Frost, n'osant croiser son regard. Comme bien d'autres, l'homme le dépassait en taille, ce qui ne fit qu'augmenter la crainte de Spencer à son égard, devant ce quil considérait comme une forme de domination. Il balbutia un "E-Enchanté..." tout juste audible avant de prendre place sur l'un des fauteuils que le Dr Frost leur avait indiqué. Ses yeux se fixèrent brièvement sur le Dr Lecter, comme s'il attendait que celui-ci le blâme pour le choix de son siège ou son attitude anxieuse, avant que son regard ne se reporte à nouveau sur le neurologue.

S'asseyant aussi correctement que possible sur le fauteuil, résistant à la tentation de se recroqueviller dessus, il détailla l'allure générale du docteur, rougissant furieusement en constatant qu'il détonnait auprès de ces hommes apprêtés de façon appropriée, voire élégamment. Il aurait peut-être dû mettre autre chose que ses vieilles baskets ou son éternel sweat à capuche... Se mordant une nouvelle fois la lèvre, Spencer se réprimanda mentalement.

Il n'arrivait pas à se sentir confortable dans d'autres sortes de vêtements. Ces chemises bien blanches, ces beaux costumes... Ce n'était pas lui. Ca ne lui ressemblait pas. Ce n'était pas confortable. Ce n'était pas... bien. Observant son environnement avec curiosité et une certaine anxiété, Spencer tripotait furieusement son Rubik's Cube, qu'il avait ressorti afin de s'occuper les mains et d'éviter de se blesser ou d'abîmer le fauteuil sur lequel il était assis. Il n'était pas simplement craintif. Le mot était trop faible. Il était terrifié.

Il écouta attentivement les propos du Dr Frost, se calmant légèrement devant le ton posé que l'homme employait à son égard. Prenant une profonde inspiration afin de faire fonctionner à nouveau sa cervelle noyée dans l'angoisse, Spencer articula difficilement, comme il tendait à le faire lorsque la peur obscurcissait son jugement :

"M... Merci, Dr Frost. Je... Euh... Je p-promets de tout faire pour... pour ne pas entraver votre travail ou..."

Son regard se posa sur son psychiatre. Il étira une grimace souriante sur son visage, avant de retrouver son expression neutre, teintée d'anxiété, et de reprendre timidement :

"Ou celui du d... Dr Lecter."

A la question du Dr Frost, Spencer resta muet. Cessant de triturer son Rubik's Cube, glissant l'index de sa main droite entre ses lèvres pour ronger ses ongles, il tourna la tête vers le psychiatre, attendant très visiblement que ce dernier ne prenne l'initiative et ne réponde. Il ne lui était même pas venu à l'idée que la question ait pu lui être adressée.

Spencer, en particulier dans ce genre de contexte, n'avait guère l'habitude d'être traité comme une personne à même de prendre des décisions ou d'émettre une opinion valide. Automatiquement, il se reposait donc sur le Dr Lecter, laissant celui-ci prendre les devants et exposer les raisons de leur présence.

Ses jambes s'agitèrent nerveusement. Spencer détestait cet endroit. Il haïssait les hôpitaux. Il voulait partir d'ici, aussi vite que possible, mais il ne pouvait pas écouter la voix tentatrice qui lui soufflait à l'oreille de prendre la fuite. Il avait promis d'être un bon patient, le temps de ce rendez-vous, et il ne tenait pas à briser son serment.

Le Dr Lecter méritait mieux que cela de sa part. Jusqu'alors, l'anxiété l'avait prévenu de se montrer courtois et agréable envers son psychiatre et Spencer avait bien l'intention de se rattraper. Quitte à devoir affronter ses peurs les plus profondes, en ces lieux qui le rongeaient d'angoisse...



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ETR
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MessageSujet: Re: And then, there were none. [PV Hanni & Spencer] Jeu 18 Fév 2016 - 17:40

Daniel, Spencer & Hannibal


Sans surprise, le voyage fut calme, silencieux, le bruit du moteur faisant lui seul office de musique. De temps à autre, le regard du Docteur Lecter glissait en direction de son patient assit sur le siège passager, Rubik's Cube en mains, ailleurs, loin. Perdu. Lorsqu'ils se garèrent sur le parking de l'hôpital John Hopkins, Spencer sortit de la voiture sans mot dire, absent, se contentant de suivre les mouvements de son psychiatre qui l'observait avec attention. Ces lieux regorgeaient de souvenirs. D'un internement traumatique. D'une ancienne thérapie aux côtés du Dr. Henris. De traitements divers, également, et de faux espoirs. D'appréhension et de peur. Cependant, Spencer revenait aujourd'hui sur ses pas, et retraçait de nouveaux souvenirs dans les mêmes pièces de sa mémoire. Sa confiance en Hannibal Lecter semblait désormais ancrée de manière sûre. Infinie. Le psychiatre arrivait doucement à son but. Sans doute y était-il même déjà parvenu.

Hannibal connaissait bien les lieux, pour s'y être déjà rendu auparavant. Peu de fois, certes, mais il ne fallait pas longtemps à l'homme pour s'adapter à son milieu. Ni au prédateur pour s'accoutumer à son environnement. Les deux protagonistes, l'un devant, l'autre derrière, s'avancèrent dans le couloir jusqu'au bureau d'accueil où il leur fut demander de bien vouloir patienter quelques instants. Le psychiatre hocha simplement la tête et s'assit dans l'un des fauteuils après avoir ôté sa veste désormais pliée sur ses genoux. Lorsque la secrétaire revint, elle les pria de bien vouloir la suivre jusqu'au bureau du Dr. Frost qui était prêt à les recevoir.
La porte s'ouvrit sur une pièce ordonnée et propre, mettant en avant le domaine médical, sans outrance, mélangé à une sobriété de bon goût. Hannibal n'en attendait pas moins d'un personnage comme Daniel Frost. Les deux docteurs s'étaient rencontrés lors d'un gala organisé par certaines de leurs connaissances communes. Ces mêmes connaissances qui les avait présenté l'un à l'autre. Le courant était très rapidement passé. Si Hannibal ne le considérait pas comme un ami, au sens propre du terme, il s'agissait d'un proche appréciable avec lequel il gardait régulièrement contact, et plus spécialement pour les grandes occasions telles que des dîners.

Chaleureusement, Hannibal serra la main tendue du Dr. Frost et lui rendit son sourire teinté de courtoisie. Spencer sembla soudainement reprendre pied dans la réalité, comme émergeant d'un cocon douillet et protecteur. Il se retrouva propulsé dans l'instant présent sans y avoir consciemment été préparé. Réticent tout d'abord, il finit tout de même par empoigner la main présentée devant lui sans pour autant y prendre un quelconque plaisir. Les doutes ne pouvaient entièrement être chassés de son esprit... Pourtant, Hannibal avait donné sa parole, et sa parole il tiendrait. Spencer ne se ferait pas interner de son fait à l'hôpital, il y veillerait personnellement. Après tout, le jeune homme n'était un danger pour personne, n'est-ce pas ?
Le Dr. Lecter laissa son patient s'asseoir le premier avant de l'imiter, sa veste toujours au creux de ses mains. Posément, il regarda Spencer tenter de verbaliser le flot de ses pensées avant de reporter son attention sur Daniel Frost. Les deux médecins pouvaient paraître intimidants, voire oppressants pour le jeune homme qui bégayait maladroitement quelques promesses. Deux hommes mondains, cultivés et emplis d'une élégante retenue. Hannibal hocha légèrement la tête suite au regard insistant de Spencer sur sa personne. Cela venait confirmer ses pensées précédentes : le jeune homme s'appuyait essentiellement sur lui, et sur son jugement. S'en remettait entre ses mains. Aussi Hannibal prit-il la parole, énonçant des faits de sa voix habituelle, calme et posée, laissant volontairement buter son accent sur la pointe de son palais :

« Comme je vous l'ai dit précédemment, Spencer souffre de schizophrénie paranoïaque. Il était autrefois suivi par le docteur Henris, psychiatre dans cet hôpital si je ne m'abuse. » Dernière précision inutile, la mémoire du Dr. Lecter ne lui faisait jamais défaut, il souhaitait seulement laisser supposer le contraire, en tout cas aujourd'hui. « Avec son accord, je voulais m'assurer de l'avancement neurologique de sa maladie, afin d'ajuster son traitement thérapeutique qui est, comme vous le savez, parallèle à sa thérapie. »

Hannibal tourna la tête vers Spencer qui, nerveux, s'agitait sur son fauteuil, parcourut de légers spams incontrôlés. Le psychiatre releva les yeux sur le Dr. Frost et s'adressa de nouveau à lui :

« De plus, Spencer a progressé dans son état, il serait intéressant, pour la suite de sa thérapie, qu'il puisse en avoir une preuve physique. »

Avancer ce genre de propos devant un patient était risqué. Et s'il n'avait pas progressé ? Si aucune preuve tangible n'apparaissait aux scanners ? Alors la régression surgirait des ténèbres après avoir longuement attendue son heure, et se mettrait, petit à petit, à ronger le jeune homme de manière inévitable. Cependant, Hannibal s'assurerait que cela n'ait pas lieu. Son regard vint s'ancrer dans celui du Dr. Frost, pénétrant son ses prunelles glacées au-delà des verres de ses lunettes, tâchant sans doute de se faire comprendre silencieusement.
Hannibal ne fournit aucun documents au Dr. Frost, à part les feuilles nécessaires du dossier médical de son patient, où étaient inscrites toutes les informations nécessaires, allant du simple groupe sanguin au médicaments prescrits. Le reste demeurait de l'ordre du privé. Les deux hommes ne fréquentaient pas le même domaine de compétence, même s'ils touchaient tous les deux au vaste domaine neurologique de l'être humain.

« Je m'en remets à votre jugement, Dr. Frost. »

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MessageSujet: Re: And then, there were none. [PV Hanni & Spencer] Ven 25 Mar 2016 - 23:57

Il ne fallut pas longtemps à Daniel pour observer et comprendre les mécanismes qui s’opéraient entre le docteur Lecter et son patient. Confortablement assis derrière son bureau, les épaules voûtées comme à son habitude, le neurologue détaillait ses deux interlocuteurs l’un après l’autre, une lueur indéfinissable dans son regard bleu que personne n’avait jamais réussi à déchiffrer. Plus il regardait Spencer, plus son cas l’intéressait : le jeune homme était bourré de TOCs, ne cessait de se tortiller sur sa chaise, extrêmement mal à l’aise, et avait à peine ouvert la bouche depuis qu’il avait mis les pieds dans son bureau. Il regardait ailleurs, balbutiait, avait probablement abominablement envie d’être ailleurs. Un cas de schizophrénie où le patient était donc encore remarquablement lucide. Mine de rien, il n’en côtoyait que peu de semblables : quand on se donnait la peine de lui amener un patient psychiatrique atteint d’un trouble aussi grave, c’est généralement qu’il était déjà trop tard. Pour Spencer, c’était peut-être différent. Ce qui le ramenait à son éminent collègue, un des rares psychiatres de sa connaissance à bien vouloir laisser un neurologue (un scientifique ‘pur’) empiéter sur ses plates-bandes. Les collègues de Daniel avaient un peu trop tendance à voir leurs disciplines respectives séparées, alors que lui ne demandait rien de mieux que d’effectuer des recherches et des diagnostiques collaboratifs, préférant la complémentarité à la rivalité. Enfin, la guerre des egos et des spécialités avait toujours fait des ravages dans les hôpitaux, ce n’était un secret pour personne.

Daniel adressa à Spencer un léger hochement de tête et un sourire aussi calme que rassurant, celui que ses patients appréciaient toujours dans les moments difficiles, pour le remercier de sa coopération. Lorsqu’Hannibal reprit la parole, Daniel se laissa aller contre le dossier de son fauteuil, ses bras reposant sur les accoudoirs alors qu’il écoutait attentivement les paroles de son confrère. Un cas de schizophrénie paranoïaque, suivi par le docteur Henris – Daniel hocha la tête pour confirmer à Lecter que Henris était bien dans cet établissement, se souvenant qu’il devait d’ailleurs bientôt prendre sa retraite. Les yeux de Daniel se reportèrent à nouveau sur Spencer, dont il était difficile de dire s’il suivait ou non la conversation qui le concernait directement. Il avait l’air de faire confiance au docteur Lecter – une confiance étonnante pour quelqu’un souffrant de sa condition d’ailleurs, songea-t-il en reconnaissant là une fois de plus les étonnantes capacités de l’étrange psychiatre. Parfois, Daniel se demandait quelles méthodes il pouvait bien employer pour réussir là où personne d’autre ne semblait rencontrer le moindre succès. Et lorsqu’il se posait trop la question, une petite voix, à peine perceptible, lui soufflait qu’il valait mieux qu’il reste dans l’ignorance. De la même façon qu’il valait mieux que tout le monde reste dans la pénombre la plus complète quant au talent de Daniel pour garder son calme en toute circonstance. S’ils savaient à quelle violence il pouvait avoir recours, contre ses meubles, ses partenaires de boxe, ou lui-même, pour évacuer la noirceur qui le rongeait de l’intérieur.

Parfois, survivre, c’était aussi ne pas savoir.

Lorsque Lecter acheva ses explications, Daniel resta silencieux quelques secondes, prenant le temps de construire sa pensée avant d’offrir une réponse, songeur, frottant sa barbe bien taillée avec le dos de ses doigts. Le regard que son collègue lui avait offert était sans équivoque. Il y avait plus derrière ces examens que la simple assurance de la progression de l’état de Spencer. Lecter se livrait-il à une expérience avec son patient, pour prendre un tel risque de désillusion et de perdre une confiance si chèrement gagnée ? Daniel considérait silencieusement Lecter derrière ses lunettes. Il n’était pas inquiet, ni troublé. Curieux, c’est tout. Il se demandait ce que le brave docteur pouvait bien avoir derrière la tête.
« Si Spencer a été traité par le docteur Henris, son dossier et ses radios doivent encore être dans les archives de l’hôpital. Je vais envoyer quelqu’un les chercher pour nous afin de pouvoir y jeter un œil. » promit Daniel en appuyant sur l’interphone de son bureau, avant de demander à la secrétaire médicale de partir en chasse des documents demandés. Puis, il se tourna vers Spencer, se penchant à nouveau sur son bureau.

« Spencer, si je comprends bien vous n’avez plus fréquenté cet hôpital depuis que votre thérapie avec le Dr Henris a pris fin, n’est-ce pas ? Dans ce cas j’imagine que vos derniers examens neurologiques remontent à loin, mais rassurez-vous, les tests dont parle le Dr Lecter sont des examens de routine, sans douleur, et pour lesquels vous n’aurez pas besoin de passer la nuit à l’hôpital. »
Daniel avait bien compris, avec les années, que la plupart des patients sévèrement atteints de troubles neurologiques ou psychiatriques avaient tendance à développer une certaine répugnance pour les hôpitaux. Les rassurer en leur promettant qu’ils n’y passeraient qu’un minimum de temps était une de ses stratégies personnelles pour gagner leur confiance, ou au moins les mettre suffisamment à l’aise pour qu’ils acceptent sans trop broncher. Daniel rouvrit le dossier qu’il avait sous les yeux, parcourant rapidement les brèves notes de Lecter.

« Comme vous le savez… » reprit-il en s’adressant aux deux hommes, « … la schizophrénie n’est pas une maladie qui se détecte telle quelle sur un IRM. Ce n’est pas comme une tumeur dont on peut physiquement observer la progression sur une radiographie. Ce qu’il nous est possible de faire, en revanche, ce sont des examens pour détecter l’activité de votre cerveau. » Il s’adressait cette fois à Spencer. « En échelonnant les examens nous serons en mesure de mesurer cette activité selon plusieurs phases, au repos, en fonctionnement normal, pendant un accès de paranoïa, des hallucinations, et vos autres symptômes… et de voir à quelle fréquence ces symptômes se manifestent à un niveau neurologique. »

Daniel marqua une pause pour laisser au pauvre Spencer le temps de digérer toutes ces informations. Pendant ce temps, il tourna son attention vers Lecter.

« Je serais ravi de vous aider, Dr Lecter, si ce que je viens de proposer est bien l’aide que vous recherchez. Mais dites-moi, qu’est-ce qui vous a poussé à penser à ces examens maintenant ? »
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PUS
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MessageSujet: Re: And then, there were none. [PV Hanni & Spencer] Jeu 7 Avr 2016 - 15:02

Les souvenirs remontaient à toute vitesse, envahissant l'esprit de Spencer et tentant de le couper du monde extérieur. L'hôpital John Hopkins représentait une part importante de son existence, un pan de sa mémoire qu'il ne pourrait jamais oublier. Non pas qu'il le souhaitait.

Il attachait beaucoup de négativité à ce lieu, mais il ne pouvait pas nier qu'il lui avait apporté ce qu'il y avait de meilleur dans sa vie, ce à quoi il ne voudrait jamais renoncer : Jacob. S'il n'avait pas été interné ici, l'homme serait probablement resté l'un de ses écrivains préférés et jamais plus. Il n'aurait jamais su à quel point il était bon. Il n'aurait jamais deviné la lutte qu'il menait pour rentrer chez lui. Cette lutte dans laquelle Spencer le soutenait, quand bien même l'idée d'être séparé de son ami le terrifiait...

Ce fut la voix du Dr Lecter qui le ramena dans l'instant présent et, plus encore que cela, ses propos. Les tics nerveux qui secouaient le corps de Spencer s'arrêtèrent brièvement face à la surprise qui étreignit le cœur du jeune homme. Progressé ? Son psychiatre croyait réellement qu'il avait progressé ? En y réfléchissant bien, c'était peut-être le cas, mais... mais le dire ainsi... avec tant d'assurance...

Spencer réalisa un peu trop tard qu'il fixait le Dr Lecter avec des yeux de merlan frit depuis un certain nombre de secondes. Il secoua furieusement la tête et frotta son visage de ses mains, cherchant à effacer l'expression abasourdie qui s'était emparée de ses traits. Il devait avoir l'air d'un parfait idiot. Il en avait bien conscience, mais... mais les mots de son thérapeute l'avaient touché à un point à peine imaginable. Sa gorge s'était serrée et il devait faire appel à toute la maîtrise de soi à disposition pour ne pas laisser échapper les larmes qui voulaient couler.

Les spasmes nerveux avaient repris. Spencer faisait face à un flot d'émotions auquel il n'était guère habitué. Il respira aussi lentement et calmement qu'il le pouvait, tandis qu'il focalisait son attention sur le Dr Frost. Ce n'était pas le moment de se perdre dans ses propres pensées. Il ne voulait pas forcer le Dr Lecter à se contredire devant son collègue alors qu'il venait d'affirmer avec aplomb que Spencer était sur la bonne voie.

Il hocha la tête lorsque le Dr Frost évoqua sa présence à l'hôpital et sa thérapie avec le Dr Henris. L'homme en question avait eu une place importante pour lui, fût un temps, mais Spencer se surprenait à oublier peu à peu son ancien thérapeute. Les traits de son visage s'estompaient légèrement, le son de sa voix, sa manière de se mouvoir... Il ne faisait plus partie de sa vie. Quelqu'un d'autre avait pris sa place. A cette pensée, Spencer adressa un sourire incertain au Dr Lecter, avant de baisser à nouveau les yeux, intimidé et mal à l'aise.

Bien qu'il n'en ait pas l'air, le jeune homme écoutait attentivement tout ce que le Dr Frost lui déclarait, hochant la tête de temps à autre pour prouver qu'il n'était pas distrait par quoi que ce soit. L'idée de l'IRM l'angoissait clairement et il n'était pas certain de pouvoir demeurer maître de ses actes bien longtemps, soumis à cette peur et cette pression. Il craignait les résultats tout autant que le processus qui conduirait à ces derniers. La dernière chose qu'il souhaitait, c'était de perdre totalement le contrôle et d'être interné à l'hôpital après une crise de panique.

"Je... hem... Je ferais de mon mieux pour rester calme pendant ces examens. Et si... si les choses commencent à tourner au vinaigre, vous pourrez toujours me... me restreindre. Je promets de tout faire pour... pour que tout se passe bien."

Il avait peur. Tellement peur. L'IRM, le contexte dans lequel cette dernière se déroulait, la confiance que plaçait le Dr Lecter en lui, l'hôpital, les souvenirs... Trop, beaucoup trop pour qu'il puisse tout endurer sans risquer de craquer. Spencer cessa de résister à la tentation et se recroquevilla sur son fauteuil, abandonnant sa posture digne. Il s'enlaça de ses propres bras, tentant de s'apporter un maigre réconfort. Se focalisant sur sa respiration, il entendit à peine le Dr Frost s'adresser au Dr Lecter, sa voix lui parvenant déformée, tel un écho lointain. Peur. Peur. Peur. C'était tout ce à quoi il pouvait penser.

Mais il ne pouvait pas se permettre de paniquer. Il était en territoire ennemi. Un lieu dangereux pour lui. Inspirer... Respirer... Le Dr Lecter était là, à ses côtés. Il n'était pas seul. Il n'était pas seul.



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